#ImpactJournalism – Technologies de l’avenir : un test express pour tout diagnostiquer

Des chercheurs de Belgorod, en Russie, développent une technologie permettant un diagnostic rapide et peu coûteux de diverses maladies et pathologies.

Université agricole de Belgorod. Crédits : Rusina Shikhatova / LCDR
Université agricole de Belgorod. Crédits : Rusina Shikhatova / LCDR

Dans l’industrie laitière, les vaches doivent être inséminées chaque année pour garantir une production régulière. Les méthodes existantes permettent de déceler une grossesse chez une vache au bout de deux mois après l’insémination. Or, les fermiers ont besoin de savoir le plus tôt possible si les bêtes sont pleines, afin, en cas d’échec, de reproduire la tentative rapidement. Et l’on sait que près d’un tiers des femelles ne sont pas fécondées du premier coup, ce qui entraîne des pertes pour les éleveurs.

En dix mois seulement, une équipe de chercheurs de Belgorod, dirigée par le professeur Mikhaïl Pokrovski, a élaboré un test fiable et rapide, basé sur la technologie innovante des anticorps monoclonaux. « Nous avons sélectionné des protéines de placenta de vache, que nous avons multipliées en laboratoire, explique Alexandre Koulik, responsable de la recherche sur les anticorps monoclonaux. Puis, nous avons fabriqué une bandelette à partir de la substance obtenue. Il suffit de déposer sur cette bandelette une goutte du sang de la vache pour savoir si elle est pleine : le support change de couleur si le sang contient des protéines de placenta. »

À l’image d’un test de grossesse pour les femmes, ce dispositif permet aux vétérinaires de déceler une grossesse éventuelle dès quinze jours après l’insémination.

« Des systèmes de diagnostic existent déjà dans d’autres pays, mais ils sont effectués sur le lait et nécessitent une période d’attente plus longue après l’insémination, poursuit Alexandre Koulik. Alors que notre test est véritablement express : le résultat est lisible au bout de seulement cinq minutes. Cette invention permettra d’accroître sensiblement le rendement de la production laitière. » Le test a subi ses premiers essais début 2016, dans la coopérative Gorina, dans la région de Belgorod – et ils ont été concluants. Le produit doit être commercialisé avant la fin de l’année, pour un prix allant de 200 à 300 roubles (2,70 à 4 euros environ) la pièce. Une véritable révolution pour les agriculteurs, dans une région qui compte près de 100 000 vaches, et un pays qui en recense plus de trois millions au total.

Près de l’université de Belgorod. Crédits : Rusina Shikhatova / LCDR
Près de l’université de Belgorod. Crédits : Rusina Shikhatova / LCDR

À partir de cette même technologie des anticorps monoclonaux et toujours à destination des éleveurs, Mikhaïl Pokrovski et son équipe ont élaboré une gamme de tests permettant de diagnostiquer la tuberculose, la tularémie et la leucose chez les vaches, ainsi que la peste africaine chez les porcs. « Toutes ces maladies peuvent déjà être diagnostiquées grâce aux méthodes in vitro traditionnelles, précise le chercheur, mais notre diagnostic express permet d’économiser du temps et des ressources. Pourquoi s’en priver ? » Le chercheur assure que ces produits innovants pourraient couvrir 60 à 70 % des besoins en tests vétérinaires express en Russie.

Mikhaïl Pokrovski, docteur en pharmacologie de 56 ans, est venu s’installer à Belgorod depuis sa ville natale de Sotchi en 2011, invité par l’université régionale, qui ouvrait alors un centre de recherche clinique. Le laboratoire pharmaceutique qu’il dirige aujourd’hui, avec ses 35 chercheurs, est considéré comme l’un des plus performants du pays. Le site est spécialisé dans la fabrication d’anticorps monoclonaux, selon une technique découverte par le biochimiste argentin César Milstein et son collègue allemand Georges Köhler, tous deux prix Nobel de médecine 1984.

Mikhaïl Pokrovski. Crédits : Rusina Shikhatova / LCDR
Mikhaïl Pokrovski. Crédits : Rusina Shikhatova / LCDR

Les anticorps monoclonaux sont des protéines complexes utilisées par le système immunitaire pour détecter et neutraliser les agents pathogènes. « Imaginez une personne atteinte d’un cancer, explique M. Pokrovski. Son organisme produit des anticorps afin de combattre la maladie, mais en quantité insuffisante. Si la science parvenait à reproduire des anticorps identiques, on pourrait les injecter dans le corps malade afin de réparer les cellules cancéreuses. » Mais si le principe est aussi simple, pourquoi n’existe-t-il toujours pas de remède contre le cancer ?

Selon le professeur Pokrovski, la difficulté principale réside dans la très grande complexité du processus de fabrication des substances contenant ces anticorps monoclonaux. « Dans le monde, les médecins n’en sont qu’aux débuts de la recherche en la matière, explique-t-il. Nous ne sommes encore qu’à l’orée d’une voie certes très prometteuse, mais aussi très longue. La médecine n’a pour l’heure aucun moyen de détecter le cancer ou la maladie d’Alzheimer de façon instantanée, pourtant, les technologies sont là. Nous y travaillons, tout comme beaucoup de nos collègues partout sur la planète, et le nombre de tests et de médicaments à base d’anticorps monoclonaux ne va cesser d’augmenter dans l’avenir. Nous maîtrisons déjà les mécanismes d’action pour les médicaments du futur », conclut-il. À l’heure actuelle, dans le monde, la part des médicaments fabriqués à base d’anticorps monoclonaux ne dépasse pas les 3 %.

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