Brexit : quelles conséquences pour l’économie russe ?

Jeudi 23 juin, les habitants du Royaume-Uni ont voté pour une sortie de leur pays hors de l’Union européenne. Certains politiciens européens ont qualifié l’issue du référendum de « victoire pour Vladimir Poutine ». Le quotidien économique russe RBC s’interroge sur les conséquences du Brexit britannique pour l’économie et le climat des affaires en Russie.

Brexit. Crédits : lepeuple.be
Brexit. Crédits : lepeuple.be

Avantages potentiels

Au niveau économique, le Brexit aura moins d’impact sur la Russie que sur la majorité des pays de l’UE, assure Alexander Gryaznov, responsable des notations corporate chez S&P Global Ratings. « Nous pensons que, même sortie de l’UE, la capitale anglaise restera le centre financier de l’Europe – et que rien ne changera, par conséquent, pour les entreprises russes actives à la Bourse de Londres », suppose l’analyste.

Valeri Nesterov, analyste senior chez Sberbank CIB, confirme : le Brexit n’entraîne aucun risque global pour le business énergétique. La chute des prix du pétrole va continuer, à court terme, de faire baisser la valeur des actions des compagnies pétro-gazières, et les spéculateurs vont vendre les titres des entreprises des marchés en développement, notamment les actifs russes. Mais à en croire Nesterov, ces craintes vont rapidement retomber, et pour les entreprises pétro-gazières russes, travailler en Europe deviendra même plus simple. « La sortie du Royaume-Uni pourrait entraîner un assouplissement de la politique européenne commune en matière de diversification des sources d’approvisionnement de gaz. La pression de Bruxelles va baisser, et les pays membres vont se mettre à mener une politique plus indépendante », suppose l’expert.

Autre point positif, le Brexit pourrait finalement conduire les membres de l’UE à repenser la politique des sanctions à l’égard de la Russie puisque, parmi les trois leaders officieux de l’Union – Londres, Berlin, Paris –, le Royaume-Uni était le plus ferme partisan du régime des sanctions, soutiennent Andreï Kouznetsov et Cole Acheson, analystes chez Sberbank CIB. « Même si le Royaume-Uni va rester dans l’UE durant encore deux ans au moins, son influence va probablement se réduire considérablement avec les résultats du référendum », assurent-ils.

Et le rouble dans tout ça ?

Stanislav Novikov, directeur adjoint pour le marché de détail chez FG BrokerCreditService, souligne, dans une note d’analyse, que le Brexit « dans une large mesure, concerne l’Europe et ses responsables politiques plutôt que notre marché ». Ce qui est largement confirmé, poursuit-il, par les premiers indices russes : on ne constate pas de chute comparable à celle observée sur les marchés européens au lendemain du référendum. Rappelons que l’indice principal du marché russe, le RTS, a chuté de 5 %, contre un recul de 7 % pour la Bourse de Paris, de 8 % pour Londres et de 10 % pour Francfort.

À court terme, poursuit l’expert de BrokerCreditService, la Russie pourrait toutefois souffrir d’une baisse concomitante des prix du pétrole. « Le rouble perd déjà des positions du fait d’une réaction émotionnelle à la baisse du cours du pétrole, et il n’est pas exclu que, dans les prochains jours, il passe au-dessus de 67 roubles pour un dollar. Dans le même temps, à l’heure actuelle, il n’y a aucun motif clair pour que l’affaiblissement de la monnaie russe s’accélère », souligne Novikov.

L’expert explique que les facteurs qui ont fait augmenter les prix du pétrole depuis le début de l’année, telle la réduction de l’extraction et des réserves aux États-Unis, n’ont aucun rapport avec le Royaume-Uni, et continueront d’agir. « Je pense que les émotions vont retomber dès le courant de la semaine prochaine, et que le couple rouble/dollar va se rapprocher des valeurs actuelles », rassure-t-il.

D’autant que le Brexit pourrait freiner l’évasion de fonds russes vers la Grande-Bretagne, précise à son tour Natalia Orlova, économiste chez Alpha Bank. « Le Royaume-Uni était un destinataire des capitaux russes. Aujourd’hui, du fait de son statut incertain, il peut devenir moins attirant, explique l’experte, avant de continuer : En fait, pour le rouble, c’est même plutôt une bonne nouvelle. Je ne pense pas que les capitaux vont revenir, mais il est possible que l’exode se fasse moins important. »

Business is not dead

Si les certificats de dépôt des plus grandes entreprises russes – Rosneft, Gazprom, Lukoïl, Novatek, Severstal, Nord Gold et autres – se vendent à la Bourse de Londres, celles-ci ne possèdent pas d’importants actifs au Royaume-Uni. Les grands groupes russes ont d’ailleurs indiqué à RBC analyser actuellement les risques potentiels du Brexit pour leur activité.

Cas particulier, cependant, le groupe sidérurgique Evraz a ses actifs en Russie mais son siège social à Londres. Ses représentants ont précisé que l’entreprise ne prévoyait aucune mesure rapide liée aux récents événements et allait étudier la situation et suivre le marché. « Il est évident qu’à court terme, la volatilité de la livre et la nervosité générale sur les marchés financiers vont se ressentir sur la valeur de l’action », admet le communiqué d’entreprise.

Alexeï Mordachov, PDG de Severstal et Nord Gold, avait déjà évoqué plus tôt, dans une interview pour l’agence Bloomberg, l’alarme que le Brexit provoquerait sur le marché : « Une sortie du Royaume-Uni hors de l’Europe pourrait avoir des conséquences funestes, au moins à court terme. »

Début 2015, la direction de Nord Gold avait fait part de ses projets de déplacer son siège social depuis les Pays-Bas vers le Royaume-Uni et, peut-être, d’augmenter ses valeurs sur la Bourse de Londres. Après le référendum, le représentant du groupe a déclaré que le groupe allait envisager des espaces d’installation alternatifs. « La Bourse de Toronto, par exemple, est un des centres principaux pour le secteur minier », indique le communiqué de la compagnie d’extraction aurifère.

Alexander Vengranovitch, analyste pour la banque russe Otkrytie, suppose enfin que les principaux risques pour le business russe, aujourd’hui, concernent la sphère des devises : les entreprises qui font leurs recettes en euros ou en livres vont éprouver des difficultés. Parmi les sociétés IT, Luxoft, qui touche ses bénéfices en euros et en livres et publie ses résultats financiers en dollars, pourrait voir ses gains réduits.

2 commentaires

  1. Ce genre d’analyse faite dans le marc de café conjoncturel, après consultation des astres boursiers, permet aux experts comme aux cartomanciennes d’exister et d’en vivre, après avoir leurré qui veut bien s’y prendre.

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