Liza Alert : à la recherche des portés disparus en Russie

Que les Russes s’égarent en plein Moscou, dans une forêt de l’Oural, sur une montagne de Tchoukotka ou au bord du lac Baïkal, les bénévoles de Liza Alert sont prêts à intervenir. En six ans d’existence, cette association spécialisée dans la recherche de personnes disparues en a sauvé près de dix mille. Le Courrier de Russie a rencontré ces héros des temps modernes.

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Une cinquantaine de bénévoles se relaient pour recevoir les appels. Crédits : Liza Alert.

Du rire aux larmes

Le 24 juin dernier, alors que Dmitri Borissov, 27 ans, rentre paisiblement du boulot, un coup de fil le tire de sa rêverie : un enfant de 2 ans et demi a disparu depuis quatre heures dans un quartier résidentiel de la région d’Orel. Les autorités locales, les habitants du quartier et plusieurs volontaires de Liza Alert se mobilisent pour chercher le petit Arthur. Après une nuit de recherches sous la pluie, l’enfant est retrouvé par Dmitri sain et sauf – en pleurs, près d’un arrêt d’autobus, à trois kilomètres de la datcha de ses parents. « Le simple sourire qu’il m’a fait quand je l’ai découvert est la plus belle des récompenses », se rappelle le jeune homme.

Des issues heureuses comme celle-là, les membres de Liza Alert en connaissent tous les jours. Des cas malheureux aussi.

Il y a six ans, le 23 septembre 2010, la petite Liza Fomkina, âgée de cinq ans, a été retrouvée morte dans une forêt d’Orekhovo-Zouïevo, dans la région de Moscou. On avait mis neuf jours à la retrouver – la petite, elle, n’en avait tenu que sept.

Grigori Sergueïev, avec quelques amis activistes, faisait partie des volontaires qui ont aidé les autorités à rechercher Liza. Une expérience qui a profondément marqué le jeune homme, âgé de 30 ans à l’époque. « Je me suis rendu compte ce jour-là que des enfants se perdent dans les bois et meurent chaque année parce que personne n’est capable de les retrouver !, confie-t-il. Et je me suis dit qu’il fallait que ça cesse. » Liza Alert était née.

Grigori est toujours à la tête de l’association, qui compte aujourd’hui dix mille bénévoles environ, répartis dans 46 régions de Russie. Rassemblés à Moscou du 2 au 5 novembre derniers, les membres ont réfléchi à la façon d’agir là où les autorités échouent ou font défaut.

50 personnes disparues à jamais par jour

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Pour les cas extrêmes, Liza Alert fait appel à sa brigade de sauveteurs des airs, appelée « Angel ». Crédits : Liza Alert.

L’organe de gestion des personnes disparues en Russie est une division du ministère russe de l’intérieur, agissant en coordination avec le Comité d’enquête et le Bureau du Procureur. « Le problème est que ces organes n’enregistrent un avis de disparition qu’à partir de trois jours d’absence », indique Grigori Sergueïev. Aucune loi n’impose ce délai, mais certains serviteurs de l’État profitent de l’ignorance des citoyens pour leur dire simplement « de prendre du temps pour eux avant que leur mari ou leur femme ne revienne ».

Et bien que les personnes portées disparues soient effectivement, la plupart du temps, retrouvées dans la journée, le président de Liza Alert estime que les recherches doivent commencer dès le signalement et l’identification des circonstances de la disparition. Les statistiques indiquent que les recherches démarrées le jour même du signalement d’une disparition permettent de retrouver la personne en vie dans 90 % des cas. Au bout de trois jours, ce pourcentage descend à 50 %.

Les autorités à la traîne

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L’équipe de bénévoles en action. Crédits : Liza Alert.

Mais les organes officiels manquent de moyens et de bras. Les sauveteurs sont également confrontés à des obstacles techniques : « Par exemple, les policiers ne peuvent pas obtenir rapidement les enregistrements des caméras de vidéosurveillance, car ces données ne sont pas centralisées, explique Grigori Sergueïev. De même, les données géographiques transmises par les ondes d’un téléphone portable sont protégées par la loi sur la protection de la vie privée », enchaîne le président de Liza Alert.

