Qui est Anton Vaino, le nouveau chef de l’administration présidentielle ?

Vendredi 12 août, Vladimir Poutine a nommé Anton Vaino, 44 ans, à la tête de son administration. Il remplace à ce poste le puissant Sergueï Ivanov, issu des services secrets soviétiques et allié de longue date du président russe. Alexeï Makarkine, vice-président du Centre des technologies politiques, dresse le portrait de cette nouvelle figure clé de l’entourage de Poutine.

Anton Vaino Alexandra Moudrats, TASS
Anton Vaino. Crédits : Alexandra Moudrats/TASS

Le grand-père : premier secrétaire du PC estonien

Karl Vaino, le grand-père d’Anton, est né en 1923 à Tomsk, dans la famille du militant communiste Heinrich Vaino et de Lydia Sava, fille de colons estoniens installés en Sibérie au début du XXe siècle. Karl Vaino a obtenu un diplôme d’ingénieur des chemins de fer à Tomsk et ne s’est installé en Estonie qu’en 1947, où il a entamé sa brillante carrière de fonctionnaire du Parti.

En 1978, à 73 ans, Johannes Käbin, qui avait dirigé le PC estonien durant plus d’un quart de siècle, a été révoqué et remplacé par le jeune et énergique secrétaire du Comité central Karl Vaino. Moscou misait ainsi sur un homme qui était prêt à développer l’économie estonienne conformément aux souhaits du centre. Ces plans prévoyaient notamment l’arrivée massive dans l’industrie estonienne de cadres-ouvriers russophones venus de toute l’Union, ce qui n’était pas du goût des partisans de la conservation de l’identité nationale.

Karl Vaino est resté en poste jusqu’en 1988, année de la création en Estonie du Front populaire, ce mouvement d’opposition au régime soviétique, rejoint par environ 40 000 personnes en deux mois. L’une des revendications premières des « frontistes » a été le départ immédiat de Vaino, perçu comme l’« homme de Moscou ». Karl Vaino a demandé que cette contestation soit écrasée par la force, mais il n’a pas été soutenu par le centre, et a été rapidement remercié. Le fonctionnaire s’est alors installé à Moscou, où il a pris sa retraite en 1990 et continue de résider aujourd’hui.

Karl Vaino. Crédits : Valentine Tcheredintsev/TASS
Karl Vaino. Crédits : Valentine Tcheredintsev/TASS

Le père : membre du conseil d’administration d’AvtoVAZ

Eduard, le fils de Karl Vaino, est né en Estonie en 1949, où il a terminé l’Institut polytechnique, puis travaillé comme ingénieur. Deux ans avant que son père ne prenne la tête du Parti communiste d’Estonie, Eduard s’est installé à Moscou avec son épouse et leur fils Anton et a intégré l’Académie soviétique du commerce extérieur. Diplômé en 1978, Edouard a rejoint l’association Avtopromimport, chargée des achats d’équipements étrangers pour AvtoVAZ. De 1981 à 1985, il travaille pour la représentation commerciale soviétique au Japon. En 1985, de retour à Moscou, Eduard recommence à travailler pour Avtopromimport, dont il devient rapidement le directeur adjoint.

En 1990, il est nommé premier représentant d’AvtoVAZ aux États-Unis. Il y passe la majeure partie des années 1990, participant activement à la création de la co-entreprise GM-AvtoVAZ.

En 2007, Eduard Vaino devient vice-président pour les relations corporatives et membre du conseil d’administration d’AvtoVAZ, et, en 2008, premier vice-président pour les relations corporatives. En 2009, il devient vice-président du département des relations extérieures et des rapports avec les organes étatiques. En juin de cette année, Eduard Vaino a été élu membre du conseil d’administration du géant automobile.

Eduard Vaino
Eduard Vaino au Forum économique de Saint-Pétersbourg. Crédits : Vladimir Smirnov/TASS

Le fils : chef du Protocole présidentiel

Anton Vaino, diplômé de l’Institut moscovite des relations internationales (MGIMO) en 1996, a immédiatement été envoyé à l’ambassade russe du Japon, où son père avait un temps travaillé.

Anton y a travaillé cinq ans, jusqu’en 2001. De retour en Russie, il intègre le Deuxième département de l’Asie du ministère russe des affaires étrangères, puis rejoint, en 2003, la Direction du protocole du président russe, où il fait une brillante carrière – passant, en un an, du poste de simple consultant à celui de directeur adjoint. En avril 2007, Anton Vaino devient premier adjoint du directeur du Protocole, avant d’obtenir la fonction de directeur adjoint de l’appareil présidentiel en octobre de la même année. Le 25 avril 2008, il est nommé directeur du protocole du Premier ministre, conservant son poste auprès du président.

À la tête du protocole, Vaino, quasiment invisible pour la presse, était un des plus proches collaborateurs de Vladimir Poutine. En décembre 2011, après la désignation de Sergueï Narychkine à la présidence de la Douma, Vaino occupe un des anciens postes de ce dernier – directeur de l’appareil du président. À cette époque, Poutine achevait son mandat de Premier ministre – de retour au Kremlin en mai 2012, le président nomme Vaino directeur adjoint de son administration. À ce poste, Vaino était chargé des questions d’accompagnement de l’activité du président : préparation des documents, contrôle de la bonne exécution des décrets et ordres, gestion de l’emploi du temps et des ressources humaines.

Andreï Kolyadine, ex-collaborateur de l’administration présidentielle, a qualifié Anton Vaino, dans une interview pour l’agence Federal Press, de « véritable professionnel » : « À la différence de beaucoup de ceux avec qui j’ai été en contact au sein de l’administration du président, Vaino n’est pas un homme sournois, et il est dévoué au président. Il n’est pas corrompu et a toujours placé les intérêts de sa mission au-dessus de tous les autres. Il est capable de chercher des compromis, persuadé qu’ils sont toujours préférables à la guerre, qui détruit tout et laisse tout à reconstruire. »

Une nouvelle génération

Poutine Ivanov Vaino
Rencontre entre Vladimir Poutine, Sergueï Ivanov (gauche) et Anton Vaino (droite) le 12 août 2016 au Kremlin. Crédits : kremlin.ru

La révocation de Sergueï Ivanov s’inscrit dans un contexte plus vaste de politique des ressources humaines de Vladimir Poutine, qui a renvoyé ces derniers temps toute une série de représentants de son équipe « pétersbourgeoise », ayant travaillé avec lui durant de longues années. Parmi eux : l’ancien président des chemins de fer russes Vladimir Iakounine, l’ex-directeur de l’agence fédérale de lutte contre le trafic de stupéfiants Viktor Ivanov ou encore l’ancien directeur du Service fédéral de protection (FSO) Evgueni Mourov. Dans les conditions actuelles de montée des turbulences économiques et des tensions géopolitiques, de nombreux vétérans de l’équipe de Poutine ont perdu de leur influence et cédé leurs positions face à une concurrence endurcie au sein de l’appareil.

Parallèlement, l’arrivée d’Anton Vaino à la tête de l’administration présidentielle est le signe d’une nouvelle tendance – Poutine mise sur des hommes qui non seulement lui sont fidèles, mais aussi qui ont fait toute leur carrière sous sa présidence. Pour eux, il n’a jamais été un « égal », ni même le « premier des égaux ». Pour cette génération de serviteurs de l’État, Vladimir Poutine est une figure sacrée, le leader « de toujours ».

Le chef de l’État russe s’entoure aujourd’hui de personnes de confiance, capables d’exécuter ses instructions à la lettre.

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