Effet Crimée : pourquoi l’Ossétie du Sud veut-elle se rattacher à la Russie ?

Le président de l’Ossétie du Sud, Leonid Tibilov, a annoncé que la république organiserait avant le mois d’août 2016 un référendum sur le rattachement de son territoire à la Russie. « Je suis certain à 100 % que le peuple dira oui », a-t-il assuré. Vladimir Poutine, pour sa part, a déclaré qu’il n’avait pas l’intention de s’y opposer. Lenta.ru revient sur les raisons de ce scrutin.

Poutine Tibilov
Leonid Tibilov et Vladimir Poutine, lors de la signature de l’accord de coopération et d’intégration entre l’Ossétie du Sud et la Russie, le 18 mars 2015. Crédits : kremlin.ru

Si les étoiles sont favorables

C’est en octobre 2015 que Tskhinvali, la capitale d’Ossétie du Sud, a évoqué pour la première fois l’idée d’organiser un référendum sur son rattachement à la Russie. « Nous devons faire notre choix historique, nous devons rejoindre la Russie, ce pays frère, et assurer pour des siècles la sécurité et la prospérité de notre république, de notre peuple », avait alors déclaré le président Leonid Tibilov, à l’occasion d’une rencontre, dans la capitale de la république, avec le conseiller du président russe, Vladislav Sourkov.

carte Ossétie du sudLe leader de la république d’Ossétie du Sud a ensuite réaffirmé sa volonté de rejoindre le voisin russe au cours d’une récente interview au quotidien Kommersant, fin mars, comparant le cas de sa république avec la Crimée. « Personne n’aurait pensé, il y a encore quelques années, que l’organisation d’un référendum en Crimée était possible. Pourtant, quand les étoiles ont été favorables aux peuples de Crimée et de Russie, cette décision a été prise. Et il n’est pas exclu que les étoiles soient favorables aussi à l’Ossétie du Sud », a-t-il espéré.

Un souhait d’autant plus fondé que la grande majorité des quelque 50 000 habitants de l’Ossétie du Sud ont la citoyenneté russe et que la devise nationale de la république est le rouble russe. L’économie de la république est elle-même orientée à 99 % vers la Russie.

Saakachvili à l’horizon

Mais pourquoi organiser un référendum précisément maintenant ? En Ossétie du Sud, on avance un certain nombre de raisons. Premièrement, la Géorgie doit élire en octobre ses députés à l’assemblée parlementaire, et les analystes annoncent la très haute probabilité d’une revanche des partisans de l’ancien président, Mikhaïl Saakachvili. Le Mouvement national unifié, fondé par Saakachvili, s’apprête, à la veille du vote, à renouveler sa composition à 40 % et compte sérieusement sur une victoire. Et bien évidemment, on n’attend rien de bon de tels résultats en Ossétie du Sud, qui crie son indépendance de la Géorgie depuis 1992, parfois même au prix du sang, comme lors de la guerre éclair de 2008 [voir encadré].

Soldats géorgiens quittant l'Ossétie du Sud en 2008. Crédits : Wikimédia
Soldats géorgiens quittant l’Ossétie du Sud en 2008. Crédits : Wikimédia

Deuxièmement, l’Ossétie du Sud doit elle-même se doter d’un nouveau président en avril 2017. L’écrasante majorité des électeurs étant pro-russes, c’est le candidat qui affirmera de la façon la plus retentissante sa volonté d’intégration à la Russie qui aura le plus de chances de l’emporter. En juin 2014, c’est le parti Ossétie unie d’Anatoly Bibilov qui avait remporté les élections parlementaires dans la république, à l’issue d’une campagne conduite sous le mot d’ordre d’un rattachement rapide de l’Ossétie du Sud à la Russie, en tant que sujet de la Fédération. Au début de l’année dernière, le débat sur la nature de l’accord interétatique que la république devait conclure avec la Russie a engendré un conflit entre Bibilov et Tibilov. Le premier insistait pour une intégration maximale à la Fédération, jusqu’à renoncer, pour la république, à posséder sa propre armée, ses douanes et ses systèmes policier et judiciaire. Tibilov proposait pour sa part de s’inspirer de l’accord liant la Russie et l’Abkhazie : les forces de l’ordre et les questions de sécurité étatique restent sous le contrôle des autorités de la république, mais les relations commerciales, économiques, sociales et culturelles sont élargies.

Cette alliance a finalement été signée le 18 mars 2015. Le document confie à la Russie la protection des frontières de la république, introduit un contrôle douanier unifié et prévoit une augmentation des retraites et du salaire moyen jusqu’au niveau de ceux des régions russes du Nord-Caucase. Mais l’Ossétie du Sud conserve sa souveraineté.

