L’UE renforce ses troupes face à la « propagande russe »

Lundi 10 octobre, la commission des affaires étrangères du Parlement européen a décidé de renforcer la East StratCom Task Force, département chargé de lutter contre la « propagande du Kremlin ». La structure renouvelée s’occupera aussi de résistance à la propagande islamiste, indique RBC.

Parlement européen
Parlement européen à Strasbourg. Crédits : Wikimedia

La commission vient d’approuver le projet de résolution « Sur les communications stratégiques de l’UE visant à combattre la propagande à son propos émanant de tierces parties ». Le document appelle, afin de lutter contre ce phénomène, à élargir le mandat du Groupe opérationnel pour les communications stratégiques à l’Est, ou East StratCom Task Force, en le transformant en un département à part entière au sein du Service européen pour l’action extérieure (SEAE).

Au nombre des instruments de la « propagande » russe, le projet de résolution cite des médias de masse, comme la chaîne télévisée Russia Today (RT) et les agences Sputnik et RIA Novosti, mais aussi la fondation Rousski mir ou l’Église orthodoxe russe. « C’est une interprétation assez intéressante des valeurs occidentales tant vantées, notamment la liberté d’expression, qui se traduit ici en une attaque contre les seules voix dissonantes parmi les milliers de médias européens », a commenté pour la Deutsche Welle Margarita Simonyan, rédactrice en chef de RT, à propos de cette initiative.

À l’origine du projet, la député polonaise au Parlement européen Anna Fotyga, ex-ministre des affaires étrangères de son pays, sous le gouvernement de Jaroslaw Kaczynski. « La propagande hostile et la désinformation en provenance du Kremlin et des acteurs non gouvernementaux, du genre des groupuscules djihadistes, est un fait… et ces agissements hostiles peuvent avoir une influence sur le processus de prise de décision au sein de l’UE », a affirmé Mme Fotyga en présentant ce projet de résolution. Le Parlement européen a précisé que le document serait soumis au vote de l’ensemble des députés fin novembre. Si la résolution est adoptée, elle sera envoyée pour confirmation au Conseil européen, à la Commission européenne et à la présidente du SEAE, Federica Mogherini.

Le Spetsnaz de l’information

Le groupe opérationnel East StratCom existe depuis un peu plus d’un an. En mars 2015, le président du Conseil de l’Europe, Donald Tusk, avait chargé Federica Mogherini de créer un groupe de travail chargé de « contrer la propagande russe », composé de diplomates, d’experts sur la Russie, de journalistes et de spécialistes des réseaux sociaux. Le groupe (baptisé par les médias russes le « Spetsnaz de l’information ») a commencé de travailler dès l’été suivant. À l’heure actuelle, le East StratCom emploie 11 collaborateurs permanents, originaires de divers pays européens, sous la direction du diplomate britannique Giles Portman, qui présidait autrefois le bureau du SEAE pour la Turquie. Le groupe opérationnel est chargé de trois missions : soutien médiatique à la politique de l’UE concernant les pays du Partenariat oriental ; soutien, dans ces pays, à des médias de masse indépendants ; et résistance à la « désinformation extérieure ».

L’East StratCom publie deux bulletins hebdomadaires, intitulés Disinformation Review et Disinformation Digest. La revue propose des exemples de reportages et des observations tirées de médias russes pro-pouvoir, et le digest, une analyse de la scène médiatique. Les spécialistes du groupe ont en outre lancé, en guise d’exemple « positif » de la lutte contre la propagande, une version russe du site du SEAE, proposant des nouvelles et des commentaires officiels de la Commission européenne.

Le groupe opérationnel collabore avec plus de 400 experts, ainsi qu’avec des journalistes, qui l’aident à assurer un monitoring de la presse russe. Plusieurs numéros récents des deux bulletins étaient consacrés aux conclusions intermédiaires de l’enquête sur l’explosion en vol du Boeing du vol MH17 au-dessus du Donbass. La députée Anna Fotyga dénonce également autour de cette affaire « une campagne d’une ampleur sans précédent » orchestrée par Moscou contre le point de vue de l’Occident, qui constitue selon elle l’un des exemples les plus criants du travail des communications stratégiques de la partie russe.

De l’Est au Sud

La députée polonaise estime tout aussi dangereuse la menace que représentent les communications stratégiques des groupuscules islamistes, visant à faire pencher les musulmans européens vers l’activité terroriste.

Au nombre des moyens de créer une alternative au discours djihadiste, le projet de résolution cite « le soutien à des théologiens islamiques mainstream » disposant d’assez d’influence et de notoriété pour proposer une opinion différente des idées radicales. Les propositions concrètes contenues dans le document sont les suivantes : compléter la sphère d’activité de l’East StratCom par une orientation « Sud » (de lutte contre l’islamisme), accroître les effectifs et le financement de l’organisation, allouer des financements supplémentaires aux médias indépendants et aux ONG européennes, soutenir les programmes de formation professionnelle au journalisme.

1 commentaire

  1. La Démocratie « fout le camp », ou même a déjà foutu le camp!
    Démocratique…parce que vous avez les droit de vous exprimer…mais en étant dans la ligne du « politiquement correct ».
    Si vous n’étes pas dans la ligne  » de la pensée unique », d’abord les insultes des farouches partisans de la liberté, mais qui la refuse à tous ceux qui ne sont pas eux… éventuellement des amendes, et aussi possibilité de terminer en prison. Surtout si vous étes un homme d’origine Européenne, tout à fait moyen

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