Le Parquet fédéral de Russie examine les « Panama Papers »

Le Parquet général de la Fédération de Russie vérifie actuellement les informations publiées dans l’enquête menée par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) sur la question des illégalités commises par des citoyens russes, a annoncé l’attaché de presse du département judiciaire, Alexandre Kourennoï, le 5 avril.

« Le Parquet général de Russie contrôle les données publiées dans la presse russe et étrangère sur plusieurs personnes physiques et juridiques russes qui posséderaient des sociétés et comptes offshore », a déclaré le porte-parole, cité par Interfax. Cette vérification vise principalement à « établir si les activités des citoyens de la Fédération mentionnées dans cette enquête sont ou non conformes avec la législation russe, le droit international et les obligations de la Russie de prévenir la corruption et d’empêcher le blanchiment de fonds illégaux ».

Le Consortium international des journalistes d’investigation a publié le 3 avril les résultats d’une enquête de grande ampleur sur des schémas offshore de dissimulation de plusieurs milliards de dollars, qui pourraient impliquer 12 chefs d’État anciens et en exercice et des membres de leurs familles (notamment le président ukrainien Petro Porochenko, le père du Premier ministre britannique David Cameron, les filles du président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, le Premier ministre islandais et d’autres), ainsi qu’une centaine de responsables politiques et célébrités de 50 pays du monde.

La partie de l’enquête concernant la Russie affirme que le violoncelliste Sergueï Roldouguine, qui est un ami très proche de Vladimir Poutine, possède plusieurs entreprises, notamment la société Sandalwood, liées par des relations d’affaires à la banque Rossiya. L’ICIJ estime le montant total des transactions effectuées par ce biais à 2 milliards de dollars, impliquant notamment des reventes de prêts s’élevant à des millions de dollars (il est fait mention d’un crédit de 8 millions de dollars) pour 1 dollar seulement. L’ICIJ fait également état d’une transaction entre Sandalwood et l’entreprise Gloria Market, du défunt Mikhaïl Lessine (copropriétaire de Video International).

Sergueï Roldouguine. Crédits : archives
Sergueï Roldouguine. Crédits : archives

L’enquête affirme encore que le nom de Tatiana Navka, épouse de l’attaché de presse du président russe Dmitri Peskov, apparaît en tant que bénéficiaire de l’entreprise offshore Carina Global Assets (une information que dément Mme Navka). Parmi les autres personnalités pointées du doigt, on retrouve le maire adjoint de Moscou, Maxim Liksoutov, qui, selon l’ICIJ, aurait à divers moments touché des bénéfices de trois sociétés offshore, ainsi que le fils du ministre russe du développement économique Alexeï Oulioukaïev, Dmitri : selon les journalistes, il aurait contrôlé une entreprise offshore quand son père était encore premier vice-président de la Banque centrale russe (2004-2013).

La publication de ces « Panama Papers » a provoqué de vives réactions dans le monde entier, et plusieurs États ont déjà annoncé leur intention d’examiner eux-mêmes les documents dévoilés. Ainsi, les autorités belges, espagnoles, autrichiennes et néerlandaises ont indiqué mener leurs propres enquêtes sur le rapport de l’ICIJ, et les services fiscaux d’Australie ont lancé un contrôle concernant les plus de 800 citoyens de ce pays mentionnés dans ces dossiers. En Islande, le Premier ministre Sigmundur Davíð Gunnlaugsson, accusé de posséder une entreprise offshore sur les îles Vierges britanniques, a même démissionné sous la pression de la rue.

En Russie, l’attaché de presse du président, Dmitri Peskov, a annoncé que le Kremlin « se serait attendu à un travail plus qualifié » de la part du Consortium international des journalistes d’investigation. « Même si Vladimir Poutine ne figure nulle part dans les faits, il ne fait pour nous aucun doute qu’il était la cible principale de ces inventions, a déclaré l’attaché de presse, ajoutant : Le degré de poutinophobie a atteint un niveau tel qu’il est devenu impossible, en pratique, de dire du bien de la Russie en général ou de ses réalisations en particulier. Il est a priori interdit de parler des succès de la Russie. »

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