Et la Géorgie dans tout ça ? Pour le voisin géorgien, l’annonce de ce référendum n’est ni plus ni moins qu’une tentative d’influer sur la politique de Tbilissi. « C’est totalement absurde, il est clair que cette annonce dissimule une volonté politique de soumettre la Géorgie à un chantage, tandis que nous attendons actuellement les effets de l’accord d’association que nous avons signé avec l’UE, notamment la libéralisation des visas », a déclaré la vice-ministre d’État géorgienne de la réconciliation et de l’égalité citoyenne, Ketevan Tsikhelashvili, mi-avril.

Un « chiffon rouge » pour l’Occident

Vladimir Poutine, répondant aux questions des journalistes après sa ligne directe du 14 avril, a confirmé avoir parlé de ce référendum avec Leonid Tibilov. « Nous ne pouvons pas nous y opposer. Rien ne nous retient, outre les intérêts du peuple sud-ossète lui-même, a déclaré le président russe. Simplement, nous ne savons pas encore ce qui reposera à la base de ce référendum, comment les questions seront formulées définitivement – en fonction de cela, nous y réfléchirons de plus près. »

Cette réponse diplomatique du dirigeant russe laisse supposer que la question de l’organisation d’un référendum à Tskhinvali a été soulevée sans l’accord préalable de Moscou. Pour Andreï Epifantsev, politologue et spécialiste des études caucasiennes, le moment est particulièrement mal choisi pour prendre de quelconques décisions territoriales. « Nous essuyons déjà les critiques de la communauté internationale suite au rattachement de la Crimée et à cause de la situation dans le Donbass. La Russie est l’objet de sanctions politico-économiques, et le prix du pétrole a chuté. Le principal argument de la diplomatie russe consiste aujourd’hui à affirmer que nous n’enfreignons pas le système commun des relations internationales. Dans cet argumentaire, la Crimée fait certes exception. Pourtant, les pays occidentaux ayant, exactement de la même façon, reconnu l’indépendance du Kosovo, cet argument a le droit d’exister. Toutefois, dans ce contexte, le fait de rattacher encore l’Ossétie du Sud reviendrait, tout simplement, à agiter un chiffon rouge sous le nez du taureau », estime l’expert.

Manifestation pro-russe après la fin de la guerre éclair en 2008. Crédits : Wikimedia
Manifestation pro-russe à Tskhinvali après la fin de la guerre éclair en 2008. Crédits : Wikimedia

À l’en croire, un rattachement de l’Ossétie du Sud entraînerait une aggravation des tensions dans toute la région du Caucase, notamment dans le Haut-Karabagh, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, et provoquerait l’arrivée au pouvoir en Géorgie de forces plus radicales. « Dans le même temps, à mon avis, le pire serait que ce référendum ait bien lieu en Ossétie du Sud, mais que la Russie n’intègre pas la république à la Fédération. Cela pourrait décevoir les gens. Je conseillerais donc à Tskhinvali, aujourd’hui, de se concentrer plutôt sur ses problèmes intérieurs », résume Epifantsev.

Pour la journaliste sud-ossète Irina Gagloeva, le sens de ce référendum est loin d’être compris par tous les Sud-Ossètes. « Moscou nous a clairement fait comprendre que nous ne devions pas nous attendre à une quelconque réaction immédiate aux résultats de ce vote. Notre relation avec la Russie est très claire, même sans référendum. Il n’y a tout simplement pas, chez nous, d’autres tendances que les aspirations pro-russes. Pourtant, les formes du développement de nos relations peuvent varier. Dans la république, beaucoup de gens sont plutôt favorables à un développement de notre État souverain, dans une alliance étroite avec la Russie », explique la journaliste.

Il est à noter que l’Ossétie du Sud avait déjà organisé en 1995 un référendum sur son indépendance, intégrant une question sur un possible rattachement à la Russie, à l’issue duquel 99 % des participants s’étaient prononcés pour l’adhésion.

Région de la République socialiste soviétique de Géorgie jusqu’en 1991, l’Ossétie du Sud a unilatéralement proclamé son indépendance et fait sécession de la Géorgie en 1992, suite à un référendum non reconnu par la communauté internationale.

Tskhinvali s’est ensuite battue pour faire reconnaître son statut. En novembre 2006, les autorités sud-ossètes ont ainsi organisé un deuxième référendum sur l’indépendance de la région, où le oui est sorti largement majoritaire. Le scrutin n’a alors été reconnu que par la Russie, qui n’a toutefois pas reconnu officiellement l’indépendance de la république.

Il a fallu attendre août 2008 et l’offensive armée géorgienne visant à reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud pour que Moscou finisse, après intervention, par reconnaître l’indépendance de la république. La capitale russe a alors été suivie par le Nicaragua, le Venezuela, et, plus tard, par les îles Nauru.

