Pascal Boniface : « La coalition entre la France et la Russie est dans notre intérêt commun »

Obama, Poutine, Merkel, Cameron, Xi Jinping… François Hollande a entamé lundi 23 novembre un marathon diplomatique afin de convaincre les dirigeants des grandes puissances mondiales de se joindre à une coalition internationale contre l’État islamique. Après Washington, mardi, le président français sera à Moscou jeudi pour s’entretenir avec Vladimir Poutine. Qu’attendre de cette rencontre ? Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), a répondu aux questions du Courrier de Russie.

Pilotes d'un hélicoptère français Tigre. Crédits : Sgt Philippe HILAIRE / SIRPA Terre
Pilotes d’un hélicoptère français Tigre. Crédits : Sgt Philippe HILAIRE / SIRPA Terre

Le Courrier de Russie : Comment l’action russe en Syrie est-elle perçue en France après les attentats du 13 novembre ?

Pascal Boniface : La perception en France de l’action russe en Syrie n’a pas changé après les attentats du 13 novembre. Bien sûr, la France a été frappée par Daech et non pas par Bachar el-Assad mais les responsables français et la majorité de l’opinion (il y a quelques avis contraires) estiment que Bachar et Daech sont des ennemis complémentaires, que le premier est en grande partie responsable de la montée en puissance de Daech par sa brutale et sectaire répression. Le désaccord qui existe entre Paris et Moscou sur le soutien au régime de Bachar n’a donc pas changé. La ligne en France est toujours « ni Bachar ni Daech », même si dans un premier temps les efforts seront concentrés sur la guerre contre l’État islamique. Mais cette priorité ne vaut pas la réhabilitation de Bachar el-Assad.

LCDR : La France devrait-elle coopérer avec la Russie sur le dossier syrien ? À votre avis, jusqu’où cette coopération devrait-elle s’étendre ?

P.B. : Nous devons coopérer avec la Russie, non seulement sur le dossier syrien mais sur tous les dossiers importants. C’est l’intérêt de nos deux pays. Coopérer ne veut pas dire être d’accord sur tout. La Russie a soutenu l’action française au Mali et nous lui en sommes reconnaissants. Sur le dossier du nucléaire iranien, Paris et Moscou ont partagé la même ligne et cela a permis d’aboutir à un succès historique. Sur le dossier ukrainien, nous avons des divergences mais François Hollande a toujours voulu maintenir un contact avec la Russie, refusant d’écouter ceux qui lui demandaient de ne pas inviter Vladimir Poutine aux commémorations du 70e anniversaire du débarquement, s’arrêtant spécialement au retour d’un voyage au Kazakhstan pour voir le président russe en décembre 2014. C’est parce que nous avons bien travaillé ensemble que nous avons pu signer les accords de Minsk en février 2015. Sur le dossier syrien nous devons travailler ensemble car nous avons intérêt à un accord. Nous sommes en phase pour dire que Daech doit être vaincu. Paris veut le départ de Bachar, Moscou le soutient. À terme nous pouvons être d’accord sur la solution consistant à établir un gouvernement de transition regroupant des éléments du régime sans Bachar, et l’opposition sans Daech.

LCDR : Russie, Iran, États-Unis… dans quelle mesure ce projet de coalition internationale est-il réalisable ? Et quelles sont les difficultés qui se dressent devant la France ?

P.B. : Une grande coalition internationale est nécessaire pour vaincre Daech. Celle-ci doit englober non seulement la Russie, l’Iran, les États-Unis et la France, mais également la Turquie, les pays du Golfe et d’autres pays européens. Le problème est que si chacun est d’accord pour dire qu’il faut vaincre Daech, nous ne sommes pas encore d’accord sur les moyens d’y parvenir. Une intervention terrestre sera indispensable et ne peut, pour des raisons d’efficacité, être menée par les Occidentaux, la Russie ou l’Iran car ce serait un argument pour l’État islamique pour dénoncer une croisade ou un complot chiite. Il faut donc une intervention au sol qui ne peut être le fait que des pays sunnites : pays du Golfe, Égypte, Turquie, mais nous sommes encore loin d’un accord sur ce point.

LCDR : En quoi consisterait une coopération militaire franco-russe ? Qu’apporterait chacun des pays dans ce projet ?

P.B. : Dans la mesure où nous avons comme objectif commun de vaincre Daech, nous pouvons nous coordonner sur les frappes qui visent l’État islamique pour une meilleure efficacité. La France va également demander à la Russie de ne pas frapper les autres organisations anti-gouvernementales pour concentrer ses frappes contre l’État islamique.

