François Hollande à Moscou : la coalition de l’impossible

Le président François Hollande se rendra la semaine prochaine aux États-Unis et en Russie, dans l’intention de créer une large coalition internationale de lutte contre l’État islamique. Maxime Ioussine, journaliste du quotidien russe Kommersant, énumère les difficultés qui attendent le dirigeant français.

Francois Hollande au congres à Versailles le 16novembre 2015. Crédits : parti-socialiste.fr
Francois Hollande au Congrès à Versailles lundi 16 novembre. Crédits : parti-socialiste.fr

Le premier problème auquel sera confronté François Hollande, en tentant de créer une coalition de résistance à l’État islamique, est lié au fait que, pour la majorité des forces impliquées dans le conflit syrien, l’EI n’est, de loin, pas le principal ennemi. Et ces forces n’ont absolument pas l’intention de mobiliser le maximum d’efforts et de ressources possibles pour le combattre.

Pour les monarchies du Golfe persique, l’Arabie saoudite en tête, l’Iran chiite et le régime de Bachar el-Assad qui en dépend sont des adversaires autrement sérieux. Pour Riyad, l’Etat islamique, ce sont certes des radicaux et des terroristes, mais ce sont « les leurs », des sunnites. Et si l’on met de coté certains traits extrêmes, les fondateurs de l’EI soutiennent la même idéologie que Riyad, où le wahhabisme (ou salafisme) est la religion officielle.

Pour l’Iran, l’EI ne devient le principal adversaire que lorsqu’il menace directement ses alliés dans la région : le gouvernement chiite à Bagdad ou Bachar el-Assad à Damas. Mais tant que les guerres de djihad se déroulent au sein des régions irakiennes et syriennes peuplées de sunnites, elles ne dérangent pas tant que ça Téhéran.

Damas, de son côté, combat bien plus durement les autres groupuscules de l’opposition (souvent non moins radicaux que l’EI). Les forces d’Assad ne rencontrent pas si souvent l’État islamique lui-même sur les champs de bataille.

La Turquie n’a jusqu’à présent porté que des frappes aériennes symboliques, qui n’ont pas causé de sérieuses pertes à l’EI. La campagne qu’Ankara mène contre les Kurdes est autrement intensive et acharnée. De son côté, l’EI a utilisé jusqu’au dernier moment avec succès l’ « itinéraire turc » pour sa contrebande de produits pétroliers et le transit de ses combattants.

Pour les Kurdes (autant irakiens que syriens), la guerre contre l’EI est plutôt défensive, forcée. Au cours des deux dernières années, ils se sont défendus contre les djihadistes dans les lieux où ils résident en masse ; mais on imagine mal les Kurdes irakiens, par exemple, déployer une attaque pour libérer de l’État islamique la ville de Mossoul, peuplée de deux millions d’Arabes sunnites. Il s’agit, pour les Kurdes, d’un territoire étranger et d’une guerre étrangère. De plus, la liquidation de l’EI dans les régions sunnites d’Irak renforcerait le régime de Bagdad, ce qui n’est pas dans l’intérêt des autorités du Kurdistan irakien, qui aspire à une autonomie maximale.

Pour les chiites, qui constituent la majorité de la population de l’Irak, le plus important était de protéger Bagdad de l’EI. Cette tâche, malgré la série d’échecs humiliants de l’été dernier, a finalement été menée à bien. Mais les détachements de la milice chiite et de l’armée irakienne combattent bien moins volontiers pour la libération des villes sunnites d’Irak : Falloujah, Ramadi et Mossoul. Au cours de l’année et demie écoulée, on ne recense à leur actif qu’une victoire manifeste : la prise de la ville natale de Saddam Hussein, Tikrit, en mars 2015.