Interdiction également d’utiliser pour rechercher les personnes portées disparues les hélicoptères, mobilisables uniquement en cas d’incendie. « Or, dans la plupart des cas, si la personne disparue possède un portable, on peut la sauver rapidement avec un hélicoptère – et très peu de personnes », insiste Grigori.

Des acteurs de taille

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Grigori Sergueïev, fondateur et président de Liza Alert. Crédits : Liza Alert

Dans ce contexte, les bénévoles jouent un rôle majeur dans la recherche des personnes disparues en Russie. Ainsi, en six ans d’existence, Liza Alert a ouvert une ligne directe avec un numéro d’urgence et mis au point des méthodes adaptées à chaque cas de disparition.

Selon la procédure, une cinquantaine de volontaires de Liza Alert se relaient pour recevoir les appels des proches, puis transfèrent les signalements aux responsables régionaux, qui évaluent la situation et mobilisent les bénévoles de terrain si nécessaire. Ces derniers se réunissent et se coordonnent. Équipées de boussoles, de lampes torches, de vêtements chauds et de ravitaillement, les brigades se rendent sur place une heure maximum après réception de l’appel. Les membres de Liza Alert utilisent leurs propres moyens de transport : voitures, jeeps, et même hélicoptères. Liza Alert compte en effet une brigade de cinq sauveteurs des airs, baptisée « Angel » et composée de propriétaires d’hélicoptères qui se chargent de rechercher les portés disparus sur leurs deniers personnels.

En août dernier, l’association a également lancé sa propre application mobile, qui permet aux membres, ainsi qu’à tous ceux qui souhaitent donner un coup de main, de se coordonner. « Les utilisateurs reçoivent une notification dès que quelqu’un est porté disparu dans leur région, puis des mises à jour sur l’avancée des recherches », explique Grigori.

De janvier à octobre 2016, Liza Alert a enregistré 5 323 avis de disparition. Sur ces signalements, 3 196 personnes ont été retrouvées en vie, 520 mortes et 1 607 sont toujours portées disparues. « Seules 60 % des recherches aboutissent aujourd’hui à un succès », précise Grigori Sergueïev. Toutefois, le président souligne que la plupart des cas de décès ne sont pas dus à un retard des bénévoles : souvent, les personnes étaient déjà mortes au moment où l’avis de disparition a été lancé.

L’association indique que les groupes à risque sont les personnes âgées, les handicapés mentaux et les enfants : « Ils se perdent facilement et ont du mal à expliquer où ils se trouvent », note Grigori. La saison la plus critique est celle de la cueillette des champignons – de juin à septembre. « Les citadins qui vont aux champignons connaissent mal la forêt, ils finissent par se perdre », souligne-t-il.

Une coopération indispensable

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Les bénévoles établissent une description précise de la personne portée disparue. Crédits : Liza Alert.

Forte de son expérience, Liza Alert s’efforce de transmettre ses méthodes aux organismes officiels. Moscou est la région la plus réceptive : aujourd’hui, l’association y est désignée comme responsable des opérations de recherche. Ce statut l’autorise à donner des instructions aux policiers et aux secouristes et à émettre des recommandations concernant les techniques de recherche. « C’est un accord qui pourrait et devrait fonctionner dans toutes les régions ! », insiste Grigori.

Liza Alert coopère aussi efficacement avec les autorités de la Tchoukotka : « Le ministère régional des situations d’urgence met régulièrement des hélicoptères à notre disposition pour les opérations dans les zones les moins accessibles », explique Anna Boudovaïa, responsable de la région.

Liza Alert Tchoukotka parvient d’ailleurs à fonctionner de façon optimale avec seulement quinze bénévoles : « Quand un avis de disparition est publié, nous parvenons à mobiliser cent citoyens en seulement dix minutes pour nous aider dans les recherches sur le terrain », poursuit la responsable régionale. Anna attribue cette forte implication au caractère spécifique des peuples du Grand Nord : là-bas, on ne sait que trop qu’une personne perdue dehors par -50°C ne survivra que quelques heures.

Sensibiliser pour prévenir

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Avis de recherche d’un enfant disparu. Crédits : Larisa Verchinova

Parallèlement à leur travail auprès des autorités, les membres de Liza Alert mènent de larges campagnes de sensibilisation et de prévention dans toute la Russie.

