Matthieu Buge : « La Russie est un cauchemar pour l’Occident »

À l’occasion de la sortie de son essai Le Cauchemar russe, abécédaire de clichés et fantasmes occidentaux, Matthieu Buge donnera le 11 octobre, dans le cadre des Mardis du Courrier de Russie, une conférence sur le thème « Peut-on parler en bien de la Russie ? ». Rencontre.

Matthieu Buge
Matthieu Buge. Crédits : DR.

Le Courrier de Russie : Qu’est-ce que « le cauchemar russe » ? 

Matthieu Buge : Le cauchemar russe a plusieurs facettes – psychologique et culturelle, politique et géopolitique. Il ne touche pas tout le monde de la même façon. Le commun des mortels va plutôt être perturbé par la dimension psychologique et culturelle des Russes alors que nos décideurs, eux, se trouvent confrontés à la dimension géopolitique.

Globalement, les Russes ont une conception du monde et une manière de s’organiser différentes de celles des Occidentaux. Ainsi, la Russie est un cauchemar pour l’Occident dans le sens où elle est de facto une poche de résistance face à l’entreprise occidentale, quasiment messianique, de nivellement culturel et politique.

Le plus problématique, pour les Occidentaux, est que le Russe est blanc – le reflet dans le miroir est donc trompeur – et qu’il contrôle un espace considérable de la planète. Il s’agit d’une altérité que l’Occident n’est jamais parvenu à accepter, et qui explique les fréquents éclats furibards contre ce pays depuis 300 ans.

LCDR : Pouvez-vous développer un cliché et/ou fantasme sur la Russie ?

M.B. : Le cliché et le fantasme sont deux choses différentes. Le cliché repose toujours sur un fond de vérité, alors que le fantasme relève de l’imaginaire.

Le cliché le plus classique sur la Russie me semble être celui de la corruption, qu’on juge et jauge généralement de manière très simpliste, considérant qu’il y a la Russie corrompue d’un côté et l’Occident exemple de vertu de l’autre. On est pourtant loin de la réalité. Par ailleurs, la Russie m’a appris que la corruption pouvait, au quotidien, être tout à fait salutaire.

Du côté des fantasmes, le plus évident est celui de l’impérialisme russe, dont on nous rebat les oreilles actuellement. Pourtant, la Russie n’adopte généralement qu’une position défensive. Même si les Russes ne font pas toujours dans la dentelle, leurs coups de pattes sont essentiellement des réactions. Croire que les Russes – avec tous leurs problèmes internes, l’immensité de leur territoire et leur poids démographique, économique et militaire bien plus faible que celui de l’Occident – voudraient s’attaquer à ne serait-ce qu’un petit membre de l’OTAN me paraît tout simplement absurde.

Vous pouvez vous procurer le livre de Matthieu Buge dans la boutique du Courrier de Russie à cette adresse

LCDR : Peut-on parler de russophobie ? 

M.B. : Ce terme n’est pas approprié pour l’Occident. Il peut éventuellement convenir pour qualifier la réaction à tout ce qui est russe de la part des États ayant vécu sous la domination de Moscou durant leur histoire, comme la Pologne, les pays baltes ou la Hongrie – mais certainement pas l’Occident.

Pour moi, il serait plus juste de parler de « folie ». D’ailleurs, n’a-t-on pas vu ces dernières années les pays d’Europe de l’Est, ceux précisément qui pourraient agiter leur frousse historique du Russe, tenter de ramener les Occidentaux à la raison vis-à-vis de Moscou ?

LCDR : Comment réagissent les Russes mal aimés en Occident ? 

M.B. : Les Russes connaissent mieux les Occidentaux que l’inverse. Ce qui ne les empêche pas d’avoir, eux aussi, toute une série de clichés sur l’Occident.

Leurs sentiments varient largement en fonction des pays. Face à des États-Unis traditionnellement hostiles, leur réaction alterne entre dérision et agacement, mais face à une France soudainement peu amicale, ils ont plutôt tendance à ressentir de la frustration.

En outre, ils dissocient bien plus naturellement que nous les agissements des élites politico-médiatiques occidentales de ceux des peuples eux-mêmes. Et quoi qu’il en soit, une conversation avec un Russe sur l’hostilité de l’Occident finit la plupart du temps en rigolade.

Matthieu Buge
Le cauchemar russe de Matthieu Buge. Crédits : DR.

LCDR : Et donc, peut-on parler en bien de la Russie ? 

M.B. : Bien sûr qu’on peut ! Mais la question, c’est : le veut-on ? Et pour y parvenir, il faut précisément dépasser certains clichés.

LCDR : Proposez-vous des pistes pour se détacher de ces clichés et fantasmes sur la Russie ?

M.B. : Ce livre est une compilation et une analyse de contradictions, absurdités et mensonges véhiculés par l’Occident sur la Russie. Je ne pense pas les avoir tous relevés – les 26 lettres de l’alphabet n’auraient pas suffi.

Si la Russie est au centre de cet ouvrage, on y trouve aussi l’Occident et son hypocrisie face à des tares qu’il refuse de percevoir chez lui. Je souhaite que ce livre aide les Occidentaux à dépasser les clichés et à balayer devant leur porte avant de systématiquement attaquer leur voisin.

Interview express de Matthieu Buge pour la sortie de son essai Le Cauchemar russe, abécédaire de clichés et fantasmes occidentaux.

La conférence s’inscrit dans le cadre des Mardis. Un mardi par mois, Le Courrier de Russie organise une conférence avec des spécialistes abordant des thèmes aussi variés que les crises politiques, l’histoire, l’art ou la littérature. Le programme complet des Mardis est à retrouver ici. La conférence, qui se tiendra en langue française dans les locaux du journal, sera suivie d’une séance de questions-réponses et d’un verre.

Pour toute information complémentaire, contactez-nous à l’adresse conferences.lcdr@gmail.com

Un événement en partenariat avec l’agence de voyages Tsar Voyages

Lieu : Le Courrier de Russie – Moscou, rue Milioutinski 10/1 (métro Loubianka ou Tchistye Proudy)

Entrée libre – Le Cauchemar russe, abécédaire de clichés et fantasmes occidentaux sera en vente sur place ( 1,300.00 ₽ )

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