Appeler Israël à participer à des combats dans un de ces pays arabes serait presque contre-productif, malgré toute sa puissance militaire. Le degré de haine de la population à l’égard des « sionistes » est si élevé qu’il priverait du soutien populaire toute coalition incluant l’État juif. Un État juif qui, de son coté, ne brûle pas d’envie d’intervenir dans le conflit syro-irakien.

Les États-Unis, enfin, depuis le début de la présidence de Barack Obama, s’efforcent de réduire au maximum leur implication dans des combats militaires à l’étranger. Le contingent américain a été totalement évacué d’Irak (il ne reste sur place que des conseillers) et radicalement réduit en Afghanistan. Washington fait le choix des frappes aériennes et du soutien aux formations locales, qui donnent l’assaut aux villes et reconquièrent le territoire elles-mêmes. Et en Irak, cette tactique a porté peu de fruits au cours de l’année et demie écoulée – les succès des forces gouvernementales dans la lutte contre l’EI sont plus que modestes.

Ainsi François Hollande se retrouve-t-il face à un défi véritablement titanesque : briser les schémas habituels en forçant les pays de la région et les puissances mondiales à se mobiliser précisément contre l’EI, et non contre ceux qu’ils considéraient, jusqu’aux attentats de Paris, comme leurs principaux opposants.

Nous espérons que le président François Hollande saura s’acquitter de cette tâche, et que Moscou sera pour lui un allié fiable dans la défense de cette juste cause.

7 commentaires

  1. Le France ne servira à rien dans cette guerre au point de vue efficacité.
    Par contre Moscou peut utiliser la France comme rempart contre les fous de Washington et Ryiad qui sont prêts à livrer des missiles Sol-Air, la présence de la France va peut-être éviter cette escalade, et Moscou peut s’en servir. Mais c’est bien le seul point positif que je puisse imaginer.

  2. Le titre de l´article est amusant et dit tout…
    A la tribune des Nations-Unies en septembre 2015, le monde entier a été témoin de l´appel du Président poutine á l´Occident de former une coalition pour lutter contre l´état islamique, son appel n´a récu que mépris.
    Cela n´a pas empêché le Président Poutine de donner l´ordre d´y aller, et grâce á son Armée d´obtenir de bons résultats sur le terrain.
    Aujourd´hui, grâce á cet engagement de l´armée Russe, des villes occupées par des islamistes sont libérées.
    Malgré le bon travail que fait l´armée Russe, le Président Poutine a été accusé de faire bombarder les modérés et pas les islamistes, alors il demande á la  » Communauté Internationale de lui dire oú il doit bombarder, aucune réponse jusqu´á aujourd´hui ne lui est pas encore parvenue.

    Si l´Occident avait accepté en septembre 2015 l´offre du Président Poutine, des drames comme celui de Paris ne se serait pas passé, espérons et souhaitons que cette fois sera la bonne, á savoir la formation d´une coalition pour l´éradication totale des islamistes avant qu´ils ne rentrent en Occident commetre des attentats.

  3. maintenant hollande n’a pas le choix la situation et grave!!!! et faire une alliance avec le président POUTINE et plus qu’honorable, ne jamais sous estimé la RUSSIE
    c’est un grand peuple!!!

