Pour un blogueur des Échos, la Russie s’apprête à « annexer le Daghestan »

« La Crimée comme étincelle de l’expansionnisme russe », titre un article paru dans la rubrique Idées-Débats du site du quotidien Les Échos, le 18 octobre dernier. Le papier, signé de Vassili Joannidès de Lautour, professeur des universités, regorge de contre-vérités. Le Courrier de Russie a cru bon de les révéler.

Daghestan
Daghestan. Crédits : LCDR.

L’auteur affirme d’abord que Vladimir Poutine a justifié le rattachement de la Crimée à la Russie, en 2014, « par une clause du Pacte de Varsovie ». Selon Vassili Joannidès de Lautour, par cette clause, « la Russie confiait en gestion à l’Ukraine la Crimée, et celle-ci devait la lui rétrocéder 60 ans plus tard, soit en 2015 ».

Si l’auteur ne précise pas d’où il tire ces informations, il est en tout cas certain que le texte du Pacte de Varsovie, disponible en accès libre sur le site www.cvce.eu, ne contient aucune clause de ce genre. Le Pacte de Varsovie a été signé par l’Union soviétique et sept pays d’Europe de l’Est en 1955, soit un an après la décision du secrétaire général de l’URSS, Nikita Khrouchtchev, de placer la Crimée sous juridiction ukrainienne, le 19 février 1954. Depuis ce jour, la Crimée a cessé de faire partie de la république socialiste russe pour être intégrée à celle d’Ukraine. La péninsule a changé de statut administratif sur une volonté personnelle du chef de l’État soviétique, sans la moindre condition. L’affirmation de base de M. Joannidès de Lautour est donc fausse – et c’est sur elle qu’il fonde tout son argumentaire à propos d’un prétendu « expansionnisme russe ».

Le blogueur des Échos assure ensuite que « la communauté internationale (…) nie la légalité du Pacte de Varsovie (…) dans la mesure où il a été conclu par des républiques non souveraines – en l’occurrence l’Ukraine, qui n’était de fait qu’une province. » Or, l’Ukraine n’a jamais signé le Pacte de Varsovie ! Tandis que les autres signataires, notamment la RDA, la Bulgarie, la Roumaine, l’Albanie, la Hongrie et la Tchécoslovaquie, étaient bien des États souverains, et non des « républiques » de l’URSS. Enfin, de nouveau, il n’a jamais été question de la Crimée dans ce document.

Mais Vassili Joannidès de Lautour n’en démord pas, allant jusqu’à mentionner l’existence d’une « joute relative à l’interprétation du Pacte de Varsovie » entre la Russie et « la communauté internationale ». Que cette dernière doit absolument remporter, car c’est à ce prix seulement qu’elle sera en mesure de « freiner durablement l’expansionnisme russe ». Impossible de savoir où Vassili Joannidès de Lautour puise ces assertions. Le Pacte de Varsovie a été dissous le 1er juillet 1991, et on n’a jamais entendu la Russie, depuis, contester cet événement, ni vouloir reformer une union militaire avec les anciens États membres – qui ont d’ailleurs tous aujourd’hui, à l’exception de l’Albanie, intégré l’UE.

Quelques lignes plus tard, l’auteur s’enflamme : « Si la Russie de Vladimir Poutine remporte cette bataille juridique, plus rien ne pourra arrêter son expansionnisme, surtout à l’Est des frontières de l’Union européenne et dans le Caucase ». Une bataille juridique dont personne n’a jamais entendu parler mais qui fait rage au moins, semble-t-il, dans la tête de M. Joannidès de Lautour.

À l’appui de l’existence de cet « expansionnisme russe », le blogueur des Échos mentionne le référendum sur le rattachement à la Russie prévu pour 2017 en Ossétie du Sud, cette région de la Géorgie ayant déclaré unilatéralement son indépendance, en 2008, à l’issue d’un conflit sanguinaire avec Tbilissi. Ici, rien à dire : le référendum est effectivement prévu. Pourtant, il s’explique moins par « l’expansionnisme russe » que par l’extrême complexité des relations entre les Ossètes et les Géorgiens, qui se sont fait la guerre en 1918-1920, puis en 1991-1992 : les premiers réclamant à chaque fois leur indépendance vis-à-vis des seconds.

L’auteur évoque ensuite un autre référendum : en Transnistrie. « En Moldavie, écrit Vassili Joannidès de Lautour, les russophones de Transnistrie demandent la tenue d’un referendum sur le rattachement de leur région à la Russie, invoquant les termes du Pacte de Varsovie. »

Ici, c’est d’époque que l’on se trompe : la Transnistrie, cette région de Moldavie peuplée majoritairement de russophones, s’est déjà prononcée pour son rattachement à la Russie en 2006. Depuis, les autorités locales demandent régulièrement à Moscou de les réintégrer – sans jamais, par ailleurs, invoquer un quelconque chapitre du Pacte de Varsovie. Mais le Kremlin persiste à leur dire non.

