Une collision mortelle fait 12 morts, dont dix enfants, dans le nord de la Russie

Dimanche 4 décembre, dans le district autonome des Khanty-Mansïïsk, au nord de la Russie, une collision entre un camion et un autobus a fait 12 morts, dont dix enfants, d’après les dernières informations. Retour sur les faits au lendemain du drame.

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Lieu de l’accident, sur l’autoroute Khanty-Mansiïsk-Tioumen, après la collision entre le camion et l’autobus transportant les enfants. Crédits : mchs.gov.ru.

L’accident s’est produit dans l’après-midi de dimanche, à 31 km de la capitale régionale, Khanty-Mansiïsk. L’autobus transportait 32 passagers, dont 29 enfants, qui revenaient à Nefteïougansk d’une compétition de gymnastique acrobatique organisée à Khanty-Mansiïsk.

Le dernier bilan de la catastrophe fait état de 12 morts, parmi lesquels dix enfants (huit fillettes âgées de 9 à 15 ans et deux garçons âgés de 8 à 14 ans) et deux adultes accompagnateurs, a déclaré à Interfax le service de presse du Parquet du district autonome. Dix-neuf autres personnes se trouvent à l’hôpital, dont 13 dans un état grave. Les deux chauffeurs ont été hospitalisés.

Une jeune rescapée est revenue, pour Life, sur les premières minutes ayant suivi l’accident :
« Nous sommes sorties de l’autobus seules. Puis l’entraîneur, qui nous suivait en voiture, est arrivé, suivi des parents qui étaient allés chercher leurs enfants directement. Ils ne roulaient pas loin derrière. Nous courions partout, nous sortions les autres du bus, puis des congères sur le bord de la route. Il fallait les couvrir et les mettre à l’abri mais aussi appeler les amis, les parents, pour les mettre au courant. Quand nous avions trop froid, nous allions nous réchauffer un moment dans les voitures des parents présents, puis nous repartions. Avec ma copine, nous avons sorti une fille du bus, elle avait été écrasée entre les sièges et avait perdu connaissance. Les autres, celles qui étaient allongées, nous leur donnions des gifles et leur criions dessus pour qu’elles ne s’évanouissent pas », a confié la victime, qui a souhaité garder l’anonymat, alors qu’elle se trouvait déjà à l’hôpital.

Les raisons de l’accident

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Les secours sur le lieu du drame, à 31 km de Khanty-Mansiïsk. Crédits : mchs.gov.ru.

Dans la journée de dimanche, le ministère régional de l’intérieur a annoncé que, selon les données préalables, la collision avec le camion avait été provoquée par le chauffeur du bus, qui avait perdu le contrôle de son véhicule. La police n’a pas dévoilé l’identité de ce dernier, précisant seulement qu’il s’agissait d’un habitant de Nefteïougansk né en 1969, transportant des passagers depuis 1994 et détenteur d’un permis lui permettant de conduire toutes les catégories de véhicules.

La police ajoute que l’homme, au cours des deux dernières années, a été arrêté à sept reprises, pour diverses infractions au code de la route, notamment pour « non respect de la priorité de circulation aux piétons » et pour non-port de la ceinture de sécurité.

Parmi les autres raisons de l’accident, la police régionale a évoqué le non respect par les conducteurs de la distance latérale de sécurité, ainsi que des conditions climatiques difficiles – la neige tombait abondamment. Au matin du 4 décembre, la direction de la police routière régionale avait d’ailleurs déconseillé aux automobilistes de rouler hors des limites des agglomérations du fait d’une météo menaçante.

Selon une source d’Interfax au sein des services de secours d’urgence, l’autobus transportant les enfants appartenait à un particulier et était conduit par un chauffeur privé. « On est en train de vérifier s’il possédait bien une licence l’autorisant à transporter des enfants », poursuit la source de l’agence de presse.

Les deux conducteurs étaient sobres au moment de l’accident, a précisé Olga Abomaïkina, la porte-parole du ministère régional de l’intérieur.

Une enquête a été ouverte pour « Infraction aux règles de circulation ayant entraîné la mort de deux personnes ou plus sans intention de la donner » et « Fourniture de services ne respectant pas les normes de sécurité ».

