La prose du Transsibérien de Thylacine

Mi-2015, le compositeur Thylacine, alias William Rezé, a traversé la Russie à bord du Transsibérien en quête d’inspiration. Il en est revenu avec un album, son premier, sorti à la fin de l’année, et une série de vidéos sur son voyage. Le Courrier de Russie s’est entretenu avec l’étoile montante de l’électro française.

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Le Courrier de Russie : D’où t’est venue l’envie de composer et enregistrer un album dans le Transsibérien ?

William Rezé : L’idée me trottait dans la tête depuis deux ans. J’adore composer un peu partout, notamment dans le train. Le paysage qui défile, le rythme, les rencontres… tous ces éléments m’inspirent et me stimulent. Et le Transsibérien s’est présenté comme le lieu idéal : il est lent, il permet de rester longtemps à l’intérieur et de découvrir de nouvelles cultures, de l’Europe au Pacifique. Une chose qu’on ne peut pas faire sur un Paris-Marseille !

LCDR : Tu étais accompagné d’une équipe vidéo. Vous n’étiez pas trop à l’étroit dans le compartiment ?!

W.R. : Nous sommes partis avec le strict minimum. De mon côté, j’avais seulement pris quelques petites machines, mon ordinateur, un clavier midi et un enregistreur. Le but était que tout tienne dans une valise, pour être le plus mobile possible. Je branchais le tout sur une multiprise dans le couloir afin de ne pas priver les autres passagers d’électricité.

LCDR : Comment ont réagi ces derniers, d’ailleurs, en te voyant enfermé dans ta cabine avec tous tes appareils ?

W.R. : Soit ils me prenaient pour un fou, soit ils rigolaient ! Plus sérieusement, le Transsibérien inspire depuis longtemps de nombreux artistes, et les Russes n’étaient pas tous étonnés de me voir travailler dans mon compartiment. Nous plaisantions avec eux, nous jouions. Mon quotidien était rythmé par l’alternance entre les arrêts en gares, où nous faisions de nombreuses rencontres, et mes moments de solitude, lorsque je m’isolais pour composer.

LCDR : Tes morceaux sont imprégnés de bruits de rails, de sons ambiants mais aussi d’extraits de rencontres, tels des chants tatars ou chamaniques. Plus que le Transsibérien, c’est toute la Russie qui semble t’avoir inspiré.

W.R. : Oui, ça a été la vraie surprise du voyage. Je pensais au départ que le train serait au cœur de mon inspiration, mais il s’est révélé n’être qu’un axe de création, autour duquel gravitaient d’autres centres d’intérêts. À chacun de nos arrêts, j’ai pris une vraie claque. Je garde un excellent souvenir du concert folklorique tatar à Belobezvodnoe, au Tatarstan, où des femmes ont chanté pour nous – notre première sortie du train, et une entrée en la matière incroyable. J’ai aussi été bluffé par les polyphonies et le joueur de cloches à Irkoutsk, très forts musicalement parlant. Enfin, le summum a été atteint avec la rencontre du chaman Valentin, au bord du lac Baïkal. Un choc culturel énorme. Pour la première fois, je me suis senti vraiment dépaysé. Toutes ces rencontres ont participé à l’élaboration de l’album. L’origine et l’âme des morceaux viennent toutes de ce voyage. J’étais en jeûne musical depuis trois mois afin d’être le plus apte à composer. Et ça a payé, puisque je pensais enregistrer six musiques et que je suis revenu avec le double !

LCDR : Que connaissais-tu de la Russie avant de venir ?

W.R. : Rien, et c’est ce qui m’intéressait le plus avec la Russie, et surtout la Sibérie. Le pays me fascinait : à la fois vaste et inconnu à mes yeux. J’étais d’autant plus intéressé à m’y rendre que j’en avais une opinion neutre, sans préjugés, j’y allais en totale découverte.

LCDR : Et ton regard sur le pays a-t-il changé, au fil de ton voyage ?

W.R. : Beaucoup. J’ai découvert tous ces paysages, villes et cultures différents, dont j’avais entendu parler. J’ai appris que des peuples divers y vivaient, à la fois très différents mais tous russes. J’ai été très étonné de voir à quel point chacun d’entre eux se sent appartenir à un même pays. J’ai aussi découvert la Russie du point de vue politique. J’avais très à cœur de comprendre ce que les gens pensaient de Vladimir Poutine à l’intérieur du pays, afin de comparer avec l’image que l’on nous dessine en France. Dès que j’étais en confiance avec des personnes, j’abordais ce thème, grâce à ma traductrice. Personnellement, je n’avais aucune opinion sur le personnage, mais j’ai été assez surpris de découvrir que le président bénéficie d’un réel soutien populaire, assez général. Ces conversations m’ont dévoilé une autre facette de l’homme – plus réaliste. Les gens m’ont raconté combien les choses allaient mal autrefois et combien, malgré tout ce qu’on peut reprocher à Poutine, la situation dans le pays s’est améliorée depuis son arrivée au pouvoir.

LCDR : La Grande Russie ne t’a pas joué de coup tordu…?

W.R. : Non, franchement. Pas de casse, pas de vol, ni de problème avec la police. Le voyage s’est vraiment très bien passé, je n’aurais pas pu rêver mieux, et j’en ai pourtant énormément rêvé. Il suffit de passer un cap de confiance pour découvrir dans les Russes une grande ouverture d’esprit.

LCDR : Ton album cartonne, tes concerts font salle comble… Prévois-tu de revenir en Russie ?

W.R. : Oui, j’en ai très envie. C’est un pays vraiment étonnant. Toute l’équipe a été très marquée par ce voyage, mais personne n’est capable d’en expliquer la raison. Pourquoi a-t-on adoré la Russie ?! Le pays a une âme, ou quelque chose d’autre – assez fort pour nous toucher. Et j’ai aussi envie de revoir les personnes qui ont contribué à l’album, pour les remercier, leur offrir des CD, des T-shirts…

La série complète des vidéos de Thylacine est à retrouver sur son compte Youtube

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