Vu de Chine : « La Russie est un bon pays pour faire des affaires »

Le premier forum international d’affaires Russie-Asie a eu lieu les 1er et 2 novembre à Moscou, sur fond de sanctions occidentales contre la Russie et de politique russe de « tournant vers la Chine ». Cai Guiru, présidente de l’Association des entrepreneurs chinois en Russie, qui compte plus de 4 000 membres, revient pour Le Courrier de Russie sur la présence chinoise dans le monde des affaires en Russie.

Touristes chinois
Touristes chinois près du GOUM à Moscou. Crédits : Sergueï Feditchev.

Le Courrier de Russie : Quels sont les principaux secteurs d’investissements des Chinois en Russie ?

Cai Guiru : Les Chinois investissent dans de nombreux domaines, tels l’automobile, avec Lifan Automobile, dans la région de Lipetsk, l’agriculture, avec la holding agraire Huaxin, en Extrême-Orient, ou encore la construction, avec le groupe CSCEC. Mais les principaux secteurs concernés demeurent le commerce du textile, dont le centre commercial Youyi, à Moscou, est un bon exemple, et celui de l’assemblage de vitres pour l’automobile, avec notamment la compagnie Fuyao, en région de Kalouga.

LCDR : Quelles sont les régions qui les intéressent le plus, et pourquoi ?

C.G. : Les entreprises chinoises sont présentes un peu partout en Russie, sauf en Crimée, qu’elles considèrent comme une région un peu trop « nouvelle », et surtout trop éloignée. Le top 5 de la présence chinoise en Russie regroupe les régions de Moscou, de Saint-Pétersbourg, de Krasnodar, de Kalouga et de Novossibirsk : il s’agit, en fait, de zones où l’économie se porte bien et où le pouvoir d’achat est assez élevé. Les Chinois s’implantent rarement dans les régions très pauvres ou à faible population.

LCDR : Depuis 2014 et le début de la détérioration des relations russo-occidentales, Moscou se tourne ostensiblement vers la Chine. A-t-on constaté un afflux des entreprises chinoises en Russie ?

C.G. : Non. Ni les sanctions occidentales ni la crise du rouble n’ont réellement eu d’impact sur les échanges et collaborations d’affaires sino-russes. Je n’ai pas vu les entreprises chinoises arriver d’un coup – mais je n’ai pas non plus vu partir celles qui étaient implantées. Le nombre de groupes chinois installés en Russie augmente de façon stable depuis 2014, certes, mais il ne dépasse pas les 10 000.

LCDR : Quels sont les problèmes les plus fréquemment rencontrés par les entreprises chinoises qui s’implantent en Russie ?

C.G. : En premier lieu, elles doivent faire face aux dysfonctionnements du système de paiement des banques russes. Les sanctions occidentales ont affaibli les banques russes, certaines menacent même à tout moment de faire faillite, ce qui peut entraîner des retards de paiement et, surtout, crée chez les entrepreneurs chinois un sentiment d’insécurité. Ensuite, les groupes chinois souffrent du manque de réglementation du marché russe : les hommes d’affaires chinois se plaignent parfois du fait que celui est moins réglementé que les marchés américain ou japonais, par exemple.

LCDR : Comment les hommes d’affaires chinois perçoivent-ils leurs partenaires russes ?

C.G. : La première impression, partagée par beaucoup, porte sur l’apparence : les Chinois trouvent généralement les directeurs russes « très soignés ». Par ailleurs, la plupart des entrepreneurs chinois estiment que les Russes sont d’excellents partenaires commerciaux : chaleureux, bienveillants, indulgents et faciles à vivre.

LCDR : Les Russes ne sont pourtant pas réputés pour être « chaleureux »…

C.G. : Aux yeux de qui ? C’est l’Occident qui voit la Russie à travers le prisme de ses préjugés. Avec toutes ces sanctions, comment peuvent-ils espérer que les Russes soient chaleureux envers eux ?!

Cai Guiru
Cai Guiru, présidente de l’Association des entrepreneurs chinois en Russie. Crédits : DR.

LCDR : Pourquoi la Russie attire-t-elle les investisseurs chinois ?

