Vu de Russie : l’Italie évite de nouvelles sanctions à Moscou

Maxime Youssine, journaliste politique pour le quotidien Kommersant, explique pourquoi Rome a évité à Moscou d’être de nouveau sanctionnée par l’Union européenne.

Poutine renzi italie russie
Le Premier ministre italien Matteo Renzi et le président russe Vladimir Poutine. Crédits : kremlin.ru

Tout au long de cette année, l’avenir des sanctions européennes prises à l’encontre de la Russie a été l’un des principaux sujets de discussion au sein de l’Union européenne. De plus en plus de pays, de figures politiques et de parlements régionaux s’interrogent sur la nécessité d’alléger ces restrictions.

Leurs arguments sont d’ailleurs très convaincants. Le premier et le plus important consiste à dire que l’exigence de ne lever les sanctions qu’après l’exécution complète des accords de Minsk conduit à l’impasse. Parce que l’exécution complète de ces accords, visant à résoudre le conflit dans le Donbass, est impossible sans la bonne volonté des deux parties – Moscou et Kiev. Or, les autorités ukrainiennes ne cachent pas que le maintien des sanctions contre la Russie est quasiment une priorité de leur politique étrangère. Pourquoi iraient-elles donc promouvoir les accords de Minsk, considérés par beaucoup, à Kiev, comme désavantageux et imposés par la contrainte ? Pour aider l’ennemi à sauver son économie ? Évidemment, non. Kiev a donc choisi la seule tactique possible dans cette situation : le sabotage tranquille. Ne pas rejeter ouvertement les accords, mais en retarder l’exécution le plus longtemps possible.

Cette tactique est évidente pour tous, y compris pour les Européens. Simplement, les représentants du « camp antirusse » – les pays baltes, la Pologne, la Suède et la Grande-Bretagne – n’en parlent pas à voix haute. Toutefois, leurs opposants, qui souhaitent le rétablissement progressif des relations avec Moscou – l’Italie, la Hongrie, la Slovaquie, la Grèce, Chypre, l’Espagne et, dans une certaine mesure, la France – sortent depuis quelque temps de leur silence. Et essaient d’expliquer cette logique à leurs partenaires au sein de l’UE.

L’UE décide une fois tous les six mois de prolonger ou non les sanctions contre la Russie. Le 1er juillet 2016, elles ont été maintenues – non sans difficulté. Le Premier ministre italien Matteo Renzi a insisté pour que la politique des États membres à l’égard de Moscou fasse l’objet d’une discussion à part, afin que les restrictions ne soient pas prolongées automatiquement.

Et cette discussion a eu lieu – lors d’un sommet européen à Bruxelles. Mais elle ne s’est absolument pas déroulée comme l’espéraient les opposants aux sanctions. La guerre civile syrienne, et en particulier la situation à Alep, se sont invitées dans les débats, et tout le monde a oublié l’Ukraine et le Donbass. Ce qui est parfaitement illogique, étant donné que les sanctions ont été adoptées précisément à cause de l’Ukraine : leur avenir devrait dépendre de l’évolution de la situation en Ukraine, et non en Syrie.

Toujours est-il qu’à cause d’Alep, on a parlé, lors du sommet européen, non de l’atténuation des sanctions mais, au contraire, de leur durcissement. Et les alliés de Moscou, menés par Matteo Renzi, au lieu de l’offensive promise, ont dû mener d’âpres combats défensifs. Il faut toutefois rendre ici à César ce qui appartient à César : le Premier ministre italien a résisté aux pressions de la chancelière allemande Angela Merkel, du président français François Hollande et du président du Conseil européen Donald Tusk, principal opposant de Moscou au sein des hautes instances européennes. Et grâce à ses efforts, la possibilité d’introduire de nouvelles sanctions n’est pas même mentionnée dans le document final, qui doit être adopté à l’unanimité.

Quelles sont les conclusions à tirer ? Premièrement, il faut remercier les Italiens. Deuxièmement, il faut reconnaître que la tactique adoptée par la Russie de chercher des partenaires privilégiés parmi les pays de l’UE et d’approfondir ses relations avec eux plutôt qu’avec des individus tels que Donald Tusk porte ses fruits. Troisièmement, il faut visiblement renoncer à l’espoir que les sanctions soient assouplies d’ici la fin de l’année – elles seront presque certainement de nouveau prolongées de six mois sous leur forme actuelle. L’état d’esprit du moment de la majorité des dirigeants européens laisse peu de place à l’éventualité d’un autre scénario.

Quatrièmement, il faut se faire à l’idée que l’avenir des sanctions dépend désormais non seulement de l’Ukraine et du Donbass, mais également de la Syrie. Paradoxalement, ce dernier point offre une chance d’inverser la tendance dans six mois, lorsque l’UE débattra de nouveau de sa politique à l’égard de la Russie. Car à ce moment-là, la situation autour d’Alep se sera éclaircie – après tout, cette ville ne peut pas être éternellement assiégée. Soit l’armée gouvernementale, aidée par l’aviation russe, se sera emparée des quartiers est d’Alep, soit il sera évident pour tout le monde, y compris pour Moscou, qu’il s’agit d’un objectif inatteignable. Autrement dit, qu’il est nécessaire de discuter, de chercher un compromis et de conclure une trêve.

Dans tous les cas, on imagine difficilement que, dans six mois, la situation internationale puisse être aussi tendue et explosive qu’aujourd’hui. L’élection présidentielle américaine sera terminée et la tension émotionnelle sera retombée. En France, il est tout à fait possible que François Hollande soit remplacé par un président de droite – Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy –, intéressé par un dialogue avec Moscou. Angela Merkel, qui sera alors en pleine campagne électorale, aura moins de temps à consacrer à la scène internationale et au maintien d’un front européen uni contre la Russie.

Néanmoins, tous ces éléments favorables ne seront utiles que si, au cours des six prochains mois, la Russie ne s’enlise pas davantage dans le conflit syrien. Si elle ne se charge pas de la responsabilité de remporter pour Bachar el-Assad et les ayatollahs iraniens une guerre sunno-chiite qui ne la concerne pas. Dans le cas contraire, elle devra prendre d’assaut non seulement Alep, mais des dizaines d’autres villes. Et s’exposer éternellement à des accusations de crimes de guerre. Or, on n’assouplit jamais les sanctions à l’égard des auteurs de crimes de guerre.

2 commentaires

  1. Grazie Italia
    Sanctions injustes, injustifiés visant simplement à affaiblir, mais sans succés, la Russie, car comme l’a dit le Président Poutine:  » tout le monde aimerait la Russie si elle était plus petite et moins forte »…Mais pour mieux la « piétiner ». La Russie est un Grand pays, et pas que par la superficie, doit rester grande et forte, car l’Europe a besoin d’une Russie Grande et Forte. La Russie c’est 50% de l’Europe; une Russie faible ou maladie entrainerait une Europe plus faible et encore plus malade. Le Président Poutine est l’un des rares dirigeants Européens, sinon le Seul, qui ait le courage de faire ce qui doit être fait pour sauvegarder la culture Européenne

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *