Donbass : le format de Normandie cale à Paris

Les ministres des affaires étrangères des quatre pays du « format de Normandie » (Allemagne, France, Russie, Ukraine) ont échoué à trouver une issue sur la question de l’organisation d’élections locales dans l’Est de l’Ukraine, lors d’une rencontre à Paris, le 3 mars.

De gauche à droite : Sergueï Lavrov, Pavel Klimkine, Jean-Marc Ayrault et Frank-Walter Steinmeier. Crédits : Flickr/MID
De gauche à droite : Sergueï Lavrov, Pavel Klimkine, Jean-Marc Ayrault et Frank-Walter Steinmeier à Paris, le 3 mars. Crédits : Flickr/MID

« Cette réunion a été l’une des plus difficiles de toutes celles que nous avons tenues », a reconnu le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier à l’issue de la rencontre.

Il faut admettre que la journée n’avait pas débuté du bon pied, et ce dès la photographie de groupe avant le début de la rencontre, à en croire le correspondant de Lenta.ru. Les drapeaux russe et ukrainien avaient été placés l’un à côté de l’autre, alors que lors des rencontres précédentes ils étaient installés dans des coins opposés. La circonstance a fortement troublé le ministre ukrainien des affaires étrangères, Pavel Klimkine, qui s’est précipité vers les drapeaux de l’UE et de l’Allemagne afin d’éviter de se tenir debout près de son homologue russe, Sergueï Lavrov. Mais ses collègues européens ont demandé à Klimkine de retourner auprès du ministre russe, qui a noté avec ironie : « Il faudra rester près de moi ».

Klimkine a immédiatement commenté l’épisode sur sa page Twitter : « Steinmeier et le protocole français m’ont proposé de me tenir symboliquement entre Ayrault et Lavrov, mais, semble-t-il, cela ne contribuera pas au moindre progrès avec la Russie. »

Un peu plus tard, il a publié sur son micro-blog une des photos protocolaires, assortie de la légende : «  Voilà à quoi ça ressemble en pratique. À côté de Lavrov. Nous sommes tous dans la même équipe, mais pour l’instant, je discute avec Steinmeier et Ayrault. »

Les négociations interministérielles ont duré quatre heures. A l’ordre du jour : la question de l’organisation d’élections dans l’Est de l’Ukraine et les violations du cessez-le-feu. À l’issue de la rencontre, Sergueï Lavrov a expliqué que les parties avaient échoué à trouver un accord sur l’organisation d’un scrutin dans le Donbass.

Sergueï Lavrov a également admis que les négociations sur la préparation des élections dans le Donbass n’avaient pas permis de trouver une issue. Le ministre russe a critiqué Kiev pour son refus de dialoguer directement avec les représentants du Donbass, et expliqué que la partie ukrainienne n’avait pas soutenu la proposition d’organiser ces élections locales avant la fin du premier semestre 2016. « Mes collègues allemand et français ont émis une proposition aujourd’hui. Nous étions prêts à la soutenir, mais la partie ukrainienne a demandé de ne pas insister dessus, et finalement, nous avons échoué à obtenir un consensus », a précisé le chef de la diplomatie russe.

« Nous avons passé beaucoup de temps, aujourd’hui, à examiner la situation dans le domaine de la sécurité », a déclaré Sergueï Lavrov, expliquant qu’il avait été question « de violations des deux côtés » du régime de cessez-le-feu. Le ministre russe a ajouté que les insurgés aussi « péchaient parfois », mais que « les violations étaient significativement plus nombreuses de la part des forces armées ukrainiennes ».

À la veille de ces négociations, à Minsk, le groupe de contact était tombé d’accord sur une interruption, à partir du vendredi 4 mars, des exercices des forces armées ukrainiennes impliquant des tirs de combat dans une zone de 30 kilomètres autour de la ligne de front, ainsi que sur un emploi du temps du processus de déminage dans les zones proches des check-points pour la population civile.

Pour Leonid Goussev, chercheur au MGIMO, les représentants de l’élite politique ukrainienne s’opposent à l’organisation d’élections dans le Donbass et à l’attribution d’un statut spécial à la région car ils veulent éviter de devoir agir en accord avec les dirigeants des républiques populaires autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. Si Kiev reconnaissait ces formations, « leurs représentants obtiendraient la possibilité de bloquer les décisions du gouvernement ukrainien », analyse l’expert pour Lenta.ru. « L’Ukraine s’apprête à rejoindre l’OTAN et l’UE dans la décennie à venir, et les républiques populaires autoproclamées pourraient l’en empêcher », poursuit Leonid Goussev.

De son côté, le ministre ukrainien des affaires étrangères a souligné qu’il était indispensable, avant tout, d’assurer la sécurité des élections dans le Donbass.

Frank-Walter Steinmeier, le chef de la diplomatie allemande, a lui aussi confirmé que la rencontre n’avait pas permis d’obtenir de progrès en matière de régulation politique. « Je suis loin d’être satisfait – pas plus de la situation dans l’Est de l’Ukraine que des résultats de la rencontre d’aujourd’hui », a-t-il déploré.

Jean-Marc Ayrault, qui accueillait pour la première fois ses interlocuteurs au sein du « format de Normandie » en sa nouvelle qualité de ministre français des affaires étrangères, n’a manifesté qu’un optimisme modéré, notant que les ministres s’étaient entendus sur un calendrier du processus de régulation à court terme. Les ministres des quatre pays espèrent notamment que l’échange de prisonniers politiques sera achevé au 30 avril, et que d’ici le 31 mars, « des propositions concrètes, pratiques et permettant de garantir la sécurité des futures élections » seront présentées à l’OSCE.

Les accords de Minsk prévoyaient initialement l’organisation d’élections dans le Donbass en automne 2015, puis ces dernières ont été reportées au printemps 2016. D’ici là, les autorités ukrainiennes étaient censées respecter la partie des accords les concernant : notamment élaborer une loi sur ces élections locales et adopter les amendements constitutionnels nécessaires à l’attribution d’un statut particulier au Donbass. Mais rien de tout cela n’a encore été fait.

Les négociations précédentes sur la résolution pacifique de la crise ukrainienne, tenues le 13 février à Munich, n’avaient pas non plus abouti à des résultats concrets.

2 commentaires

  1. Le gouvernement Ukrainien ne gouverne plus rien, même pas lui même. Quels résultats concrets en espérer?

  2. L’Ukraine est en retard sur le plan.Pourquoi donc continuer de sanctionner la Russie ?
    Vu le nombre d’agriculteurs qui se suicident en France,on peut se poser la question.
    Pascal Rendu Présidentielle 2017

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