L’association organise des visites régulières dans les écoles et les orphelinats : « Chez les enfants, la crainte de se perdre est réelle, mais ils n’ont aucune idée de la façon dont ils doivent réagir, souligne Marina, 42 ans, membre de Liza Alert depuis quatre ans. Leur expliquer à qui ils peuvent demander de l’aide et quels réflexes il faut avoir suffit à les rassurer », ajoute-t-elle.

Via toutes ces actions, les bénévoles cherchent également à dénicher de nouvelles recrues. Si la plupart des membres rejoignent l’association par simple envie d’aider, d’autres ont passé le cap après avoir participé aux recherches avec Liza Alert en tant que proches d’une personne disparue.

C’est notamment le cas d’Alexandre, 17 ans, qui a perdu son copain de classe en juillet dernier. Il a passé près d’un mois aux côtés des bénévoles de Liza Alert à rechercher Igor, finalement retrouvé mort dans une forêt de la région de Novossibirsk. « J’ai créé des liens forts avec les volontaires, et désormais, je veux aider à retrouver des personnes en vie, confie l’adolescent. Je me dis qu’ainsi, la mort de mon ami n’aura pas été vaine », conclut-il timidement.

COMMENT FONCTIONNE LIZA ALERT :

Liza Alert ne possède aucun statut juridique. Sans fonds propres ni comptabilité, l’association fonctionne comme une simple communauté de volontaires. Si les bénévoles sont soutenus par quelques sponsors, ils financent eux-mêmes la plupart de leur matériel.

LES CHIFFRES POLÉMIQUES DES PORTÉS DISPARUS EN RUSSIE

Les statistiques du ministère russe de l’intérieur font état de 70 000 personnes portées disparues dans le pays chaque année, en moyenne, depuis 2012.

En 2015, 64 500 personnes ont été déclarées portées disparues, dont 21 000 mineurs. Parmi elles, 543 personnes ont été victimes de crimes, dont 35 mineurs.

Liza Alert affirme que ces statistiques ne sont pas fiables, estimant le nombre de personnes disparues en Russie à environ 120 000 par an.

Les autorités retrouvent en moyenne 80 % des adultes et 90 % des enfants disparus.

Selon les estimations de Liza Alert, 20 à 30 000 personnes portées disparues ne sont jamais retrouvées – soit 50 personnes par jour, ou une personne toutes les demi-heures.

NUMÉRO D’URGENCE DE LIZA ALERT : 8–800–700–54–52 (gratuit et joignable 24h/24, 7j/7) Les équipes de bénévoles se coordonnent avant d’entamer les recherches. Les bénévoles établissent une description précise de la personne portée disparue. Avis de recherche de personnes disparues

4 commentaires

  1. Cet article est intéressant car il fait état d’un problème social au niveau national.
    Beaucoup d’initiatives personnelles ou collectives et solidaires permettent de mettre en œuvre une idée qui au terme d’une maturité évidente prennent une place prépondérante au sein d’une société (là, la société russe).
    Chaque pays peut se doter d’association ou d’organisation permettant d’aider et de sauver des vies et la société russe est surprenante tant la force de ses habitants font surgir bien souvent quelque chose de nouveau.
    Voici quelques années que je connais Liza Alert via VK et il est intéressant de savoir comment la société russe évolue dans tous ses contextes que ce soit au détour d’un voyage ou par l’intermédiaire d’internet.
    On trouveras aussi d’autres groupes qui souhaitent également contribuer à tout ce qui peut aider la société et par exemple « Stop-Ham » qui témoigne des comportements irrationnels d’automobilistes, mais évidemment, rien à voir avec les cas de disparitions.

  2. Jeune femme disparue entre Perevoz et Moscou le 6 ou 7 Decembre 2016 dans bus pour aller a Moscou.
    EKATERINA GAGARINE
    PEREVOZ

  3. Voila 1 semaine que Ekaterina Gagarine a dusparue. En voulant faire 7n voyage de Perevoz en russie a Geneve en Suisse. Elle peut avoir disparue dans le bus Perevoz (Russie) a Moscow (Russie) . Depuis ni ses amis nu son entourage n’a de nouvelles. Pouvez vous nous auder?

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