La Russie introduit un embargo alimentaire contre l’Ukraine

Le gouvernement russe a décrété un embargo contre les produits alimentaires ukrainiens qui prendra effet au 1er janvier 2016, en vue de l’entrée de l’Ukraine dans la zone de libre-échange avec l’Union européenne, a indiqué le ministre russe du développement économique, Alexeï Oulioukaev, mercredi 18 novembre.

marché vladivostok
La viande, le poisson, les produits laitiers et les fruits et légumes sont particulièrement ciblés par l’embargo russe. Crédits : LCDR

« Nous nous devons de protéger unilatéralement notre marché de l’accès non contrôlé, à travers l’Ukraine, aux produits en provenance de pays tiers, avant tout membres de l’Union européenne », a précisé le ministre.

La liste des produits « sous embargo » comprend la viande, les légumes, les produits laitiers, le fromage, les fruits et les légumes.

Cette décision est intervenue au lendemain de l’annonce par le président ukrainien Petro Porochenko de la réalisation de toutes les procédures nécessaires à l’entrée de l’Ukraine dans la zone de libre-échange avec l’Union européenne, dès le 1er janvier 2016. « Il n’existe plus aucun obstacle. Nous commencerons dès l’année prochaine ! », s’était ainsi félicité ce dernier, sur sa page Facebook.

Moscou s’y attendait et avait préparé le terrain en amont. En août 2015, le Premier ministre russe Dmitri Medvedev avait, en réponse aux sanctions, étendu en août 2015 son embargo alimentaire à l’Albanie, au Monténégro, à l’Islande, au Liechtenstein et à l’Ukraine. Cette dernière, toutefois, bénéficiait d’un sursis tant que Kiev ne signait pas le volet économique de l’accord d’association avec l’UE. De son côté, la partie européenne avait à plusieurs reprises demandé au gouvernement russe de ne pas prendre de mesures restrictives contre l’Ukraine.

Moscou, qui ne s’oppose pas au volet politique de l’accord d’intégration de l’Ukraine, craint en effet qu’après l’intégration commerciale et l’annulation des taxes douanières entre l’Ukraine et l’Union, la Russie ne soit inondée de marchandises originaires d’UE et des Etats-Unis, réexportées par des sociétés ukrainiennes, soumises jusqu’alors à un régime préférentiel de commerce avec leur voisin russe, en tant que résidentes d’un pays membre de la CEI. « Notre travail n’est pas de dicter à l’Ukraine et à l’Union européenne les accords qu’elles doivent signer ou non, mais de protéger notre économie, nos entrepreneurs et nos compagnies des risques que cela peut engendrer », avait notamment déclaré Alexeï Oulioukaev, sur la chaîne Rossia1, début novembre. L’entrée en vigueur de l’embargo sera d’ailleurs accompagnée d’une annulation du tarif préférentiel douanier entre la Russie et l’Ukraine.

Le ministère russe du développement économique et l’Union économique eurasiatique insistent en outre sur le fait que les marchandises eurasiatiques et européennes ne sont pas soumises aux mêmes normes phytosanitaires et règlements techniques.

Selon Alexeï Alexeenko, conseilleur du directeur de l’agence vétérinaire russe Rosselkhoznadzor, l’introduction d’un embargo sur les produits alimentaires ukrainiens ne provoquera pas de déficit en Russie. D’après les données du ministère russe du développement, les produits alimentaires n’ont représenté que 9,4 % des importations russes en provenance d’Ukraine en 2014, contre 12,7 % en 2013. « Cette mesure n’aura aucune conséquence inattendue ou négative pour la Russie. Ce qui ne sera en revanche pas le cas pour l’économie ukrainienne, qui en souffrira », a-t-il expliqué au portail RusNovosti, soulignant que les échanges entre les deux pays ne cessent de diminuer depuis début 2015.

Un avis que ne partage par le ministre russe du développement économique et du commerce ukrainien, Aivaras Abromavičius, qui ne voit à son tour aucun risque pour l’Ukraine, lié à cet embargo russe. « La Russie est un partenaire commercial imprévisible, en voici la preuve. D’après nos calculs, ces contre-mesures russes toucheront davantage la population russe », a affirmé le ministre.

L’introduction d’un embargo sur les produits alimentaires ukrainiens et l’annulation du tarif douanier préférentiel induiraient, pour l’Ukraine, une diminution de son volume d’exportations chiffrée entre 307 et 444 millions de dollars, a indiqué à Interfax la vice-ministre ukrainienne du développement économique, Natalia Mikolskaïa, qui ne voit toutefois pas là de raison de s’inquiéter. Pas plus d’inquiétude du côté du ministre ukrainien de la politique agricole, Oleksiy Pavlenko, qui a précisé que seulement 2 % des exportations agraires de l’Ukraine étaient destinés à la Russie, et quelque 10 % vers la CEI.

Viktor Nadein-Raevski, chercheur à l’Institut d’économie mondiale et de relations internationales de Moscou, doute pour sa part de la confiance de la partie ukrainienne. « Cette estimation des pertes pour l’Ukraine demeure une somme importante au vu de la situation économique actuelle du pays. Les produits ukrainiens pourraient contourner l’embargo par la Biélorussie, mais cela exigerait la signature d’accords et une recherche de partenaires, ce qui pourrait s’avérer compliqué. Les conséquences pour la Russie seront en revanche minimes, dans le sens où les produits alimentaires en provenance d’Ukraine sont facilement remplaçables », a expliqué l’expert à Kommersant.

L’Ukraine exporte principalement vers la Russie du chocolat, du fromage, de la viande de porc et des jus, communique le club du business agraire d’Ukraine, sur son site.

Rappelons que le président Petro Porochenko a signé un accord d’association avec l’Union européenne en septembre 2014. Le volet économique de cet accord, qui suppose l’entrée de l’Ukraine dans la zone de libre-échange européenne, entrera en vigueur le 1er janvier 2016. En réponse aux sanctions occidentales, la Russie a introduit en août 2014 un embargo alimentaire sur les produits alimentaires venant de l’Union européenne, de la Norvège, de l’Australie, du Canada et des États-Unis. La viande, le poisson, les produits laitiers et les fruits et légumes sont particulièrement ciblés.

2 commentaires

  1. On disait que l’Ukraine était le grenier à blé de la Russie tsariste : la production agricole ukrainienne a toujours été importante.
    Mais dans une économie mondialisée, on peut importer des productions alimentaires du monde entier.

  2. Prévisible même si le gouvernement Ukrainien aurait voulu le beurre et l’argent du beurre. Cela dit qu’il ne s’illusionne pas sur le « beurre » que lui accordera l’Europe qui se fatigue de plus en plus de lui.

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