Une rixe dans le plus grand cimetière de Moscou fait au moins trois morts

Une rixe opposant plusieurs centaines d’individus a éclaté samedi 14 mai dans le cimetière Khovanskoye, le plus grand de la région de Moscou, faisant au moins trois morts et 20 blessés.

Suspectés devant le cimetière, . Crédits :
Suspects devant le cimetière Khovanskoye, le 14 mai. Crédits : capture

L’agence de presse Interfax indique que les ouvriers du cimetière, majoritairement des ressortissants ouzbeks, ont été agressés par des membres d’une bande organisée de racketteurs nord-caucasiens. Les racketteurs venaient leur soutirer un tribut, a expliqué à Interfax un membre des forces de l’ordre.

Le quotidien Novaya Gazeta précise que les membres de cette bande exigeaient de chaque ouvrier du cimetière une somme de 40 000 roubles (environ 540 euros).

Des témoins ont expliqué au quotidien RBK que la veille, vendredi 13 mai, « des jeunes gens en tenues de sport » étaient arrivés au cimetière et avaient annoncé aux ouvriers qu’ils « devaient leur payer un tribut » dans un délai de 24 heures.

Le lendemain, poursuit RBK, les membres du groupe armé – tous des ressortissants du Nord-Caucase russe – sont revenus au cimetière à bord de quinze voitures. Les ouvriers les attendaient armés de pelles, de haches et de barres. Une bagarre a éclaté.

La police a déclaré que 200 personnes avaient participé à l’affrontement, alors que les témoins cités par Kommersant affirment qu’elles étaient près de 500.

Les policiers sont arrivés sur place 40 minutes après le début de la bagarre. Les agents ne sont parvenus à reprendre le contrôle de la situation qu’au bout d’une heure et demie.

La police avait barré les voies d’approche du cimetière, mais sans parvenir à en bloquer totalement l’accès : les travailleurs immigrés et leurs agresseurs ont réussi à fuir du côté des entrepôts du cimetière et de certaines sections isolées, emportant les blessés, affirment les deux témoins de RBK. Le cimetière Khovanskoye s’étend sur une superficie de 197 hectares et recense plus d’un million de tombes.

La police a arrêté plus de 112 personnes, dont trois Caucasiens suspectés de meurtre. Kommersant précise que ces derniers auraient écrasé deux piétons en voiture en tentant de s’enfuir. Les forces de l’ordre précisent les avoir directement sortis de leur voiture, où ils tentaient de se cacher.

Un troisième ouvrier du cimetière est mort d’une blessure par balle dans la poitrine. Selon Novaya Gazeta, il s’agirait de Soukhrob Khouchakov, ressortissant tadjik âgé de 19 ans.

Plus de 30 personnes ont été blessées dans ces affrontements. On compte aussi, parmi elles, des passants n’ayant pas participé à la bagarre. Une quinzaine de blessés se trouvent toujours à l’hôpital, dont trois, selon les médecins, dans un état critique.

Parmi les travailleurs immigrés arrêtés, 40, qui séjournaient en Russie illégalement, seront bientôt déportés. L’organisateur de la bagarre a également été identifié : il s’agirait de Letchiy Iakhyaïev, 42 ans, résidant dans la région d’Astrakhan.

Le cimetière de Khovanskoye a été fermé aux cérémonies d’enterrement durant plusieurs heures. Les véhicules transportant les cercueils ont été arrêtés à l’entrée par la police, et les parents des défunts ont dû patienter avant de finalement pouvoir pénétrer dans le cimetière.

« Débarrasser le cimetière des Tadjiks »

Entrée du cimetière Khovanskoye à Moscou. Crédits : Wikimedia
Entrée du cimetière Khovanskoye à Moscou. Crédits : Wikimedia

Ce n’est pas la première fois que le cimetière de Khovanskoye est le théâtre d’un scandale. Alexeï Souloïev, vice-président de l’association russe des lieux d’inhumation, explique que l’ex-directeur du cimetière, Mikhaïl Tchivilev, a été arrêté il y a quatre semaines pour escroquerie financière lors de ventes de caveaux. Il a été condamné à un an et demi de prison avec sursis.

Lundi 16 mai, le directeur actuel du cimetière Khovanskoye, Iouri Tchougouev, a été arrêté à son tour. L’agence Interfax, citant une source proche de l’enquête, affirme que le directeur était un des initiateurs du conflit. « Selon les données préalables, Tchougouev fait partie de ceux qui ont provoqué ce conflit entre deux groupes ethniques sur le territoire du cimetière », a déclaré l’interlocuteur d’Interfax.

Un des employés du cimetière a déclaré à Novaya Gazeta que Iouri Tchougouev « voulait débarrasser le cimetière des Tadjiks, qui travaillaient là depuis plus de 15 ans, pour les remplacer par des gens à lui ».

Etat des lieux suite à la bagarre

Selon Karimdjon Eroev, représentant de la communauté tadjik cité par Novaya Gazeta, « les bandits caucasiens ont d’abord dit aux employés qu’ils avaient été appelés par le directeur du cimetière. Mais ensuite, ils ont affirmé qu’ils étaient venus mettre de l’ordre sur place, en leur propre nom. »

M. Eroev assure également que le cimetière Khovanskoye employait environ 300 Tadjiks, dont seulement 50 personnes légalement. Les ouvriers creusaient les tombes, installaient des statues et repeignaient les barrières autour des caveaux sur commande des membres des familles des défunts. Sur ce que leur payaient les familles, ils devaient verser 500 roubles à l’administration, une fois tous les trois jours, et pouvaient garder le reste pour eux. Ils gagnaient en moyenne 30 000 roubles par mois.

M. Eroev précise enfin que dans tous les lieux employant des travailleurs migrants en Russie, on trouve aussi des bandes organisées, qui leur assurent une protection en échange d’une contribution financière. Le cimetière de Khovanskoye faisait toutefois exception : les migrants y travaillaient de façon indépendante depuis plus de 15 ans, sans rien verser à quiconque d’extérieur.

1 commentaire

  1. Un an et demi, et avec sursis, de surcroît ! Avec de telles peines ridicules, les corrompus ne risquent rien et continueront à essayer de tricher !!! La justice russe semble encourager la corruption… Poutine devra t il ma aussi regler lui même le problème ??
    La justice doit être implacable avec les corrompus et autres mafieux, et au lieu d’envoyer la police, ce sont les spetznaz qu’il aurait fallu envoyer ! Ça calme rapidement les ardeurs des petites frappes…

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