Brexit, le choix des Britanniques vu de Russie

Jeudi 23 juin, les Britanniques ont voté à 51,9 % pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Dans toute l’Europe, les eurosceptiques exultent. Comment la décision est-elle perçue en Russie ? Sergueï Strokan, expert en politique internationale pour le quotidien Kommersant, donne son avis sur la question dans cette chronique.

Brexit, scrabble anglophone. Crédits : flickr.com
Brexit, scrabble anglophone. Crédits : flickr/speedpropertybuyers.co.uk/

« Filer à l’anglaise » : partir discrètement, sans que personne ne le remarque, du moins sur le moment. Dans le cas de ce « référendum historique » sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, c’était à peu près impossible. Cette histoire de Brexit est même allée jusqu’à éclipser la Syrie, les élections américaines, la guerre des sanctions et le football. Les Britanniques ont mis des mois à claquer la porte de l’Union, et de la manière la plus théâtrale et bruyante possible – pour que tout le monde le sache.

C’était, parfois, amusant à voir. Souvenons-nous de Boris Johnson – l’ancien maire de Londres aux origines russes, à la tignasse reconnaissable entre toutes, un des plus ardents partisans du Brexit – en train d’embrasser un saumon, en public, sur le marché de Billingsgate. « Jusqu’à quand devrons-nous supporter tout ça ? », demandait-il, appelant les sujets de Sa Majesté à se révolter contre l’UE, accusée d’étouffer les pêcheurs locaux. Une révolte impitoyable mais, selon M. Johnson, tout à fait sensée.

Cependant, dans quelle mesure les arguments de ceux qui ont voté pour une rupture violente avec l’UE sont-ils rationnels ? Les considérations sur « l’atteinte à la souveraineté nationale », la crainte face à « la menace des migrants », le dédain de la bureaucratie européenne pitoyable et absurde, quand un Donald Tusk à l’anglais scolaire se prenait pour le conducteur de la luxueuse Rolls-Royce britannique : tout cela n’était-il pas plutôt dicté par des émotions profondément enracinées dans la mentalité britannique ?

Il y a quelque chose d’un peu puéril dans l’argument consistant à dire que l’Europe briderait la démocratie britannique. Elle-même est la première à faire taire qui elle veut : qui s’y frotte s’y pique ! En matière d’accueil des réfugiés, ce n’est de loin pas le Royaume-Uni qui porte le fardeau le plus lourd en Europe : il est simplement celui qui proteste le plus fort, tout en s’efforçant de réduire ses obligations au minimum – que Frau Merkel et les autres s’éreintent. Enfin, le Royaume-Uni est une des principales économies mondiales. Pourtant, ce sont la France et l’Allemagne qui sont les moteurs de l’intégration européenne depuis les années 1970. Et c’est aussi le cas pour tout le reste.

L’esprit insulaire, qui pousse le Royaume-Uni à se maintenir à une distance respectable du reste de l’Europe, vient s’ajouter aux complexes latents liés à la grandeur perdue d’un empire colonial « sur lequel le soleil ne se couchait jamais ».

Résultat, le Royaume-Uni, sans l’admettre, a éprouvé à un moment donné le besoin de se secouer un bon coup, de reprendre conscience de sa grandeur et de la rappeler aux autres. De jouer un jeu passionnant baptisé « claque-la-porte ». De se sentir ainsi le centre de l’univers, un État de premier plan qui continue d’écrire l’histoire, et ne se contente pas de simplement suivre docilement l’attelage européen. Un État dont continue de dépendre le sort d’autres peuples.

Ainsi, aussi sérieux que puissent être les problèmes de l’Union européenne, le référendum d’hier n’a avec eux qu’un lien très relatif : il s’agit d’une histoire strictement britannique.

Toutefois, ce « vote historique » du 23 juin ne sera pas sans conséquences : il a coupé une nation en deux et asséné un nouveau coup à une Europe unie déjà moralement lasse, sans cela, de son unité autoproclamée.

Ainsi le Royaume-Uni a jeté son pavé dans la mare de l’UE.

Réactions :

Dmitri Peskov, attaché de presse du président, cité par Interfax :

« Nous espérons que, dans ces nouvelles réalités, la compréhension de la nécessité de mettre en place de bonnes relations entre nos pays prendra le dessus. Nous n’observons pas toujours, de la part de nos partenaires britanniques, une disposition à discuter et collaborer. »

Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangères :

« C’est une affaire intérieure, qui ne regarde que le peuple anglais »

Sergueï Sobianine, maire de Moscou :

« Sans la Grande-Bretagne dans l’UE, plus personne ne maintiendra aussi farouchement les sanctions contre nous. »

Alexeï Koudrine, ancien ministre des finances :

« On peut regretter la décision des Britanniques pour une sortie de l’UE, mais il ne faut craindre aucune catastrophe, à part peut-être une instabilité à court terme sur les marchés financiers. »

Alexeï Pouchkov, président du comité de la Douma chargé des questions internationales :

« Après ces référendums aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne, les dirigeants des pays de l’UE ne voudront plus en organiser : l’opinion du peuple s’avère dangereuse pour leurs objectifs politiques. »

