Centre spirituel russe à Paris : un projet « parisianisé »

Jean-Michel Wilmotte est l’architecte du Centre spirituel et culturel orthodoxe russe à Paris. Cet inconditionnel de la Russie, avec laquelle il travaille depuis une dizaine d’années, a imaginé un bâtiment russe qui s’inscrit harmonieusement dans le paysage parisien.

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Le Centre spirituel et culturel orthodoxe russe sur le quai Branly à Paris. Crédits : Augusto da Silva/Graphix
Jean-Michel Wilmotte

Le Courrier de Russie : Sur le quai Branly, entouré par la Seine et la tour Eiffel.. le Centre bénéficie d’un emplacement de choix. Comment avez-vous décidé de le construire précisément là ?

Jean-Michel Wilmotte : Le Centre se trouve là où se tenait l’ancien siège de Météo France – une composition architecturale en béton, sans grand intérêt. Je voulais créer un espace moins dense et plus aéré dans le centre de Paris. Sur les 8 500 m2 de surface disponibles, nous n’en avons donc utilisé que 4 650, afin de créer une nouvelle voie publique.

Sur les quais de Seine, plusieurs édifices culturels constituent une sorte de chapelet – du palais de l’Alma à l’Institut du monde arabe, en passant par le Louvre, le musée d’Orsay, le Grand Palais et les centres culturels chinois et japonais. Et j’ai décidé de concevoir un bâtiment qui s’intègre dans la continuité de ces monuments historiques.

LCDR : Et côté russe, quelles étaient les exigences ?

J-M. W. : Les Russes ont été extrêmement raisonnables. Ils ont notamment accepté de laisser apparentes les façades du palais de l’Alma, que les Parisiens n’avaient plus vues depuis les années 1940, car elles étaient cachées par les baraques en béton de Météo France.

Par ailleurs, nous voulions vraiment créer une sorte de mini-village russe au centre de Paris. L’édifice comprend ainsi la cathédrale de la Sainte-Trinité, un centre culturel (librairie, salles d’exposition et cafétéria), une maison paroissiale avec un auditorium de 200 places, des appartements, les bureaux du service culturel de l’ambassade de Russie et une école bilingue franco-russe pouvant accueillir 150 élèves.

Plan masse du Centre Crédits : Wilmotte & Associés Architectes
Plan masse du Centre spirituel russe à Paris. Crédits : Wilmotte & Associés Architectes

LCDR : Comment inscrit-on un bâtiment russe dans le paysage parisien ?

J-M. W. : J’ai choisi comme matériau la pierre de Bourgogne, une pierre très parisienne, que l’on retrouve également au pied de la tour Eiffel et au Trocadéro.

L’architecture russe, principalement présente dans les coupoles, a également été adaptée à son environnement. Nous avons choisi de recouvrir les bulbes d’or de palladium, ce qui leur donne une teinte très mate, voire argentée, et qui change de couleur en fonction du moment de la journée. Le rendu est très sobre, beaucoup moins criard que l’or du pont Alexandre-III ou des Invalides, par exemple.

LCDR : D’où vient votre intérêt pour la Russie ?

J-M. W. : Je me sens proche des Russes, de leur culture, de leur savoir-faire et de leur géographie. La Russie est un pays mosaïque qui me fascine.

J’ai décroché mon premier contrat en Russie tout à fait par hasard, puis j’ai élaboré un décor pour le théâtre du Bolchoï, avant d’enchaîner des projets comme la rénovation de la rue piétonne Stolechnikov à Moscou, la conception du stade de la Coupe du monde de football 2018 à Kaliningrad ou encore la réhabilitation de l’Université européenne de Saint-Pétersbourg.

Un changement d’architecte à la hâte

Initialement confié, en 2011, à l’architecte espagnol d’origine russe Manuel Nunez Yanowsky, sélectionné parmi plus de 150 candidats, le premier projet a été recalé par Bertrand Delanoë, l’ancien maire de Paris, qui le jugeait trop extravagant.

Arrivé en deuxième position du concours, l’architecte Jean-Michel Wilmotte entre alors en scène, « repêché » par le jury russe et français, qui approuve sa proposition à l’unanimité. La première pierre a été posée en avril 2014.

En vidéo, la construction du Centre spirituel et culturel russe à Paris

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