8 commentaires

  1. L’Ossétie du Sud c’est un confetti: moins de 4000 km2 et 50 000 habitants.Déjà en 1992 ils réclamaient l’unification avec l’Ossétie du Nord (8000 km2 mais 800 000 habitants). Même culture, même histoire, mêmes ethnies… La réunification semble une évidence culturelle et géographique…
    Après il y a la politique…

  2. Cette balkanisation du Caucase ne peut que déboucher sur de futurs conflits : comment la Géorgie pourrait-elle accepter cette situation? Il faudrait plutôt chercher un accord acceptable pour les uns et les autres, comme en Ukraine où le problèmes à l’Est n’auront que des solutions politiques (une guerre ne réglerait rien ).

  3. Le rattachement de l’Ossétie du Sud à la Russie est une évidence géo-politique et ethnique. Odna istoriya ob’ yedinyayet !

  4. Un territoire qui historiquement était géorgien et qui fut laissé aux ossètes victimes de persécutions. Il est intolérable de remercier ainsi un acte de charité.
    Outre cette dimension morale, il est d’autant plus intolérable d’organiser ce referendum que les populations qui sont actuellement en Ossétie du sud sont les populations qui sont restées après le conflit de 2008, il y a donc une non-prise en compte des déplacés contraints par la Russie
    + le brainwashing russe manipule les esprits de ces gens ce qui est démocratiquement intolérable
    + la passportisation industrielle de ce territoire a été faite sous la menace (cf les déplacés)
    + c’est une initiative belliciste dont le but est de provoquer plus que de trouver une solution
    + les promesses de prospérité que laisse miroiter le (de facto) gouvernement au peuple ossète est de la propagande
    La liste n’est pas exhaustive..
    Invoquer le droit des peuples à disposer d’eux mêmes est invraisemblable : *les déplacés n’avaient pas le droit à disposer d’aux mêmes ? *manipuler les esprits avant de faire un referendum qui de plus se fait auprès d’un peuple sélectionné au préalable est-ce démocratique puis acceptable par la « communauté internationale » ?

    Voilà un article très peu objectif et ayant qu’un traitement très superficiel sans prise en compte de nuances fondamentales quant à la compréhension de cette région. Cet article ne permet qu’une réflexion biaisée et même dangereuse.

    G. Van Gogh

  5. Je m’étonne toujours du ton péremptoire des commentaires nourris par la propagande des médias proches du pouvoir d’une part, et la méconnaissance totale de l’histoire et des liens qui relient tant l’Ossétie du Sud que la Crimée à la Russie. Quoiqu’on en disent les médias occidentaux, ils sont incapables de comprendre l’attachement de ces deux régions à la mère Patrie, notion évidemment ridicule aux yeux de la gauche bobo.
    Voilà des peuples qui tiennent à leurs racines et à leur vrai pays. Les Occidentaux devraient y réfléchir un peu.

  6. PLUS QUE JAMAIS le « DEUX poids – DEUX mesures » à « l’occidentale » !!!

    D’une part, par volonté allemande (décision UNILATERALE du 26 décembre 1991 au mépris des règles européennes … suivie de celle du reste de l’UE du 15 janvier 1992), l’indépendance de la Slovénie et de la Croatie a été reconnue ce qui a entraîné la DESTRUCTION de la Yougoslavie … A suivi, après la guerre ILLEGALE de l’OTAN contre la Serbie en 1999, la déclaration UNILATERALE d’indépendance du Kosovo du 17 février 2008 … bien évidemment reconnue par l’UE (pas question, en l’occurrence, de tenir compte de la position serbe) … Et ne parlons pas des multiples provocations de l’OTAN dans les Pays baltes …

    D’autre part, REFUS du DROIT à l’indépendance (et du rattachement à la Russie) de l’Ossétie du Sud … en dépit du référendum de 1995 et de la guerre fomentée par la Géorgie le 07-08 août 2008 (profitant sans doute des JO de Pékin … ) … REFUS de la reconnaissance du double référendum de la Crimée et de Sébastopol du 15 mars 2014 proclamant leur rattachement à la Russie, à la suite du COUP d’ETAT du 22 février 2014 … REFUS de la double indépendance de Donetsk et Lougansk soumis, depuis, à une abominable guerre civile de la part du la junte de Kiev … Politique de « sanctions » contre la SEULE Russie, l’Ukraine ne respectant AUCUN de ses engagements des accords de Minsk 2 …

    Soit, une authentique Seconde Guerre froide fomentée par la Volonté des Etats-Unis qui entendent demeurer les MAÎTRES ABSOLUS du Monde !!!

  7. J’ADORE LE MOT EXPERT
    1/ vous oubliez les frères d’Ossétie du Nord
    2/ l’Ossétie est russe par allégeance à la Tsarine au 18 ème siècle ..
    Comme d’habitude vous êtes rudimentaire..

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