Élisabeth II et « diplomatie religieuse », retour sur la visite du patriarche Kirill à Londres

Le patriarche Kirill, arrivé en fin de semaine dernière à Londres pour fêter les 300 ans de la présence de l’Église orthodoxe russe sur les îles britanniques, a achevé le 18 octobre sa visite au Royaume-Uni. Le patriarche a consacré la dernière journée de son séjour à des rencontres avec la reine Élisabeth II et avec l’archevêque de Canterbury Justin Welby. Bilan de Kommersant.

Le patriarche Kirill
Le patriarche Kirill à Londres. Crédits : orthodoxie.com.

Si les prédécesseurs de Kirill avaient déjà effectué des visites à Londres, c’est la première fois dans l’histoire de l’Église russe que le patriarche est officiellement invité au palais de Buckingham. Cette audience auprès de la reine, prévue pour une demi-journée, s’est déroulée en privé. Toutefois, le patriarche a partagé ses impressions avec les journalistes à l’issue de sa visite : « Je suis très satisfait de cette rencontre. J’avais eu la possibilité de rencontrer sa majesté en 1994, à Moscou, alors qu’elle y était en visite officielle, mais notre conversation, à l’époque, avait été plus formelle. Cette fois, j’ai vu la reine en pleine santé, les yeux vifs et rayonnants, elle a réagi de façon admirable à mes paroles, elle a dit beaucoup de choses justes, cette conversation a produit sur moi une impression intellectuelle et émotionnelle très agréable. Et c’est cette reine anglaise si lumineuse que je garderai en mémoire. »

En souvenir de cette rencontre, le patriarche a offert à Élisabeth II une icône de la Mère de Dieu, et la reine à remis au chef de l’Église orthodoxe russe un portrait photo d’elle-même. L’Église anglaise possédant le statut d’Église d’État, juridiquement, le chef de l’Église anglicane est le monarque régnant. Cette entrevue entre le patriarche Kirill et la reine d’Angleterre peut donc aussi être considérée comme une rencontre entre primats religieux.

« Aucune hostilité à l’égard de la Russie »

Après cette visite du palais de Buckingham, le chef de l’Église orthodoxe russe est allé rencontrer, dans sa résidence de Lambeth Palace, l’archevêque de Canterbury. L’entretien avec Justin Welby s’est également déroulé en privé. Le patriarche a confié plus tard qu’un des principaux thèmes de leurs pourparlers avait été le sort catastrophique des chrétiens au Proche-Orient.

« L’Église a vocation à concilier les hommes, à faire tomber la tension, à être une force pacificatrice, a déclaré le patriarche. C’est ce dont nous avons parlé avec l’archevêque de Canterbury. Nous avons l’intention de travailler ensemble sur le plan de la pacification, en prenant en compte tous les divers points chauds du globe. »

Le patriarche a affirmé que les Églises anglicane et orthodoxe russe avaient la même compréhension de ce que doit être le rôle de l’Église face à un conflit. « L’Église a vocation à mettre les gens d’accord », a insisté le haut dignitaire orthodoxe.

Le patriarche Kirill a appelé à ne pas considérer sa visite comme une mission politique. « Aucune visite du patriarche n’est en mesure d’atténuer les divergences qui existent entre nos pays », a-t-il précisé. Ajoutant immédiatement, toutefois, qu’il n’avait rencontré chez les Britanniques aucune hostilité à l’égard de la Russie, et exprimant même l’espoir que les relations russo-britanniques sauraient résister à toutes les épreuves grâce « à une tradition remontant à la profondeur des siècles » : « Ce sont des alliances dynastiques, une lutte commune contre un ennemi commun et des échanges culturels. »

Le patriarche Kirill  dans la Cathédrale orthodoxe de Londres:

Diplomatie religieuse

« Ce séjour du patriarche à Londres revêt une importance particulière sur fond d’aggravation de la confrontation entre la Russie et l’Occident », a déclaré à Kommersant Roman Lounkine, directeur du Centre d’étude des problèmes des religions et de la société de l’Institut de l’Europe de l’Académie russe des Sciences. Le patriarche possède une autorité immense, dans son pays, mais aussi à l’étranger. Et ses rencontres avec des dirigeants étrangers influent donc positivement sur les relations de la Russie avec l’Occident. »

Selon M. Lounkine, la diplomatie religieuse peut contribuer à rétablir les liens quand la diplomatie séculaire se heurte à des difficultés. « Si cette rencontre du patriarche avec la reine ne va pas changer radicalement la situation dans les relations bilatérales entre la Russie et le Royaume-Uni, elle aidera toutefois à améliorer l’image de la Russie en Occident. Après la rencontre de La Havane avec le pape de Rome et le séjour en Amérique latine, cette visite du patriarche au Royaume-Uni marque davantage encore l’ouverture et le caractère international de l’Église russe », souligne-t-il.

Le prêtre Alexander Volkov, directeur du service de presse du patriarcat de Moscou, espère pour sa part que «  cette visite portera des fruits tangibles pour la construction des relations entre nos deux peuples ». « Car l’Église tout comme la monarchie sont la base pour la préservation des valeurs traditionnelles, qui, malheureusement, perdent aujourd’hui leur sens aux yeux de beaucoup », a-t-il précisé.

1 commentaire

  1. Il aurait venir à Paris inaugurer le magnifique centre Orthodoxe à la Place du président Poutine qui a bien fait de refuser de venir, les responsabilités ne sont pas les mêmes.
    Cependant je comprends qu’il y ait une hésitation, vu l’horrible ambiance que fait régner ce gouvernement envers la Russie sur la totalité de médias.

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