Centre spirituel russe à Paris : le Kremlin « gardien » des valeurs traditionnelles

Pour la spécialiste des relations franco-russes Tatiana Stanovaya, le nouveau Centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris est un vestige de l’amitié franco-russe, dont la mission première est de promouvoir les valeurs traditionnelles russes en Europe.

 Le centre orthodoxe russe à Paris est situé sur le quai Branly, entouré par la Seine et la tour Eiffel. Crédits : Augusto Da Silva - Agence Graphix
Le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris est situé sur le quai Branly, entouré par la Seine et la tour Eiffel. Crédits : Augusto Da Silva/Agence Graphix
 Tatiana Stanovaya
Tatiana Stanovaya

Le Courrier de Russie : Pourquoi la Russie a-t-elle décidé de s’offrir un centre orthodoxe à Paris ?

Tatiana Stanovaya : L’idée a germé dans l’esprit du patriarche Alexis II, qui, lors d’un voyage historique en France en 2007 – la première visite d’un chef de l’Église russe en France depuis le schisme de 1054 –, a soumis l’initiative au président français Nicolas Sarkozy.

Les deux pays entretenaient à l’époque des relations excellentes, et Nicolas Sarkozy a accepté la proposition du patriarche. La construction du Centre était une façon d’institutionnaliser cette amitié franco-russe et de montrer à tous les autres pays que la Russie renforçait ses relations avec l’Occident. Et pour cela, Moscou était prête à dépenser autant qu’il le faudrait.

LCDR : Que représente aujourd’hui ce nouveau complexe orthodoxe, en plein cœur de Paris ?

T.S. : Ces dernières années, les relations privilégiées qu’entretenaient la France et la Russie se sont progressivement détériorées. Cela a commencé avec la guerre de Géorgie en 2008, puis le retour contesté de Vladimir Poutine à la présidence en 2012. La situation s’est encore aggravée avec le rattachement de la Crimée, le conflit dans le sud-est de l’Ukraine et la guerre en Syrie.

Sur fond de dégradation des relations russo-occidentales, le centre a été investi d’une nouvelle mission. Il s’agissait désormais d’en faire un outil de soft power à l’américaine, afin de présenter la Russie comme une gardienne des valeurs traditionnelles, sur le modèle de « Moscou, troisième Rome » [théorie politique voulant que Moscou, après être devenue la capitale du seul État indépendant orthodoxe dans le monde, ait reçu pour mission de protéger la foi orthodoxe et les traditions de la Rome impériale après la chute de Constantinople, en 1453, ndlr].

LCDR : Comment ça ?

T.S. : Cette conception de « gardienne des valeurs traditionnelles » a un double sens. D’un côté, à l’intérieur du pays, on explique à la population que la Russie emprunte sa voie propre, possède « sa » démocratie à elle et prend ses distances avec la culture occidentale.

Mais ces « valeurs traditionnelles » ont aussi une fonction géopolitique. Les Russes veulent montrer aux Occidentaux qu’ils sont différents d’eux, qu’ils n’obéissent pas à leurs standards et ont leur propre façon de voir les choses. En toile de fond, enfin, on retrouve toujours l’idée que s’oppose à un Occident décadent, sans avenir et qui autorise le mariage homosexuel, une Russie protectrice des valeurs conservatrices, proposant des projets de lois comme l’interdiction de l’avortement.

LCDR : Si le centre a une telle importance, pourquoi ni Vladimir Poutine, ni le patriarche Kirill n’ont fait le déplacement ?

T.S. : On comprend parfaitement, à Moscou, que la France perçoit aujourd’hui très négativement la Russie. Le pouvoir russe s’efforce donc de se comporter modestement et fait mine que le Centre n’est qu’un vestige d’une autre époque, durant laquelle les deux pays menaient des projets communs et trouvaient ensemble des solutions à des problèmes globaux.

C’est ce qui explique le niveau de représentation russe très modeste à l’inauguration. Seul le ministre de la culture, Vladimir Medinski, personnage par ailleurs controversé et au cœur d’un scandale mettant en cause l’authenticité de ses travaux universitaires, a fait le déplacement pour représenter Vladimir Poutine.

LCDR : Que pensez-vous des inquiétudes de la partie française de voir le Centre se transformer en une base d’espionnage ?

T.S. : Je pense que ces soupçons sont principalement issus de vieux réflexes de la Guerre froide et qu’ils sont aujourd’hui exacerbés dans le contexte des tensions. La mission, côté russe, est de montrer que le Centre est dans l’intérêt de la France car il œuvrera au développement des relations bilatérales.

Un statut polémique  

Le terrain sur lequel a été bâti le Centre a obtenu le statut diplomatique suite à l’affaire Ioukos, la compagnie pétrolière de l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski, démantelée en 2007. En 2014, la Cour d’arbitrage de La Haye a condamné la Russie à verser une indemnité de 50 milliards de dollars (37 milliards d’euros) aux actionnaires du groupe.

À défaut d’être dédommagés – la Russie considérant le décision comme illégale –, les ex-actionnaires se sont lancés dans une chasse aux biens russes. En France, ils ont notamment tenté de mettre la main sur le nouveau Centre spirituel et culturel orthodoxe parisien. Mais cette tentative a été contrecarrée par la justice française, qui a accordé au projet le statut de bien diplomatique, rendant toute saisie impossible.

2 commentaires

  1. Vive La Renaissance de la Russie
    Vive la Russie Eternelle
    Vive la Grande Russie
    Russie en Europe Oui !!!
    Turquie, NON !!!
    Post Scriptum: le centre géographique de l’Europe se trouve quelque part vers les Etats Baltes ( vu en voiture en faisant le trajet Gdynia – Tallinn)
    La Russie en Europe, et St Petersbourg, Capitale de l’Europe! Voilà ce que serait LA VRAIE EUROPE !

  2. J’ai passé je ne sais combien de temps à chercher sur le net une adresse de site, un numéro de téléphone, RIEN. Que des articles concernant sa construction, son inauguration, mais qui n’indiquent rien de plus. « Centre spirituel et culturel » aussi n’est pas un nom pour une église, un lieu de culte. On tombe sur le Centre culturel de la rue Boissière… Pourquoi est-ce si difficile à trouver????
    C’est frustrant.

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