7 commentaires

  1. « il s’agit d’une histoire strictement britannique »
    Ben non, justement pas. Il s’agit de l’histoire des peuples européens, différents par essence historique. Il s’agit d’une nation dont les citoyens ou plutôt sujets, souhaitent qu’elle reste une nation. Ce sont eux qui ont voté le Brexit, excédés par l’arrogance de « l’aréopage technocratique de fonctionnaires irresponsables et apatrides » que fustigeait De Gaulle dans sa conférence de presse du 9 septembre 1965.
    Cet homme d’état français, avait très bien compris les dangers et l’impasse que représentait le choix d’une Europe supranationale voulue par les Américains faisant pression sur une Allemagne vaincue. De Gaulle voulait une Europe des nations souveraines.
    L’Union Européenne va s’effondrer car son modèle autant économique (néolibérale, appauvrisseur des peuples), que monétaire (monnaie unique sans transferts entre économies disparates) ou Défense (OTAN qui impose la politique US), n’est pas viable. L’actuelle UE est une marionnette entre les mains d’une intelligence étrangère qui s’en sert pour dominer le continent eurasiatique… dont la Russie !
    Courant mai 2016, questionnés par le prochain référendum Brexit, Martin Schulz commentait : «L’Europe est une promesse qui n’a pas été tenue».
    Donald Tusk d’ajouter : « à trop idéaliser l’Europe, à la considérer comme un projet d’Union avec un seul Etat, une seule nation, est non seulement complètement irréaliste, mais aussi dévastateur pour son avenir. Le rêve d’un seul Etat européen, d’une seule nation européenne est une illusion. Nous devons accepter de vivre dans une Europe avec différentes monnaies, avec différentes forces politiques, et la pire chose est de prétendre de ne pas le savoir ».
    Un éclair de raison ?
    Une prise de conscience couronnée par un Brexit. A quand le Frexit ?

  2. En demandant à une jeune française étudiante en Angleterre de réaliser une chronique sur le « to be or not to European », la webradio webtv indépendante française AWI mesurait l’impact que menaçait d’avoir un « Leave ». Sa chronique proposée en français et en anglais est toujours consultable. Mais désormais les dés sont jetés ! Et les conséquences connues.

  3. L’auteur ne comprend absolument pas le poids de l’immigration massive et de la perte de l’identité nationale dans ce vote…

  4. Quitter le navire n’est que la conséquence d’un choix de l’Europe à tenir l’Angleterre à l’écart du lien Franco allemand. Les anglais ne quittent pas les valeurs de l’Europe ni ses origines la paix des nations. Les anglais ont par défaut quitter l’Europe. En réalité l’Angleterre ne fait que choisir entre une soumission et sa souveraineté. Ils n’ont pu prétendre à la souveraineté que par l’exit. C’est l’Europe qui a mis les anglais dos au mur. C’est l’Europe qui a préféré voir l’Angleterre partir que de donner à l’Angleterre la souveraineté quelle réclame pour se maintenir comme nation forte. La France qui par ses nationalistes revendiquent eux aussi l’exit me font bien rire. C’est eux qui ont en mains les tenants et aboutissants de l’Europe. Si la France quitte elle pousse l’Europe au suicide….. Et comme en quarante ce seront l’Angleterre et la Russie qui viendront…… Mais cette fois ci pour construire une Europe avec l’Allemagne.

  5. Finalement, d’ici un an on s’apercevra que c’est une opération win-win! Je pense que le Royaume-Uni (S’il reste uni ce qui n’est pas évident) fera mieux en dehors de l’Europe et sera sans doute à l’intérieur de l’EEE.
    Et que l’Europe fera mieux sans le Royaume-(Dés)Uni qui passait sa vie à tout contester et à réclamer des traitements de faveur ou dérogatoires.
    De plus, c’est une bonne leçon pour la bureaucratie européenne dont le pouvoir sans limite, car contrôlé de fait par personne, a permis la cristallisation même fantasmatique de tous les problèmes.
    En brisant le tabou d’une Europe indivisible, certains pays devront reconsidérer leurs positions comme la Grèce qui se servait à une époque du Grexit comme une menace. On a peut-être une occasion de se débarrasser d’eux et de rajouter dans la charrette des pays qui n’avaient rien à faire en Europe comme la Bulgarie et la Roumanie, pays corrompus jusqu’à la moelle qui ne satisfaisaient aucun des critères économiques requis pour adhérer à l’Europe, mais qui ont été admis politiquement par des chefs d’état souhaitant utiliser une « opportunité historique » pour essayer de laisser une trace dans les manuels d’histoire.
    C’est aussi la démonstration de l’arrivisme et de l’égoïsme des hommes politiques: Cameron savait très bien qu’il jouait avec le feu en promettant un référendum très risqué mais qu’importe pourvu qu’il soit réélu, Johnson qui est en fait un pro-européen convaincu savait qu’il n’avait aucune chance s’il suivait le pro-Europe car il y avait Cameron et Osborne avant lui. Il est devenu eurosceptique par pur arrivisme.
    Enfin on se débarrasse du caniche des USA qui étaient la voix de son maître, l’oncle Sam. Sans doute une réconciliation avec la Russie sera enfin possible!

  6. Je suis étonné de voir combien le problème est mal posé. Ceux qui votent contre ne votent pas contre l’Europe mais contre CETTE Europe inféodée aux USA et à a la finance. Le vrai problème est de refaire une AUTRE Europe fédérative qui prenne en compte les différences. Une Fédération sans doute. Pëut-on créer une équipe de foot avec des athlètes, des unijambistes, des aveugles, des manchots etc….C’est l’Europe actuelle. Ca ne marchera jamais tant que les peuples sentiront que les uns passent leur temps à faire les poches des autres. Il faut aussi que cette Fédération vire l’OTAN cette machine de guerre de l’impérialisme US et repense toute sa géopolitique indépendamment de Washington. qui de toutes façons court sa perte.

  7. britanique ou pas , les anglais ont raison de quitter ce pot de pue qu est BRUXELLES , pourquoi on ne vote pas en FRANCE ? parce que les guignols qui nous gouvernent ont peur du résultat . de toute façon il faudra quitter un jour ou l autre . nous voulons redevenir une puissance comme sous de GAULE et non pas un toutou chien de WASHINTON .

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