Le porte-avions Charles de Gaulle. Crédits : Marine nationale française
Le porte-avions Charles de Gaulle, arrivé en Syrie, est opérationnel depuis lundi 23 novembre. Il permettra de tripler la puissance de frappe française en Syrie, selon Paris. Crédits : Marine nationale française

LCDR : Que risque la France si elle entre dans une coalition avec la Russie en Syrie ?

P.B. : La France ne risque rien à entrer dans une coalition avec la Russie en Syrie. Nous avons, comme je l’ai dit auparavant, des sujets de désaccord mais également des objectifs communs. Il n’y a qu’un effort global multilatéral, incluant le plus grand nombre d’États possibles, qui permettra une victoire sur Daech. La coalition entre la France et la Russie est dans notre intérêt commun.

LCDR : La Russie soutient Bachar el-Assad. La France pourra-t-elle mener une action militaire commune avec la Russie en Syrie sans pour autant coopérer avec son président ?

P.B. : Il est impossible pour la France de soutenir Bachar, tout simplement parce que nous pensons que l’État islamique est l’enfant à la fois de la guerre d’Irak en 2003, à laquelle Moscou et Paris s’étaient opposées ensemble, et de la répression du régime de Bachar. Il y avait au départ une révolution pacifique en Syrie que Bachar a réprimée dans le sang et qui a poussé une partie des sunnites syriens dans les bras de l’État islamique. Tant que Bachar el-Assad sera au pouvoir, l’État islamique recrutera. La position de la France n’est pas une position morale vis-à-vis des crimes de Bachar, c’est une position de realpolitik. Il est le sergent recruteur de l’État islamique. La victoire contre l’État islamique passe par le départ de Bachar el-Assad.

LCDR : Vu que la France semble prête à former une coalition militaire avec la Russie, devrait-elle en même temps maintenir ses sanctions vis-à-vis de Moscou ou les suspendre ? La France pourrait-elle solliciter la levée des sanctions contre la Russie ?

P.B. : Si les accords de Minsk sont respectés, il faudra lever les sanctions contre la Russie. Le problème est que ces sanctions ont été décidées au niveau européen et qu’il faut que la France convainque également ses partenaires. Il y a une divergence d’attitude au niveau de l’Union européenne entre des pays comme l’Allemagne et la France, qui sont favorables à un assouplissement de la position vis-à-vis de la Russie, et des pays comme les États baltes et la Pologne, qui ont une position beaucoup plus dure. L’OTAN comme institution pousse également à une ligne de plus grande confrontation avec la Russie.

LCDR : Au Donbass, dans les régions rebelles, les tirs entre les insurgés et les forces de Kiev s’intensifient en ce moment. Les accords de Minsk sont en danger. Le rapprochement entre la Russie et l’Union européenne, que l’on observe sur le dossier syrien, permettra-t-il de résoudre l’équation ukrainienne ?

P.B. : Il est indispensable que les accords de Minsk soient respectés pour sortir de cette impasse nuisible à tous. Si les séparatistes du Donbass doivent respecter le cessez-le-feu, il est également nécessaire que les autorités de Kiev adoptent une attitude de plus grande ouverture. Or, les dirigeants ukrainiens sont divisés entre ceux favorables à une solution pacifique et ce qui entretiennent l’illusion dangereuse d’une solution militaire.

Pascal BonifacePascal Boniface est directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), enseignant à l’Institut d’études européennes de l’université de Paris 8 et membre du conseil scientifique de l’Observatoire franco-russe. Il dirige également La revue internationale et stratégique (parution trimestrielle depuis 1991) et L’Année stratégique (parution annuelle depuis 1985). Il a écrit ou dirigé la publication d’une cinquantaine d’ouvrages ayant pour thème les relations internationales, les questions nucléaires et de désarmement, les rapports de force entre les puissances, la politique étrangère française, l’impact du sport dans les relations internationales, le conflit au Proche-Orient et ses répercussions en France.

7 commentaires

  1. Nous avons absolument besoin de notre alliée. La RUSSIE,qui fait partie intégralement de l’europe. Nous avons les mêmes objectifs……..et les même ennemis. Que cette alliance actuelle perdure, pour le bien de tous – Mes respects au président poutine….et bon courage.

