Le balayeur-artiste d’Ijevsk

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Semion Boukharine

Retraité depuis cinq ans après avoir travaillé comme pompier et mineur, Semion Boukharine est aujourd’hui balayeur d’une école d’Ijevsk.

« J’ai toujours peint et dessiné. Peu importe où et comment, explique l’homme, appuyé sur son balai. Sur de beaux tissus blancs ou dans mes cahiers d’école déjà, je dessinais », précise-t-il.

L’idée des dessins sur la neige lui est venue spontanément. « Les enfants parlent de leurs cours et de leurs devoirs. Moi, je les écoute, et ensuite, je dessine », poursuit le balayeur.

Comme le raconte Semion, les enfants arrivent parfois à l’école de mauvaise humeur, parce qu’ils n’ont pas eu le temps de faire leurs devoirs ou ont dû se coucher trop tard. « Et puis, ils voient le dessin sur la neige – et retrouvent le sourire », affirme-t-il.

Rodion, élève de cinquième classe [première année du secondaire, enfants de 10-11 ans, ndlr], n’hésite pas à rester après les cours pour regarder Semion travailler. « Parfois, je l’aide même à enlever la neige », confie le garçon, dont le dessin préféré est celui d’un bateau sur une mer déchaînée.

Le balayeur-artiste, lui, parmi ses œuvres, a une tendresse particulière pour le portrait de Mikhaïl Lermontov, réalisé à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance du célèbre poète, le dessin qu’il a consacré au 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, et un tableau d’Alexandre Pouchkine et son épouse, Natalia Gontcharova, lors d’une promenade à la campagne. « Ce que je préfère dessiner, ce sont les personnages de contes », ajoute-t-il.

Crédits photographiques : @semenbukharin

C’est tout à fait malgré lui que Semion Boukharine est désormais célèbre dans toute la ville. Il y a trois ans, les élèves de l’école ont commencé à publier des photos de ses dessins sur les réseaux sociaux, à son insu. « Tout le monde était au courant sauf moi, confie Semion, à qui les enfants demandaient sans cesse s’il s’était vu sur Internet. Mais je n’ai pas Internet, moi ! Et puis, je ne suis pas très à l’aise avec cette technologie, ajoute-t-il, précisant qu’il a également, alors, entendu parler d’Instagram. Je me suis demandé comment j’allais me souvenir du terme, qui ne sonne pas russe. J’ai pensé à sto gram [« cent grammes », en russe. Dans les bars et restaurants en Russie, la vodka continue de se commander au poids et non au verre : la commande sto gram correspond ainsi à deux petits verres, ndlr] – et c’est ainsi que j’ai pu le retenir », explique l’homme, qui s’est même acheté depuis un smartphone, pour consulter ses œuvres.

Désormais également populaire au-delà de la Toile, Semion est reconnu dans les rues d’Ijevsk. « Souvent, des gens s’approchent et me disent : Nous vous connaissons !… Alors, je leur réponds que, moi aussi, je les connais », raconte-t-il. L’homme ne sait que faire de cette notoriété et n’aime pas tellement en parler, soulignant simplement que sa vie n’a pas changé. À la fin de sa journée de travail, Semion Boukharine apprécie toujours autant de se reposer seul, dans le calme de son petit bureau aux murs couverts de peintures, livres d’art et décors qu’il a fabriqués pour le théâtre de l’école.

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