C.G. : La Russie est un bon pays pour faire des affaires : un espace immense, une population importante, un régime démocrate et ouvert… Les investisseurs chinois voient de nombreuses opportunités dans ce marché encore peu saturé. En outre, le business est assez libre, il y a peu de « fais pas ci, fait pas ça »… Enfin, il ne faut pas oublier que Moscou et Pékin entretiennent d’excellentes relations politiques, ce qui rassure fortement les investisseurs chinois.

LCDR : Les Chinois ont-ils des affinités profondes particulières avec les Russes ?

C.G. : Oui. Du fond du cœur, les Chinois ont toujours vu les Russes comme des « grands frères ». Quand la Chine a traversé des moments difficiles, c’est l’URSS qui l’a aidée. Et cela, nous ne l’oublions pas. Le peuple chinois est l’un des plus reconnaissants au monde.

LCDR : Ces sentiments sont-ils réciproques ?

C.G. : Chez les Russes d’un certain âge, oui. Mais je le sens beaucoup moins chez les jeunes. D’ailleurs, dans le business, les entreprises chinoises ne bénéficient pas d’avantages particuliers – elles sont logées à la même enseigne que toutes les autres sociétés étrangères.

LCDR : La France a conservé, en 2015, son titre de premier investisseur étranger en Russie. Quelle est la place de la Chine dans l’économie russe ?

C.G. : La Chine a été le premier investisseur étranger en Russie dans les années 2000. Aujourd’hui, nous sommes à la quatrième place [derrière la France, l’Allemagne et les États-Unis, ndlr]. Les coopérations russo-chinoises sont nombreuses. À Moscou, je citerai notamment le centre commercial Droujba, dans lequel a investi le groupe chinois Chengtong, en 2000 – un bel exemple d’amitié sino-russe. Il y a aussi le parc d’affaires Greenwood, en banlieue ouest de Moscou. Il s’agit du plus gros investissement chinois dans le commerce en Russie. Enfin, il y a le train à grande vitesse. La Russie [qui ne compte à ce jour que deux lignes de TGV, ndlr] envisage d’acheter des TGV chinois mais nous n’en sommes encore qu’au stade des négociations… je ne peux pas en dire davantage.

LCDR : Qu’est-ce que les entreprises chinoises ont à apporter à la Russie ?

C.G. : Des emplois et de la prospérité ! Chacune des sociétés chinoises installées embauche au moins sept Russes. Les entrepreneurs chinois préfèrent d’ailleurs recruter des Russes plutôt que des Chinois, notamment aux postes de juristes, de comptables et de traducteurs… cela facilite bien des choses !

LCDR : Vous êtes en Russie depuis plus de 20 ans… Avez-vous constaté des changements dans les mentalités, notamment depuis la crise du rouble ?

C.G. : Les Russes se sont énormément internationalisés. Et personnellement, je trouve qu’ils sont devenus plus humbles, plus pragmatiques et plus efficaces. Autrefois, on sentait chez eux une certaine condescendance, mais la crise les a changés. Dans ma société, par exemple, les salariés russes qui, par le passé, se dépêchaient de rentrer chez eux dès la fin de journée venue, arrivent aujourd’hui plus tôt et partent plus tard. Même travailler le week-end ne leur pose plus de problème !

Les relations commerciales sino-russes en cinq chiffres :

– 29,61 milliards de dollars d’investissements directs chinois dans l’économie russe en 2015.

– 68 milliards de dollars d’échanges commerciaux russo-chinois en 2015.

– 33,26 milliards de dollars d’exportations russes vers la Chine en 2015.

– 34,8 milliards de dollars d’importations chinoises en Russie en 2015.

– 11,3 % des parts de marché du commerce extérieur de la Russie en 2014. La Chine était alors le premier partenaire commercial de la Fédération.

Sources : Ministère russe du développement économique, agence China News

1 commentaire

  1. Des que HOLLANDE dégage avec toute sa clique de bras cassés . Il faudra reprendre nos affaires avec ce grand pays qu’est la RUSSIE . Nous sommes pus près à tout de point de vue avec les Russes qu’avec les américains ou les arabes . Achetez des trains Français TGV , ils sont mieux et avec une grande expérience technique . depuis qu’une partie d’ALSTOM a été bradé aux américains . il ne reste Français que les transports dans les trains . sinon , avec l UMPS qui dirige depuis des lustres notre pays , tout a été vendu aux amerloc , chinois et arabes .

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