Lavrov : « Il n’y aura plus de business as usual avec l’Occident »

Mardi 26 janvier, le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov a tenu sa traditionnelle conférence de presse-bilan de l’année écoulée. Le Courrier de Russie a sélectionné et traduit les passages les plus marquants.

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Sergueï Lavrov souhaite une Europe forte mais ne peut pas fermer les yeux sur la situation actuelle. Crédits : mid.ru

Sur les relations avec l’Occident

Nous constatons le maintien d’une attitude destructrice et très dangereuse à l’égard de la Russie, notamment le renforcement du potentiel militaire de l’OTAN à nos frontières et la création des segments européen et asiatique du bouclier antimissile américain, à laquelle participent autant les pays européens que ceux d’Asie nord-orientale.

Par ailleurs, les tentatives d’endiguer la Russie se poursuivent, quand elles devraient depuis longtemps faire partie du passé. On continue également de tenter de tirer des profits unilatéraux et même de nous punir pour notre politique étrangère indépendante. Bien entendu, nous en tenons compte et nous continuerons à en tenir compte dans nos actions, ce choix ne vient pas de nous.

Nos collègues occidentaux disent parfois qu’il n’y aura plus de business as usual avec la Russie, ce dont je suis également convaincu. Sur ce point au moins, nous sommes d’accord. Comment continuer le business as usual après qu’on a essayé de nous imposer des accords qui tenaient compte avant tout des intérêts de l’Union européenne et des États-Unis, tout en nous assurant qu’ils ne nuiraient pas aux nôtres ? Cette époque est révolue.

Sur l’Union européenne

Nous ne souhaitons pas que l’UE s’affaiblisse, se fissure et se scinde. Ce que nous voulons, c’est une UE unie, forte, avec laquelle il est confortable de travailler tant en matière économique que sur toutes les autres questions. Mais nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ce qui se passe.

Sur le rapport de la justice britannique à propos de l’affaire Litvinenko

En concluant son rapport, le juge Robert Owen ne prononce aucune accusation sans l’accompagner des termes « il est possible » ou « il est probable ». Il dit même que l’affaire repose sur des « preuves indirectes solides »… Toutes ces conclusions sont basées sur soit des déclarations de témoins choisis et subjectifs, soit des dépositions tenues secrètes.

Le spectacle autour de l’« affaire Litvinenko » complique considérablement nos relations [avec le Royaume-Uni]. Et il ne les complique pas « probablement », « possiblement » ou « peut-être ». Il les complique sérieusement, point.

Sur le gazoduc Nord Stream 2

Crédit : gazprom.com
Le projet Nord Stream 2 prévoit la construction d’un gazoduc sous-marin reliant la Russie à l’Allemagne par le fond de la mer Baltique. Crédits : gazprom.com

Nous n’avons pas attendu que Bruxelles change d’avis concernant le South Stream, nous avons cherché une alternative, parce que l’Europe a besoin du gaz russe. L’Ukraine n’est pas fiable pour le transit du gaz – on en a la preuve tous les jours avec les déclarations de nos voisins ukrainiens. Par exemple, ils disent qu’ils vont multiplier par dix le prix du transit, alors qu’il a été fixé par un contrat, et ainsi de suite.

Le Nord Stream 2 est un projet économique, un projet commercial avantageux pour l’Allemagne et l’ensemble de l’Europe ainsi que pour la Russie. Ceux qui critiquent ce projet pour des raisons idéologiques et appellent à ne pas coopérer avec la Russie parce que cela nuirait à l’Ukraine cherchent à entraver de l’extérieur nos relations.

Sur les accords de Minsk

On est loin d’avoir réalisé tous les accords. En particulier les engagements de Kiev à établir un dialogue. Les objectifs restent les mêmes, et ils sont tous inscrits dans les documents signés à Minsk. Nous continuerons à exiger leur stricte exécution conformément aux accords et aux efforts fournis par les dirigeants du « format Normandie »… Nous défendons une résolution exclusivement pacifique et nous aiderons les Ukrainiens à rétablir l’union nationale.

Les autorités ukrainiennes s’efforcent de défendre les accords de Minsk non en les réalisant de façon cohérente et honnête, mais en faisant le jeu des radicaux qui tentent soit de contester ces accords, soit d’en dénaturer le sens.

Sur les déclarations du Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk

Il m’est difficile de commenter ces propos [M. Iatseniouk a déclaré que tout amendement à la constitution ukrainienne devrait être approuvé par un référendum, ndlr] quand les accords de Minsk 2 ont été signés et validés par le président Petro Porochenko. Alors que la politique étrangère relève de la responsabilité du président, M. Iatseniouk en parle beaucoup… Il a même effrayé l’Europe en déclarant que la prochaine agression russe, après celle contre l’Ukraine, serait dirigée contre l’Allemagne et la France. C’était il y a un an, vous vous en souvenez peut-être. C’est quelque peu étrange – c’était un bon ministre et il a été un temps ministre des affaires étrangères. Il me semblait quelqu’un de sensé, qui formulait des arguments et se comportait de façon appropriée. Visiblement, il a subi une mauvaise influence.