  2. On ne peut pas laisser dire n’importe quoi.
    -IL EST FAUX de dire qu’il y avait au départ une révolution pacifique en Syrie que Bachar a réprimé dans le sang.Au départ il y a une déstabilisation étrangère en Syrie.
    J’en veux pour preuve que le patron des communistes syriens (dont je connais la famille) qui défilait dans une manifestation pacifiste avant la guerre,avait constaté avec ses collègues que des islamistes quataris et saoudiens armés étaient dans leur manifestation.Les manifestants syriens leur ont alors demandé de quitter la manifestation et comme les étrangers refusaient,les manifestants syriens ont fini par se battre contre eux.
    -Il est aussi faux de laisser penser qu’Assad est LE responsable de la montée en puissance de Daech.Daech résulte directement de la guerre meurtrière SCANDALEUSE de BUSH JUNIOК qui a laissé sans emploi de nombreux cadres rescapés de l’armée Irakienne et des services irakiens ,lesquels ont fait l’ossature de Daech en s’associant avec des islamistes radicaux.
    -J’ajoute que l’Iran reproche à Washington d’avoir livré et déchargé des avions cargos sur un aéroport totalement sous la coupe de Daech.
    -Par conséquent s’il ne faut plus parler à ceux qui ont développé Daech ,c’est avec Washington qu’il faudrait couper les ponts,et avec beaucoup d’autres pays impliqués dans le financement de l’EI.
    -On ne peut que regretter ce niveau de désinformation.Mais ici on est en Russie et le Courrier de Russie n’a heureusement pas le filtre politique des médias de notre cher pays !
    Pascal Rendu Présidentielle 2017

  3. Comme d’habitude les voix autorisées en France récitent leur catéchisme otanesque. La Turquie soutient les islamistes contre le pouvoir légitime syrien et contre les kurdes. Comment pourrait-elle faire partie d’une coalition anti-islamiste ? C’est soit de l’ignorance, soit de l’enfumage. D’une façon comme de l’autre, pauvre France!
    il est faux également de prétendre que Bachar el Assad a demandé à la police de réprimer une manifestation pacifique au départ. Ces manifestations étaient islamistes et armées. C’était la première manifestation islamiste en Syrie.

    Le reste à l’avenant. Cette propagande nous fait honte.

  4. Est ce que le Président Hollande avait besoin de faire tout ce ballet diplomatique ?, n´était-il pas á New-York le 29 septembre 2015 lorsque le Président Poutine a lancé á la tribune des Nations-Unies un appel á la  » Communauté Internationale » de faire une coalition contre les terroristes ? l´appel du Président Poutine n´a suscité que mépris et moqueries.
    Malgré cela il est parti seul en campagne contre les terroristes et aujourd´hui, des villes sont libérées et les Syriens qui y habitaient rentrent chez eux.
    Si le Président Hollande avait répondu á l´appel du Président Poutine ce 29 septembre 2015, le travail serait déja terminé et il ne resterait plus aucun terroriste dans cette région.
    Souhaitons seulement que cette fois-ci la  » Communauté Internationale  » comprenne enfin l´importance de faire une coalition contre ces terroristes et les éradique une fois pour toute.
    Cependant cette  » Communauté internationale » doit jouer au moins pour une fois franc jeu, et non vouloir poignader le Président Poutine par derrière, voici deux proverbes Russes que je les demande toutefois de méditer s´il avait de telles vélleités  » La Russie ne s´énerve jamais lorsqu´elle est attaquée, elle se concentre et médite ». Les Russes tardent á se mettre en selle, mais après, ils chevauchent très vite ». Et aussi cette citation qu´on prête au Chancelier de fer Allemand Bischmark qui n´était pas n´importe qui, il disait ceci  » Il ne faut jamais prendre les Russes pour des imbéciles ».

  5. Bonjour,
    Je suis intrigué par le fait que plus personne ne parle de ces navires commandés à la France par la Russie, et dont le contrat de vente a été annulé par la France dans les conditions que l’on sait. Dans cette optique, j’aimerais savoir , dans l’hypothèse où cette annulation n’aurait pas eu lieu, si ces navires n’auraient pas été bien utiles à la Russie dans le cadre du combat qu’elle mène avec la France et d’autres pays contre Daesh. A mon avis en effet, la Russie n’aurait pas eu l’imprudence de se servir de ces bateaux dans le conflit ukrainien, elle aurait été montrée du doigt et critiquée par presque toute la planète.

  6. il nous faut une entente cordiale avec nos amis russes, le président POUTINE et un homme de parole et tout les russes sont fiers de lui!!!!!!!

  7. je souhaite que le président hollande fasse la coalition avec le président POUTINE, hollande a fait de grosses errreurs avec la Russie, il doit faire ces excuses au
    président POUTINE!!!!!! qui a mis les montres a l’heure a l’O N U. nous avons eu le meilleur président !!!!! le général DEGAULE qui avec la RUSSIE a entretenue une vraie entente durant la 2emes guerre mondiale!!!!!!

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