La logistique russe : possibilités de croissance

La mondialisation a déjà contraint les pays occidentaux à optimiser fortement leurs itinéraires de transport et à aborder l’organisation des chaînes logistiques à l’aide de méthodes mathématiques. Mais la Russie, du fait des spécificités de son développement, doit encore s’approprier de nombreux instruments de l’économie mondiale, notamment dans le secteur de la logistique.

Gare de trains de marchandises. Crédits : Pixabay
Gare de trains de marchandises. Crédits : Pixabay

Scénarios d’avenir

En février 2012, l’entreprise allemande de logistique Deutsche Post DHL a présenté les résultats d’un rapport d’anticipation intitulé Regards vers le futur : la logistique en 2015. Cette enquête est, à l’heure actuelle, la plus importante de ce type dans le secteur.

L’étude a fait appel à 42 experts célèbres, dont le ministre allemand de la protection de l’environnement et directeur du programme de l’ONU pour l’environnement Klaus Töpfer, l’économiste senior de l’Agence internationale de l’énergie Fatih Birol, ainsi que des spécialistes éminents de Greenpeace International et du Forum économique mondial.

Le rapport fait état de plusieurs scénarios de développement possible des événements, depuis des prévisions pré-apocalyptiques jusqu’à des anticipations tout à fait favorables. Pourtant, quelles que soient leurs issues, tous ces scénarios prévoient un rôle significativement accru de la logistique et des services logistiques.

Spécificités de la logistique russe

Une enquête publiée il y a quelques années par les chercheurs du Centre international de l’École des hautes études en sciences économiques montrait que seuls 3 % environ des entreprises interrogées possédaient une stratégie logistique claire et consciemment formulée. Ces 3 % étaient principalement de grandes entreprises étrangères opérant sur le marché russe. Cette étude a ainsi mis en lumière une incompréhension, au sein des entreprises russes, de la logistique comme instrument de management intégré permettant d’optimiser les ressources matérielles et financières.

Un constat largement déterminé par le fait que la logistique, en Russie, est l’affaire du ministère des transports, du ministère de l’industrie et du commerce et d’un certain nombre d’autres structures, pour qui elle n’est pas une sphère de responsabilité principale.

La logistique en Russie ne bénéficie pas encore de toute l’attention qu’elle mérite, au moins du point de vue de la formation de spécialistes qualifiés. Mais la demande pour de tels professionnels va indubitablement augmenter, sachant que tous les pronostics prévoient une croissance de l’importance des services logistiques. Pour survivre et demeurer concurrentiel, le business russe doit être plus efficace et savoir optimiser ses dépenses. Ce qui explique que la logistique doit absolument devenir une partie intégrante de la stratégie corporative des entreprises russes.

L’avenir est dans l’intégration de la logique globale

Autoroute fédérale M8. Crédits : Wikimedia
Autoroute fédérale M8. Crédits : Wikimedia

Frank Wende, doyen de la chaire de logistique de l’université technique d’État de l’automobile et des routes de Moscou (MADI) explique les retards constatés en Russie dans le domaine de la logistique par un développement encore insuffisant de l’infrastructure, notamment des routes et des terminaux. Comparant le développement de la logistique en Russie et en Allemagne, le professeur soulève une différence importante : « J’ai estimé qu’en Russie, 90 % du transport de marchandises sont assurés par de petites sociétés et des entrepreneurs individuels, alors qu’en Allemagne, 80 % du parc automobile appartiennent à des moyennes et grosses entreprises. »

Pour le chercheur allemand, ce phénomène entraîne un renforcement des grandes entreprises sur le plan financier, qui permet à ces dernières d’obtenir des crédits plus facilement et à des conditions plus avantageuses. Par conséquent, elles disposent de moyens plus importants pour investir dans les structures IT, ainsi que dans des systèmes de marquage, d’identification et de suivi des chargements. C’est peut-être ce qui explique que les systèmes contemporains de gestion et d’automatisation des processus logistiques sont plus répandus en Allemagne. Frank Wende souligne que l’on assiste aujourd’hui, dans le monde, à un passage de la formule « Planification des ressources de l’entreprise » et « Gestion des chaînes de livraison » à un nouveau paradigme logistique, appelé en Allemagne « Industrie 4.0 ».

Ce dernier implique une automatisation totale de la logistique du consommateur au producteur, l’introduction de systèmes contemporains de marquage, d’identification et de suivi des marchandises et des terminaux entièrement automatisés et robotisés. Le directeur commercial de la société Geodis, Bogdan Boutyriov, considère également que l’avenir de la logistique est dans les entrepôts robotisés. Plusieurs grosses entreprises internationales, comme Amazon, ont déjà emprunté cette voie. Pour Bogdan Boutyriov, nous allons assister, dans un avenir proche, à un développement rapide du transport sans pilote, aussi bien automobile que maritime et aérien, notamment de la livraison de chargements à l’aide de drones.

En matière de suivi des chargements, outre les systèmes WMS et TMS existants, on prévoit un élargissement de l’utilisation des capteurs sensoriels (type RFID sur les chargements et capteurs sur les véhicules). Pour le directeur exécutif de la société Skladskaïa Logistika, Iouri Bolchakov, les terminaux d’entreposage et les entreprises de transport de Russie doivent dès à présent s’intégrer au système global de distribution et de transport des chargements, vu que, du simple fait de sa situation géographique et de ses distances, le pays va obligatoirement devenir un carrefour commercial mondial.

La Russie à la croisée des voies commerciales

On parle beaucoup aujourd’hui, aux niveaux les plus divers, de cette position clé de la Russie dans la logistique mondiale. La direction des chemins de fer russes (RJD) et la société d’État Avtodor sont en contact permanent avec leurs partenaires chinois et kazakhs, prévoyant très bientôt de lancer la construction du couloir de transport stratégique « Chine occidentale – Europe ».

