Trois visages de l’islam russe : L’islam loyal

Chamil Alyaoutdinov, 41 ans, est l’imam de la Mosquée mémorielle de Moscou. Auteur de plusieurs essais théologiques et fondateur du site umma.ru, il explique ce que l’État russe fait déjà et ce qu’il devrait encore faire pour dissuader les musulmans de Russie de rejoindre l’État islamique.

Chamil Alyaoutdinov
Chamil Alyaoutdinov. Crédits : Archives personnelles

Le Courrier de Russie : Quelle est la place de l’islam en Russie ?

Chamil Alyaoutdinov : L’islam est apparu sur le territoire de la Russie actuelle il y a plus de 1 000 ans. C’est aujourd’hui la religion de 37 peuples de la Fédération, comme les Bachkirs, les Ingouches ou les Tatars. L’islam est reconnu par la Constitution russe comme une des quatre religions officielles – aux côtés de l’orthodoxie, du bouddhisme et du judaïsme.

LCDR : Dans quelle mesure l’État intervient-il dans la vie des musulmans du pays ?

C. A. : Il existe en Russie environ 80 directions spirituelles de l’islam, c’est à dire des organisations religieuses centralisées qui sont en relation avec l’État. Les autorités russes les consultent sur les diverses questions impliquant la communauté musulmane et accompagnent leurs pratiques. Lors des deux principales fêtes des musulmans, l’Aïd al-Adha et l’Aïd el-Fitr, le président russe adresse ses vœux à la communauté et les cérémonies sont retransmises à la télévision. Au travers de subventions étatiques, les autorités interviennent également sur les questions de financement des lieux de culte. L’accent est d’abord mis sur le christianisme, car la majorité des Russes sont orthodoxes. Mais les autorités russes s’efforcent de ne pas oublier les musulmans, car elles sont conscientes qu’une absence totale de soutien de l’État aux courants officiels de l’islam favoriserait le développement de branches non officielles – comme c’est le cas en France.

LCDR : Cette politique étatique vis-à-vis de l’islam est-elle en mesure de contenir l’émergence de mouvements radicaux ?

C. A. : À elle seule, non. D’autres facteurs entrent en ligne de compte. Les médias jouent notamment un rôle très puissant dans la radicalisation des musulmans. Les termes d’« islamisme », d’« extrémisme islamiste » et de « terrorisme islamiste » sont apparus d’abord dans la presse, à la fin des années 1980, et peu à peu, ils ont fini par intégrer le langage quotidien.

Les jeunes qui ont organisé les attentats de Paris ont une vingtaine d’années – et toute leur vie durant, ils ont entendu les médias associer islam et terrorisme. Ainsi, pour ces jeunes musulmans, l’islam, qui est ethnique, génétique et sacré, est aussi lié au terrorisme. En accolant constamment ces deux termes, les médias ont nourri toute une jeunesse d’idées qui ne sont enseignées ni dans les mosquées ni dans leurs familles.

Actuellement, les organisations terroristes internationales regroupent un total d’environ 10 000 musulmans. Sachant que les musulmans sont plus d’un milliard dans le monde, on a donc un terroriste pour 100 000 musulmans – soit 0,00001 % de toute la communauté. Et l’erreur la plus dangereuse est de faire payer à ce milliard de personnes les crimes de ce 0,00001 %, d’autant, je le répète, que la majorité de ce pourcentage a été éduquée par la télévision, notamment française, qui parle toujours et avec insistance du « terrorisme islamique ».

LCDR : Quid de la situation en Russie ?

C. A. : Depuis trois ans, les médias et les autorités en Russie commencent à insister sur la distinction entre islam et terrorisme. Avant cela, le discours des imams ne sortait pas des mosquées, parce qu’on ne nous donnait pas la parole. Mais aujourd’hui, je participe à des émissions télévisées et radiophoniques, je donne des interviews.

LCDR : Pourquoi ce changement ?

C. A. : Les autorités ont compris que cette association terrorisme-islam ne fait qu’empirer les choses, car les amalgames nourrissent le radicalisme. Soit on sépare terrorisme et islam et, dans quelques années, on retrouve une relation saine et sereine avec les musulmans, soit on continue de mélanger et d’entretenir chez les Russes un climat de paranoïa qui consiste à penser qu’1/8 de la population du pays est potentiellement dangereuse ! [Les musulmans sont près de 20 millions en Russie, sur une population totale d’environ 150 millions d’habitants, ndlr].

Une famille de musulmans s’apprête à célébrer l’Aïd al-Adha à Kazan. Crédits : Vassili Aleksandrov / TASS
Une famille de musulmans s’apprête à célébrer l’Aïd al-Adha à Kazan. Crédits : Vassili Aleksandrov / TASS

LCDR : Mais ce terrorisme se base pourtant sur l’islam… D’où vient-il ?

