Syrie : Paris tente de sauver la trêve, Washington mise sur la force

Lundi 3 octobre, le Conseil de sécurité de l’ONU doit entreprendre une tentative décisive d’enrayer l’escalade du conflit en Syrie. La France s’apprête à y soumettre un projet de résolution sur l’interruption des opérations militaires à Alep et l’introduction d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la ville. Le document a toutefois peu de chances d’être adopté : des sources du quotidien Kommersant au sein du ministère russe des affaires étrangères ont indiqué que, pour Moscou, la proposition de Paris soulevait des « questions importantes ». Décryptage de Kommersant.

La place Saadallah al-Djabiri, à Alep, en Syrie
La place Saadallah al-Djabiri, à Alep, en Syrie. Crédits : Wikimedia

« Le projet de résolution préparé par la France n’est pas objectif, affirme une de ces sources. Le document se concentre sur la situation humanitaire à Alep, mais il contient aussi des dispositions n’ayant rien à voir avec les questions humanitaires. Le travail sur ce projet ne fait que commencer. Nous serons prêts à présenter nos correctifs. »

Selon une source diplomatique française de l’agence RIA Novosti, l’objectif de Paris est de convaincre Moscou de la nécessité d’adopter une résolution. À en croire le diplomate, après la détérioration de la situation à Alep, la France a proposé un « mécanisme visant à contrôler le respect de la trêve afin de rétablir et d’actualiser l’accord russo-américain conclu à Genève ».

L’administration Obama ne semble toutefois pas placer de grands espoirs dans la réanimation de l’accord russo-américain : la Maison-Blanche a déjà évoqué l’éventualité d’un plan B impliquant le recours à la force.

« Les Russes plus malins »

John, Kerry à moscou
John Kerry à Moscou. Crédits : kremlin.ru

Le 22 septembre dernier, lors d’une rencontre avec l’opposition syrienne, dont le contenu a été publié sur le site du New York Times, le secrétaire d’État américain John Kerry a regretté que ses efforts diplomatiques « n’aient pas été appuyés par une menace réelle de recours à la force ». John Kerry a ajouté que, sur le dossier syrien, les Russes s’étaient, une fois de plus, « montrés plus malins » que lui.

D’après le chef de la diplomatie américaine, seules trois ou quatre personnes au sein de l’administration Obama soutiennent l’utilisation de la force. Dont lui : « J’ai perdu le débat, a-t-il résumé. J’ai revendiqué l’emploi de la force, mais la situation a évolué différemment. »

Le 28 septembre, le directeur de la CIA, John Brennan, a pour sa part accusé Moscou de ne pas être prête à une résolution pacifique du conflit. Il a également annoncé que des consultations étaient en cours à Washington sur la livraison d’armements plus modernes à l’opposition syrienne et l’envoi d’instructeurs américains ou d’alliés régionaux pour former les combattants.

Antony Blinken, secrétaire d’État adjoint, a pour sa part assuré au Congrès américain que le gouvernement préparait de nouvelles propositions sur la Syrie, en réaction au mécontentement croissant des membres du Congrès – républicains et démocrates confondus – face à l’incapacité de Barack Obama à reprendre l’initiative par rapport à Moscou.

Alepgrad

Dans un hôpital d'Alep, en Syrie. Crédits : Wikimedia
Dans un hôpital d’Alep, en Syrie. Crédits : Wikimedia

L’agitation des partisans du plan B n’est pas passée inaperçue à Moscou. « Une agression directe des États-Unis contre Damas et l’armée syrienne entraînerait des mouvements tectoniques terribles, non seulement en Syrie mais dans toute la région », a alerté Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des affaires étrangères.

Les experts interrogés par Kommersant n’excluent pas le scénario le plus radical : des frappes aériennes américaines sur les troupes syriennes. Un tel développement de la situation ne laisserait d’autre choix à Moscou que de renforcer son soutien militaire à Damas et pourrait provoquer une nouvelle exacerbation du conflit entre la Russie et l’Occident.

« Cette aggravation de la situation autour d’Alep a lieu à un moment extrêmement défavorable pour la Russie, commente Vladimir Sotnikov, directeur du centre Russie-Orient-Occident, cité par Kommersant. La pression sur Moscou vient de plusieurs directions à la fois. Les sujets les plus délicats, pour la communauté internationale, sont, d’une part, les victimes civiles à Alep, et notamment, comme le souligne l’Occident, celles dues aux bombardements effectués par l’aviation russe et syrienne, et, de l’autre, le rapport sur les causes du crash du Boeing malaisien au Donbass. »

Selon les organisations humanitaires, 275 000 personnes vivent aujourd’hui dans les quartiers de l’est d’Alep contrôlés par l’opposition.

Le dimanche 2 octobre au soir, l’agence syrienne SANA annonçait que les troupes de Bachar el-Assad avaient appelé les insurgés à quitter ces quartiers précisément. Selon l’agence, Moscou et Damas ont promis aux insurgés « un retrait sécurisé et l’aide nécessaire ». « Nous appelons tous les combattants à quitter les quartiers orientaux d’Alep afin de permettre aux civils de continuer à y vivre normalement », peut-on lire dans leur déclaration commune, citée par l’agence.

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