Le directeur commercial du bureau russe de l’entreprise de logistique Gefco, Nikita Pouchkariov, estime que la construction de ce corridor est d’une importance extrême, étant donné que la Chine représente aujourd’hui un immense atelier de production, d’où sortent des marchandises destinées au monde entier. Le directeur du marketing et des ventes de l’entreprise SV-Transexpo, Maxim Maourine, est d’accord avec Nikita Pouchkariov sur l’importance de la demande pour cet itinéraire. Il estime en outre que la livraison de matières premières en Chine et le transport de marchandises transformées en sens inverse est une tendance qui restera encore longtemps d’actualité.

À en croire Maxim Maourine, l’accent sera de plus en plus mis, dans l’économie, sur l’emploi de sources d’énergie alternatives, notamment dans le transport. Dès aujourd’hui, les États-Unis, l’Europe et la Chine se lancent activement dans la création de moyens de transport à énergie solaire. Et à l’avenir, cette énergie issue de sources alternatives sera de plus en plus utilisée, notamment dans le transport de chargements. Quant aux prévisions sur l’avenir de la logistique, tous les experts interrogés par le BizMag du Courrier de Russie s’attendent, dans un avenir proche, à des changements révolutionnaires, autant dans le secteur du transport de chargements, où l’on doit voir apparaître de nouveaux systèmes en matière de transport, que dans celui du traitement, de la conservation et de la répartition des chargements.

À quand l’envol du drone ?

Le KamAZ 5490 subit des essais pour être exploité sans pilote. Crédits : KamAZ
Le KamAZ 5490 subit des essais pour être exploité sans pilote. Crédits : KamAZ

On travaille actuellement, dans le monde entier, à tenter de créer des automobiles sans pilote destinées au transport de marchandises. Car, à la différence du transport maritime ou ferroviaire, où les frais d’équipage ne représentent qu’une part minime des dépenses globales du fait de la masse du chargement, ces frais augmentent fortement dans le cas du transport routier. De fait, quasiment toutes les grosses entreprises de livraison se sont déjà lancées dans la création de drones.

Début 2015, le groupe russe KamAZ a aussi rejoint ce mouvement, en concevant un camion équipé de systèmes de direction autonome, dont les premiers tests sur route sont prévus en 2017. Les autorités russes aussi font des efforts en ce sens. L’agence fédérale des routes (Rosavtodor) et l’Agence finlandaise du transport ont conclu un accord de collaboration pour l’adaptation des routes russes à la circulation des automobiles sans conducteur. L’infrastructure destinée aux véhicules équipés de systèmes de direction autonome sera basée sur les technologies du projet Aurora, actuellement réalisé en Finlande.

Les routes sont équipées de dispositifs spéciaux permettant de garantir « une gestion sans pilote des véhicules grâce à un éventail de scénarios clés de diverses situations routières, en temps réel ». En outre, en octobre 2015, le gouvernement russe a promis d’allouer 10 milliards de roubles issus du budget fédéral au développement de véhicules de transport automobile, maritime et aérien sans pilote. Le projet doit être lancé cette année.

En train pneumatique

L’idée d’adapter aux conditions contemporaines le principe du tube pneumatique n’a jamais laissé de répit aux scientifiques. Conçu en 1667 par le physicien français Denis Papin, ce moyen de transport consistait en un système de déplacement de chargements individuels au moyen de l’air, comprimé ou, à l’inverse, fragmenté. Des capsules passives fermées (conteneurs) se déplacent dans un système de tuyaux, capables de supporter, à l’intérieur, des charges légères.

En mars 2016, le président du Conseil scientifique unifié des Chemins de fer russes, Boris Lapidus, a annoncé que les scientifiques russes prévoyaient, dès la fin de l’année, de concevoir un système de transport par lévitation dans le vide. Prévu pour des distances supérieures à 1 000 kilomètres, ce système, assure Boris Lapidus, est en mesure de faire concurrence à l’aviation. Les experts discutent déjà des détails : quelle est la meilleure façon de créer un milieu vide pour le déplacement du train et de réduire au maximum la résistance aérodynamique. Ces trains, selon certaines estimations, pourront atteindre une vitesse allant jusqu’à 1 200 km/h.

Changement de vecteur

Même si les entreprises russes n’ont pas encore pris conscience de l’importance d’une logistique correctement pensée et établie, toutes les conditions sont actuellement réunies pour de rapides changements à venir.

Les autorités de la région de Moscou, par exemple, travaillent actuellement à créer dans la région des points de croissance économique, qui modifieront la répartition des ressources humaines dans la région. Le projet vise notamment, grâce à la création de nouveaux emplois, à d’abord réduire et ensuite venir totalement à bout des migrations pendulaires : ces déplacements des habitants, le matin pour aller travailler à Moscou, et le soir, pour rentrer chez eux.

Un nouveau concept d’infrastructure de transport a déjà été élaboré afin de conduire la population vers ces nouveaux points de croissance. On trouve aussi d’autres exemples montrant que la logistique, en Russie, devient une discipline absolument nécessaire à la réalisation de tels ou tels projets. Ainsi, les lois du libre marché replacent-elles naturellement toute chose à sa place.

2 commentaires

  1. Pourquoi pas des camions sans conducteur ? Il y a déjà la Google Car qui roule toute seule , alors on arrivera un jour ou l’autre aux camions sans conducteur .

  2. Un camion sans conducteur en Russie… vaut mieux ne pas y penser. Conducteurs imprévisibles, routes délabrées, neige et glace, entre autres… Ce n’est pas pour demain la voiture Google ici, alors le camion !

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