Sur les relations avec la Géorgie

Le peuple géorgien ne devrait pas être puni par une rupture des liens avec son voisin russe. C’est injuste qu’il doive ainsi payer le prix des erreurs criminelles de Mikheil Saakachvili [ex-président de la Géorgie et actuel gouverneur d’Odessa, ndlr]. Ce n’est pas nous qui avons rompu les relations diplomatiques entre nos deux pays. Nous avons agi en toute conformité avec les normes du droit international. Nous n’avions pas d’autre choix que de reconnaître l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud afin de garantir leur sécurité.

Les relations bilatérales sortent de leur profonde torpeur. À notre satisfaction générale, les échanges alimentaires ont repris et des négociations sont en cours au sujet de Gazprom. C’est un processus pragmatique qui répond aux intérêts des deux parties. Nous faisons tout pour simplifier les liens culturels. Nous sommes prêts à envisager un régime sans visas, mais il serait étrange de l’instaurer alors que nous n’avons pas de relations diplomatiques – interrompues suite à une décision qui n’était pas la nôtre.

Cela dit, je suis ouvert à des contacts avec mon homologue géorgien. Je suis persuadé que d’autres contacts sont également possibles. Lorsqu’on lui a posé la question, le président Vladimir Poutine n’a nullement exclu cette possibilité.

Sur la participation de la Russie dans la lutte contre le terrorisme

Pilotes russes sur la base de Hmeimim, en Syrie. Crédits : ministère de la défense russe.
Pilotes russes sur la base de Hmeimim, en Syrie. Crédits : ministère de la défense russe

Les actions des forces aériennes russes ont permis de changer la donne en Syrie et de réduire l’étendue des territoires contrôlés par les terroristes. On a désormais une idée plus claire de ceux qui se battent contre les terroristes et de ceux qui les aident et essayent de les utiliser à des fins égoïstes.

La Russie aspirait à agir résolument, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU. Nos actions ont été guidées par la défense de nos intérêts nationaux mais aussi par la conscience de notre responsabilité à l’égard de la situation dans le monde. Notre participation active à la lutte antiterroriste a permis l’adoption d’un ensemble de résolutions importantes au Conseil de sécurité de l’ONU, destinées à couper le financement du terrorisme et à mettre un terme au phénomène des djihadistes étrangers.

Sur les Kurdes

Les Kurdes sont un détachement efficace dans la lutte contre l’organisation terroriste État islamique. Ces derniers temps, certains – pour être plus précis, un membre du groupe international de soutien à la Syrie – émettent des doutes quant à la nécessité d’y inviter les Kurdes syriens, et en particulier le Parti de l’union démocratique. J’invoquerai le fait que sans ce parti, sans sa participation, les négociations ne peuvent aboutir au résultat escompté, à savoir une résolution politique définitive en Syrie.

Dès l’apparition de cette menace terroriste [de l’EI], nous avons tenu compte des besoins des Kurdes en termes de fourniture d’armes russes à destination de l’Irak. Mais ces livraisons ont été effectuées via le gouvernement central, via Bagdad. Nous respectons pleinement la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Irak.

Sur le problème nucléaire nord-coréen

L’objectif est moins d’empêcher la Corée du Nord de posséder l’arme nucléaire que de ne laisser personne sur la péninsule la posséder : ni Pyongyang, ni Séoul, ni les États-Unis. Les États-Unis ne doivent pas installer des éléments de leur arsenal nucléaire sur la péninsule coréenne.

Nous discutons en ce moment avec les Américains et nos amis chinois, mais aussi avec des représentants de la république de Corée et du Japon de ce qui s’est passé le 6 janvier dernier [le possible test partiel d’une bombe H par la Corée du Nord, ndlr]. Nous ne sommes pas certains qu’il s’agissait bien d’un essai de bombe à hydrogène. Toutefois, si c’est le cas, cela signifie notamment que les résolutions du Conseil de sécurité introduisant des restrictions sur les livraisons de matériaux liés au programme nucléaire en Corée du Nord sont inefficaces.

Nous avons entendu la proposition de la Corée du Sud, qui souhaite se réunir d’abord dans un format « 6 moins 1 », autrement dit sans la Corée du Nord. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, parce cela signifierait qu’une fois de plus, on essaye d’isoler quelqu’un.

1 commentaire

  1. quand on voit la situation dans laquelle UE ( toutou chien des USA ) nous y a mis , c est certain que ce sont bien OBAMA et sa politique du pognon avec tous ces groupes banquiers américains qui nous ont mis dans une telle situation . les américains ne savent plus quoi faire à cause de leur déficit monétaire gigantesque . leur DOLLAR ne vaut que le prix du papier , ils le savent et essayent de trouver un responsable pour cacher leur bêtise . le problème , c’est que ca ne marche pas comme ils le souhaitaient . l UE telle quelle est ne convient pas aux EUROPEENS , elle va éclater au grand DAM des américains qui vont se retrouver seul .

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