Vu de Russie : la démission de Matteo Renzi est une mauvaise nouvelle pour Moscou

Suite à sa défaite au référendum de dimanche 4 décembre sur le projet de réforme de la Constitution italienne, le Premier ministre d’Italie Matteo Renzi a annoncé son départ. Une mauvaise nouvelle pour la Russie, soutient Maxime Ioussine, journaliste politique de Kommersant.

Matteo Renzi Russie
Le Premier ministre italien Matteo Renzi en Russie en mars 2015. Crédits : kremlin.ru

Les députés de la Douma d’État ont accueilli avec joie le résultat du référendum italien. Ceux-ci ont vu dans l’issue du vote une nouvelle victoire des eurosceptiques, un coup donné à la bureaucratie européenne et une défaite personnelle pour la chancelière allemande Angela Merkel, qui considérait Matteo Renzi comme son fidèle allié.

Cette réaction émotionnelle des politiques et des experts russes est compréhensible. Pour eux, les dirigeants de l’Union européenne, dont Angela Merkel personnellement, sont d’irréductibles opposants à Moscou. Par conséquent, toute déception, défaite ou perte de positions de ces derniers est perçue comme une bonne nouvelle.

Or, tout n’est pas si simple en ce qui concerne le départ de Matteo Renzi. Et cette nouvelle n’est pas aussi bonne pour Moscou qu’on pourrait le croire au premier abord. En effet, parmi les « poids lourds » européens, parmi les dirigeants des pays clés de l’UE, Renzi était le mieux disposé à l’égard de la Russie. C’était un partenaire fiable, prêt à arrondir les angles et opposé à une rupture définitive entre Moscou et l’Occident.

C’est Matteo Renzi qui, lors du récent sommet de l’UE, s’est opposé au projet de Paris et Berlin de discuter de l’introduction de nouvelles sanctions contre la Russie en réponse à la situation à Alep. Si cette question n’a pas été incluse à l’ordre du jour, ce n’est ni grâce au Premier ministre hongrois Viktor Orbán, ni grâce aux dirigeants des pays orthodoxes que sont la Grèce et Chypre, pourtant tous les trois considérés comme des partenaires privilégiés de la Russie au sein de l’UE, mais bien grâce à l’ancien chef du gouvernement italien.

Il ne faut pas oublier qu’en octobre 2014, suite à la destruction du Boeing de la Malaysia Airlines au-dessus du Donbass, lorsque Moscou s’est retrouvée isolée sur la scène internationale, c’est Matteo Renzi qui a invité Vladimir Poutine au sommet Europe-Asie à Milan, et encore lui qui a permis le retour progressif de la Russie à la table des négociations aux côtés des grandes puissances. On se souvient également que l’été dernier, Renzi a assisté au Forum économique international de Saint-Pétersbourg. Et, alors que ses collègues européens discutaient de la nécessité de prolonger ou de durcir les sanctions contre Moscou, il évoquait quant à lui la possibilité de nouveaux investissements italiens en Russie.

Et voilà qu’aujourd’hui Renzi s’en va. Selon toute vraisemblance, il sera remplacé par un technocrate qui n’aura pas autant de poids en Europe que son prédécesseur. Autrement dit, les partisans d’une pression maximale sur Moscou – les Polonais, les Baltes et Angela Merkel – auront davantage de chances d’obtenir un nouveau prolongement des sanctions, quel que soit le développement de la situation au Donbass et à Kiev. Et, contrairement à Matteo Renzi, il n’est pas du tout certain que le nouveau Premier ministre italien soit prêt à écouter les arguments de la Russie.

Ainsi, les députés de la Douma n’ont aucune raison de se réjouir. Le monde est bien plus complexe qu’ils ne le pensent parfois. Et une défaite d’Angela Merkel est loin d’être toujours une victoire pour la Russie.

2 commentaires

  1. de toute façon , des pays entier ne veule plus de Bruxelles . en France ca va changer aussi ,Merkel l’aura dans le baba

  2. La Russie (surtout ses dirigeants) doit comprendre qu’elle n’a rien à gagner en faisant des courbettes aux « putains’ américains. Elle doit tout simplement s’orienter vers les nations qui refusent l’hégémonie des USA sur la Terre. Déjà, avec les autres BRICS, elle est majoritaire. Encore faut-il que tout le monde soit sincère. Elle doit savoir que les américains utiliseront toutes les « ficelles » pour contrôler le maximum de monde.
    Vladimir Poutine doit s’enfoncer dans la cervelle qu’il n’ a aucun ami, collaborateur ou partenaire à l’Ouest en ce qui concerne les dirigeants. Par contre, grâce aux moyens modernes de communication, il peut s’adresser directement aux peuples (Ses amis français, dont je fais partie, en sont un exemple). Il doit aussi se préparer (ainsi que son peuple) à l’éventualité d’un effondrement total du système occidental car il y a des cinglés au Pentagone et dans les pays soumis au dictat de Washington…

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