Michel Crépu : « Le terrorisme est une question dostoïevskienne »

Mardi 8 mars, Michel Crépu, écrivain et rédacteur en chef de la NRF (Nouvelle Revue Française), donnera dans le cadre des Mardis une conférence sur le thème « Histoire d’un amour – Michel Crépu et la littérature russe ». Rencontre.

Michel Crépu, écrivain et rédacteur en chef de la NRF (Nouvelle Revue Française). Crédits : le-poulailler.fr
Michel Crépu. Crédits : le-poulailler.fr

Le Courrier de Russie : Comment la littérature russe a-t-elle fait irruption dans votre vie ?

Michel Crépu : La littérature russe a fait irruption dans ma vie avec un roman français : Michel Strogoff, de Jules Verne. Ensuite ce furent, simultanément, Guerre et Paix de Tolstoï et Les âmes mortes de Gogol. Deux énormes chocs, différents. Tolstoï est « cosmique », Gogol dans le simple quotidien.

LCDR : Vous avez dit un jour « Les livres, je vis avec depuis toujours, ils sont mon paradis, ils ne m’ont jamais fait de mal ». Quels sont les auteurs et plus particulièrement les œuvres qui vous ont bouleversé et transformé ?

M. C. : La liste serait longue… En dehors des Russes, je dirais, dans le désordre de la mémoire involontaire : Samuel Beckett, Franz Kafka, Louis-Ferdinand Céline, Chateaubriand et un autre Français oublié, merveilleux, qui s’appelait José Cabanis.

LCDR : Qu’ont-ils changé en vous ?

M. C. : Ils m’ont donné le sentiment de dire le fond des choses. Rien n’est plus bouleversant que de sentir cela. Ils m’ont aussi donné une forme de sérénité, car l’approche du vrai rend heureux.

LCDR : Quels auteurs ont, pour vous, le mieux représenté la réalité humaine ?

M. C. : Si je dois n’en garder qu’un, je dis Beckett, en lui donnant Tchekhov pour voisin de table.

LCDR : Pourquoi ?

M. C. : Ils ont fait mieux que les autres parce qu’ils sont simples.

LCDR : Vous avez déclaré lors d’une interview que la lecture des Possédés de Dostoïevski éclairait les attentats perpétrés contre la rédaction de Charlie Hebdo au mois de janvier 2015. Pouvez-vous nous en dire plus ?

M. C. : Le terrorisme est une question dostoïevskienne. Il vaut mieux lire Les Possédés que le journal du soir. Dostoïevski sait faire parler le Mal, mieux que Tolstoï, qui sait faire parler le Bien.

LCDR : Quelles similitudes et distinctions feriez-vous entre les littératures classiques russe et française ?

M. C. : Je dirais que les Russes sont plus concrets que les Français, qui sont des abstraits. Quand je lis les Russes, je suis dehors. Quand je lis les Français, je suis dedans.

LCDR : Vous n’avez jamais écrit sur la Russie, contrairement par exemple à Olivier Rolin, Emmanuel Carrère, Mathias Enard ou Sylvain Tesson. N’en avez-vous jamais ressenti le besoin ?

M. C. : J’ai beaucoup écrit sur des auteurs, mais jamais encore un livre. Un jour, peut-être. Ou peut-être que je préfère la lecture.

LCDR : Vous avez dit aussi apprécier le genre du portrait, en littérature. Qui peindriez-vous ?

M. C. : Probablement Tchekhov, dont je viens de lire Le récit d’un inconnu, qui est un véritable chef-d’œuvre.

LCDR : Vous avez rencontré Soljenitsyne lors d’un voyage en Russie : quels souvenirs gardez-vous de cette rencontre ?

M. C.: Rencontrer Soljenitsyne a été un moment inoubliable. J’étais en présence d’un homme qui incarnait physiquement la Russie.

LCDR : Qui sont, pour vous, les héritiers des grands auteurs russes que vous admirez ?

M. C. : J’avoue que je ne vois guère d’héritiers. Mais j’ai été très impressionné par le Journal d’un gardien d’hôpital, d’Oleg Pavlov.

La conférence de Michel Crépu se tiendra le mardi 8 mars dans les locaux du Courrier de Russie, à Moscou, rue Milioutinski 10/1, salle de conférences du 1er étage, métro Loubianka ou Tchistye Proudy.
Entrée gratuite.
Conférence en français, organisée en partenariat avec l’agence de voyages Tsar Voyages.

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