Le conducteur de l’autobus, après avoir été transporté à l’hôpital, est actuellement interrogé par la police en qualité de suspect. Il pourrait être prochainement placé en détention provisoire, précise le Comité d’enquête. Le conducteur du camion est, lui, considéré comme témoin dans l’affaire.

A en croire le fils du chauffeur, qui a pu s’entretenir avec ce dernier à l’hôpital, son père nie toute responsabilité dans la collision. « Mon père dit que rien ne permettait de prévoir l’accident. Il roulait tranquillement sur l’autoroute, en respectant les limitations de vitesse, qui étaient de 50 à 60 km/h. À un moment, un camion est arrivé en face, tirant une remorque qui transportait de l’équipement lourd. Et un élément de métal qui dépassait de cette chenille, ou de je ne sais quelle autre machine qui était sur la remorque, a accroché le bus. Mon père dit que son bus a été accroché par le flanc, au niveau de la carrosserie, derrière le siège du conducteur. Le bus, entraîné, s’est retrouvé en travers de la route – et alors, un deuxième camion qui arrivait derrière le premier et transportait aussi de l’équipement lourd sur une remorque est rentré dans le bus, au milieu. Et le bus s’est brisé en deux. Maintenant, plus personne ne parle de ce premier camion, mais sur le moment, sur le lieu de l’accident, son chauffeur a été arrêté tout de suite, la police lui avait même passé les menottes. À ce que j’ai compris, ils n’ont rien dit au conducteur du deuxième camion, vu qu’il n’avait pas provoqué l’accident. Les enquêteurs ont estimé qu’il n’était pas fautif », a-t-il expliqué au portail Znak.com.

La réaction des autorités

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Sur le lieu de la collision. Crédits : mchs.gov.ru.

Le 5 décembre a été déclaré journée de deuil dans le district autonome des Khantys-Mansis par la gouverneur Natalia Komarova.

Le fonds de réserve du gouvernement du district autonome servira à verser aux familles des victimes jusqu’à un million de roubles d’aide matérielle ponctuelle, indique le site de l’administration régionale. Les familles des blessés recevront de 100 à 300 mille roubles en fonction de la gravité des traumatismes.

À Nefteïougansk, autour du bâtiment du complexe sportif Sibiriak, où s’entraînaient les fillettes décédées, les gens ont apporté tout au long de la journée des fleurs, des jouets et des cierges.

À la Douma fédérale, l’accident de Khanty-Mansiïsk a été l’occasion de relancer le débat sur le durcissement des peines. « Nous allons nous pencher de nouveau sur la question, repenser à la possibilité d’une responsabilité administrative ou pénale pour ceux qui organisent ce genre de trajets, a déclaré à Lenta.ru le président du Comité de la Douma pour les transports et la construction, Evgueni Moskvitchev. Afin que le chauffeur et le prestataire ne soient pas les seuls à être incriminés. »

Evgueni Moskvitchev a souligné que l’« irresponsabilité, la négligence et le laisser-aller » étaient les premières causes des tragédies de ce genre. « Nous avons introduit dans le pays le concept des autobus scolaires. On a tout fait comme il fallait. 24 mille de ces bus ont été achetés pour toute la Russie, ce qui est largement suffisant, a-t-il poursuivi. Mais il se trouve toujours des gens pour chercher à faire des petites économies, à payer non cinq roubles, mais trois. »

L’adjoint du président de la Commission de soutien à la famille, aux enfants et à la maternité de la Chambre civile de Russie, Pavel Sytchev, a déclaré pour sa part à Lenta.ru qu’il fallait se pencher de nouveau sur le problème de la sécurité routière, faisant remarquer que les accidents graves ayant emporté des vies humaines, notamment des vies d’enfants, s’étaient multipliés ces derniers temps. « Il faut adopter des mesures de limitation de la vitesse. Ces espèces de courses-poursuites à grande vitesse sur les routes communes sont chez nous monnaie courante. La gravité des conséquences de cet accident [de Khanty-Mansiïsk] est clairement le signe que le camion et l’autobus roulaient très vite » estime M. Sytchev.

Enfin, Vladimir Poutchkov, le ministre russe des situations d’urgence, a demandé à ce que le système de transports en commun soit vérifié, ainsi que les services routiers.

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