Puis on atteint le summum en termes de grossières erreurs historico-géographiques : un peu plus loin, l’auteur affirme que « le Daguestan (ou Daghestan), que la Russie avait tenté d’annexer par les armes en 1996, pourrait bien être convoité de nouveau »… Faut-il rappeler au professeur des universités que cette région du Caucase, située au bord de la mer Caspienne, fait partie de la Russie depuis… 1813 ?! La rédaction du Courrier de Russie, qui s’y est rendue en juillet dernier, confirme : le Daghestan est toujours une république de la Fédération de Russie, et pas un État souverain, comme le suggère l’auteur. Surtout, la Russie n’a jamais tenté de l’annexer par les armes – ni en 1996, ni plus tard.

Et notre tribun ne s’arrête pas là. M. Joannidès de Lautour estime, pour conclure, que la Russie pourrait bien « convoiter (…) le nord-est de la république d’Azerbaïdjan », la Karakalpakie ouzbèke et encore quatre provinces du Kazakhstan… Pourquoi ces régions précisément ?.. Pourquoi pas la Terre entière, tant qu’on y est ? L’auteur ne prend pas la peine de nous expliquer pour quel motif, selon lui, la Russie voudrait annexer ces territoires. Pas trace de source, pas la moindre réflexion à l’appui. Simplement une pluie d’affirmations, proférées avec une certitude époustouflante. Le blogueur lance encore que « Vladimir Poutine pourrait songer à annexer certaines régions de l’Europe centrale et orientale ». Mais Vladimir Poutine pourrait bien « songer », aussi, à s’installer sur la Lune, conquérir la planète Mars et annexer l’océan Atlantique… Pourquoi pas ? Qui sait ce qu’il a dans la tête, ce Vladimir Poutine…

Manifestement, en tout cas, pas Vassili Joannidès de Lautour. D’un diplômé de l’École normale supérieure et de Sciences Po Paris, on attendait mieux que ça.

Le Courrier de Russie spécial Daghestan, c’est ici

6 commentaires

  1. Les Français sont nuls en géographie et en histoire. Ils connaissent à peine l’histoire de leur pays, alors dès qu’on s’éloigne des frontières de l’Hexagone, il ne savent plus grand chose. D’autre part, la Karakalpie ouzbèke est bien loin.

  2. Vu une tellle quantité de fautes, on peut penser que l’auteur a acheté ses diplômes…
    Réaction de M. Joannidès de Lautour :
    – Mensonge ! Je n’ai pas acheté mes diplômes ! On me les a offert en cadeau d’anniversaire !

  3. Ah, toujours le même problème que je rencontre en France quand j’essaie d’expliquer à mes concitoyens a) que la Crimée a toujours été Russe, b) que l’Ukraine dans ses frontières actuelles est une création d’un président Américain à l’issue de la 1°guerre mondiale mais que la Russie est née à Kiev, et que tout l’est de l’Ukraine est peuplé de Russes; en 2014, un coup d’état a eu lieu contre un président élu, bon ou mauvais, peu importe, un coup d’état, et que l’Ukraine déniait aux Russophones le même statut qu’aux non Russophones. Des Sanctions illégitimes et injustes, ont été prises contre la Russie. LE Daghestan fait partie intégrante de la Russie, au même titre que la Corse fait partie de la France. Il y a deux pôles de Français aujourd’hui: les Anti Russes de base… nourris aux informations dispensées par les médias classiques, informations partiales, tronquées, toujours a sens unique… Et les autres, ceux qui connaissent un minimum d’histoire Russe, qui ont la patience d’aller chercher d’autres informations par eux mêmes, et qui considèrent qu’aujourd’hui la Russie est seule à Défendre les valeurs et les fondations de la culture Européenne: La Russie est en Europe pour l’essentiel de sa population, et 30% de son territoire; la Turquie, non! Comme disait la Général De Gaulle, la Russie en Europe, OUI, bienvenue, la Turquie Non, aucune histoire Européenne, sauf de colonisation des Balkans. La Russie a payé le prix le plus fort pour la liberté de l’Europe durant la guerre patriotique. Mais une Russie Forte, en Europe, un axe Paris/Berlin/Moscou, ferait de l’Europe une super puissance, et cela ne plait pas!

  4. Cher Courrier de Russie,
    Pourriez-vous reproduire intégralement l’article de ce savant ignorant ? Dommage qu’il a été effacé du journal Les Echos ? Merci.

  5. Le cas de ce prétendu professeur, ¨de Lautour¨, me rappelle un documentaire sur la vente de faux diplômes et en ce qui le concerne, de faux savoir. Avec un nom aussi pédant et ridicule, ça pose déjà problème.

    De la propagande indigeste anti Poutine, c’est totalement nul.

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