Fillette décapitée à Moscou : la nounou mise en examen pour meurtre

Guioultchekhra Bobokoulova, la nounou ayant décapité la fillette de quatre ans dont elle s’occupait, le 29 février, à Moscou, a été mise en examen pour  « assassinat d’un enfant en bas âge », a déclaré le représentant officiel du Comité d’enquête de la Fédération de Russie, Vladimir Markine, le 4 mars. Un chef d’accusation qui ne fait toutefois pas l’unanimité au sein des forces de sécurité intérieure russes.

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Guioultchekhra Bobokoulova au tribunal Presnenski, le 2 mars. Crédits : capture

L’accusée risque une peine pouvant aller jusqu’à l’enfermement à perpétuité. Dans le même temps, la loi russe n’autorise à condamner qu’à 25 ans de prison les femmes coupables d’assassinat (si elles sont reconnues saines d’esprit).

L’enquête ordonne également que l’accusée subisse une expertise toxicologique, psychologique et psychiatrique, qui devra statuer sur son état psychique. « Les enquêteurs prennent des mesures exhaustives pour étudier la personnalité de l’accusée et établir ses motifs », a annoncé Vladimir Markine.

Jeudi 3 mars, M. Markine a déclaré que Mme Bobokoulova avait été reconnue souffrante de schizophrénie, recommandant de considérer les propos de l’accusée avec précaution. Ce diagnostic a été confirmé par le ministère régional de l’intérieur et par le dispensaire psychiatrique et neurologique de la région de Samarcande, où la femme résidait avant de déménager à Moscou.

Ces accusations, selon l’article « assassinat », laissent entendre que les enquêteurs ne voient pas de lien, pour l’heure, entre la nounou et des organisations extrémistes et terroristes. Pourtant, selon le quotidien RBC, on considère au FSB que l’acte commis par Bobokoulova est un attentat terroriste.

Le FSB tente en effet à l’heure actuelle d’établir si la nounou était en lien avec des extrémistes. RBC rapporte que les agents du Service fédéral de sécurité soupçonnent le mari de Bobokoulova, originaire du Tadjikistan, de faire partie d’une organisation terroriste. S’il est prouvé que la nounou a agi sous l’influence de ce dernier, elle sera accusée de « terrorisme », note l’interlocuteur de RBC.

Proche du FSB, la source de RBC qualifie Bobokoulova de « bombe vivante », affirmant que des recruteurs ont travaillé avec elle. Il insiste : c’est précisément sous leur influence qu’elle s’est décidée à commettre son crime.

nounou. Guioultchekhra Bobokoulova a été arrêtée lundi 29 février, dans la matinée, près de la station de métro moscovite d’Oktiabrskoïe Pole, alors qu’elle brandissait la tête d’un enfant. Crédits : capture
Guioultchekhra Bobokoulova a été arrêtée lundi 29 février, dans la matinée, près de la station de métro moscovite d’Oktiabrskoïe Pole, alors qu’elle brandissait la tête d’un enfant. Crédits : capture

Un autre interlocuteur de RBC au fait des conclusions préalables du FSB estime que le plan des recruteurs a réussi : l’assassinat a suscité une forte résonance dans la société. « C’est une atrocité, une sorte de film d’horreur, une chose que personne ne pouvait même imaginer », explique-t-il.

Les enquêteurs du Comité d’enquête continuent eux aussi de rechercher d’éventuels complices et/ou instigateurs du crime, a confirmé le représentant du comité au cours de la réunion visant à déterminer les mesures de répression à prendre contre Bobokoulova. De son côté, un interlocuteur de l’agence RIA Novosti au sein des forces de l’ordre ouzbèkes a déclaré que le fils aîné de la nounou, Rakhamatillo, avait été arrêté et placé en détention provisoire pour 15 jours.

Le diagnostic de « schizophrénie » ne signifie pas que Bobokoulova n’était pas responsable au moment où elle a commis son crime, précise néanmoins la source de RBC au FSB. Ce dernier explique qu’elle pouvait parfaitement comprendre ce qu’elle faisait.

Une opinion que confirme un autre interlocuteur de RBC au sein de l’Institut de psychiatrie judiciaire Serbski (où Bobokoulova devra subir divers tests psychiatriques pendant au moins un mois). Ce dernier souligne que le diagnostic de « schizophrénie » ne prédétermine pas les conclusions de l’expertise : les médecins et spécialistes devront préciser ce diagnostic, définir à quel stade Bobokoulova était atteinte, et établir si elle était ou non responsable au moment du crime. L’interlocuteur de RBC, lui non plus, n’exclut pas la possibilité que cette citoyenne ouzbèke ait été pleinement consciente de ses actes.

Bobokoulova elle-même, au tribunal Presnenski, le 2 mars, a déclaré aux journalistes que c’est « Allah qui lui a[vait] ordonné » d’assassiner la fillette. Sur une vidéo (ci-dessous) apparue sur la Toile (qui pourrait avoir été prise tout de suite après l’arrestation de la nounou, mais dont l’origine reste inconnue), elle explique avoir agi pour venger les populations bombardées par le président Vladimir Poutine, et affirme qu’elle voulait partir pour la Syrie.

L’interlocuteur de RBC proche du FSB souligne que Bobokoulova se comporte comme tous les individus se trouvant sous l’influence de recruteurs, et notamment de ceux de l’organisation État islamique. C’est précisément ce qui expliquerait l’apparition sur la Toile de la vidéo au cours de laquelle Bobokoulova mentionne la Syrie, Poutine et les bombardements de l’aviation russe, ajoutent deux interlocuteurs proches des services spéciaux.

L’autre source de RBC au sein des forces de l’ordre affirme pourtant que le Comité d’enquête fédéral fera tout son possible pour ne pas établir publiquement de lien entre l’accusée et les terroristes, même si ce lien est avéré. « Dans cette histoire, l’opinion générale consiste à penser qu’il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu, et se contenter pour l’instant de la version liée à la pathologie mentale de la nounou », affirme cet interlocuteur pour expliquer la position des forces de l’ordre.

Guioultchekhra Bobokoulova a été arrêtée lundi 29 février, dans la matinée, près de la station de métro moscovite d’Oktiabrskoïe Pole, alors qu’elle brandissait la tête d’un enfant. Selon un informateur d’Interfax au sein des forces de l’ordre, la jeune femme travaillait depuis trois ans à plein temps comme nounou des enfants de Vladimir et Ekaterina M. : un garçon plus âgé et une fillette de quatre ans, Anastasia, qui souffrait d’un retard de développement dû à une maladie congénitale.

Après le départ des parents et du frère aîné, la nounou aurait décapité la petite Anastasia, avant de mettre le feu à l’appartement. La prévenue, dont l’état psychologique est décrit comme instable, a avoué son crime et mentionné, durant son interrogatoire, les infidélités de son mari comme en étant la cause.

Mercredi 2 mars, l’agence Interfax a indiqué, citant sa source au sein de la police, que les forces de l’ordre ouzbèkes avaient assuré à leurs collègues russes que Guioultchekhra Bobokoulova souffrait de « troubles psychologiques » et avait été internée à plusieurs reprises. Guioultchekhra aurait déménagé en Russie il y a cinq ans, précisément après une de ces cures.

Mercredi 2 mars, la justice russe a ordonné la mise en détention provisoire jusqu’au 29 avril de Guioultchekhra Bobokoulova.

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