C. A. : Il est né dans les années 1980, au moment de la guerre d’Afghanistan, qui a opposé l’URSS aux États-Unis. L’opposition afghane financée par les Américains s’est appuyée sur l’islam pour créer une idéologie terroriste et attirer de nouvelles recrues. Mais cette idéologie n’a rien à voir avec l’islam.

LCDR : Pourquoi cette idéologie se revendique-t-elle du Coran ?

C. A. : Parce que les pays où les Occidentaux font la guerre et dont ils convoitent le pétrole et le gaz sont majoritairement musulmans. Si l’Europe avait possédé de telles ressources, nous aurions aujourd’hui un terrorisme chrétien. Le pétrole est la raison pour laquelle les gens se font la guerre depuis maintenant un siècle.

LCDR : Comment empêcher la radicalisation des musulmans ?

C. A. : Au niveau des mosquées, ce combat contre le radicalisme a toujours existé. Le rôle de l’imam est fondamental dans cette lutte : c’est lui qui doit déconstruire le lien entre islam et terrorisme, en insistant notamment sur certains versets explicites du Coran. Le Coran dit par exemple : « Tuer une personne qui n’est pas coupable d’avoir tué est un acte qui équivaut à tuer l’humanité toute entière ». Peut-on être plus clair ?

LCDR : Vous êtes souvent qualifié d’imam « libéral ». Par exemple, de nombreuses voix contradictoires s’élèvent quand vous affirmez que la barbe n’est pas obligatoire pour le musulman…

C. A. : Je n’apprécie pas tellement cette étiquette de « libéral », qui ne veut, somme toute, pas dire grand-chose. J’ai toujours beaucoup écrit sur le thème de l’islam et du terrorisme. Et les salafistes m’ont inscrit il y a longtemps sur la liste de leurs ennemis, parce que je pointe là où ça fait mal. Pour les gens qui veulent entendre des propos radicaux et extrêmes, je suis donc libéral – oui. Mais en réalité, je suis simplement un théologien.

Les deux autres visages :

L’islam « patriotique » à lire ici

L’islam « radical » à lire ici

4 commentaires

  1. Encore le discours fourbe typique, à vocation d’irresponsabilité, immature et faussement ignorant, destiné à rassurer la majorité des non-musulmans, qui ne connaissent pas les textes fondateurs de l’islam, et se satisfont des discours mensongers des imams visant à rassurer ( ils entendent ce qu’ils ont envie d’entendre pour se tranquilliser, sans enquêter plus avant !).
    Ce discours mensonger, mélangeant le vrai, le faux, et l’omission,pour mieux tromper l’ignorant non-musulman, ne fait jamais référence aux nombreux versets qui font l’ apologie de la violence, de l’agression, de la conquête, de l’esclavage, du viol, du meurtre, du pillage, des persécutions et des discriminations, des tortures et amputations, des assassinats et des génocides, à l’égard des non-musulmans… avec bien évidemment la conclusion qui s’impose à la fin du discours pervers de l’imam en question : l’islam et nous musulmans ne sommes en rien responsables des violences des djihadistes qui se réclament aussi de l’islam pour justifier divinement leurs actes.

  2. L’islam loyal n’existe pas ! Lisez le coran et vous comprendrez tout.
    La manipulation, le mensonge, la fourberie, la perversion, à l’égard du non-musulman, est une qualité « divine » qui réjouit allah, selon le coran; et qui permettra
    à l’islam d’avancer plus avant dans la conquête du monde entier, pour la gloire d’allah.

  3. Yannouch, la Bible possède tout autant d’ incitations au meurtre et à la violence. Et puis relisez la marseillaise, il n’y a pas pire dans le genre. Pourtant les français n’abreuvent pas « leurs sillons de sang impur » pour autant. Les textes importent beaucoup moins que l’interprétation qui en est faite en un lieu et à une époque donnée.

  4. Voilà son explication des mots : « Qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Pendant l’Ancien Régime, la population était scindée en trois : les nobles, qui avaient soi-disant, le sang « pur » (ou sang « bleu »), le clergé, et le « tiers-état », qui avait soi-disant, le sang « impur » (selon la noblesse).

    Le sang impur dont il est question dans les paroles n’est donc pas le sang de l’étranger, ni de l’ennemi, c’est le sang du peuple, son propre sang, qu’il va verser au combat, offrir à la patrie pour sa liberté, pour lutter contre tous les pays d’Europe qui attaquent la France afin de rétablir la monarchie! Il n’est ici nullement question de racisme ou de xénophobie! Les sillons, quant à eux, ne sont qu’une référence agricole, car il ne faut pas oublier que la France à cette époque est un pays agricole.

    La Marseillaise n’est pas un chant d’agression, c’est un chant de défense face à l’ennemi, un chant pour se donner du courage. En ce sens, il n’est pas étonnant que les résistants de la 2ème guerre Mondiale aient chanté la Marseillaise avec ferveur. Il est donc à mon avis malsain de vouloir le renier sans le comprendre.

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