  4. une guerre efficace en 2015 doit se faire de l’intérieur, c’est à dire en agissant sur ce qui permet à l’EI de subsister.
    On nous relate des frappes aériennes alors que cela ne fait qu’égratiner la superstructure extrémiste?
    Notre économie est basée sur des visions à court terme car tout le monde veut gagner beaucoup et vite.
    si la force armée serait la réponse, la bombe H ferait le nettoyage!
    tous sont dans une zone bien définie et désertée par tous ceux qui ne partagent pas l’avis des dirigeants…..des millions de réfugiés dans nos contrées en sont la preuve.
    une coalition qui utilise la diplomatie au sens large en front commun peut seule venir à bout des extrémistes mais, je doute que tous y aient un intérêt économique à ce que cette structure soit anéantie.
    l’argent n’a pas d’odeur! une fois en poché, son origine importe peu
    le nerfs de la guerre c’est l’argent et pour gagner la guerre il faut toucher à cette denrée son adversaire.
    Hollande ne fait que plaider une cause vaine sous l’impact de l’opinion publique qui demande une réaction forte.
    Dire que l’Europe a mis son embargo sur la russie pour avoir annexé la Crimée et que cette même Europe est dans immobilie face à l’EI?
    de nombreuses incohérences…encore une, la NSA sait précisément combien de fois n’importe quel homme influent à dit oui sur sa journée…ce qui crée des incidents diplomatiques incroyables alors que cette même organisation détient autant d’infos sur l’EI sans les utiliser car le moment $ n’est pas encore venu!
    la vérité dépasse la fiction et la fiction c’est ce qu’on nous relate dans les médias
    au regard de ceux qui gagnent de l’argent la vie de ceux qui n’en gagnent pas importe peu quand il s’agit de se priver de cet argent pour la préserver.
    c’est l’égoisme mêlé à la cupidité de l’humanité qui laisse le mal se renforcer et se propager tant que le portefeuille n’est pas touché.
    nous sommes des acteurs économiques manipulés par des scénaristes qui nous maintiennent dans des rôles qui préserve leurs intérêts.
    le moyen orient est convoité depuis près d’un siècle par l’occident pour ses ressources en or noir.
    qui dit coalition contre l’EI dit coalition pour perturber près d’un siècle de manoeuvres pour tirer le maximum de profit de cette région.
    la solution est partout sauf l’EI. supprimer l’EI n’est pas difficile , c’est gérer l’instabilité que cela va engendrer tout autour qui pose un réel problème.
    alors que le bonheur des Hommes est la principale valeur de la vie de tout un chacun , seul un petit pays au monde en fait une étude statistique qui a une valeur économique et sociale. tous les autres pays ont pour principal objectif l’enrichissement financier.
    si la valeur principal sur terre serait de veiller au bonheur de son voisin , les règles économiques seraient bien différentes et la propension à la guerre bien moindre.
    l’EI est une organisation qui sous couvert d’une idéologie permet à une classe dirigeante de s’enrichir financièrement. Ce qui change c’est le niveau culturel qui étant fort bas fait place au barbarisme.
    nous nous révoltons car la barbarie est cruelle et morbide.
    nous ne nous révoltons pas de vivre dans une société où le profit est une valeur au dessus des autres qui régule notre vie sociale et notre bonheur de consommer.
    seul le partage des richesses pourra nous préserver de conflits meurtriers. mais pour cela il nous faut revoir tout une philosophie de vie qui tourne autour d’un usage immoral de l’argent.
    au lieu de persister à croire que pour qu’il y ait des riches il faut qu’il y ait des pauvres nous devrions parvenir à une société ou les pauvres ont autant de droits au bonheur que les riches. Le culte du bonheur est celui qui doit faire la force d’une nation et non le culte du profit.

  5. Mais cela fait longtemps que la concertation aurait dû être faite …. Tout est bloqué avec les conséquences dramatiques de vendredi 13 à cause de postures qui évoquent une équipe de pieds nickelés plutôt que celle d’une structure adulte et responsable …
    « ON » continue ou bien « ON » commence à faire fonctionner le neurone énarque ????

  6. il ya suffisament de malheurs,de crises,de maladie degats naturel que de rajouter une guerre ou personne ne sera gagnant, ou les futures generations ne nous pardonnerons jamais.(une guerre pour quel benefice????

  7. Des combats sont livrés quotidiennement dans la banlieue de Damas contre les groupes modérés de l’opposition. Comment voulez-vous que les russes et Bachar s’attaquent en premier lieu à DAESH alors que ce sont les autres groupes armés qui sont dans Damas et sa région, et donc représentent le danger immédiat? Pourquoi voudrait-on combattre un ennemi qui se trouve à plus de 300 kilomètres de ses lignes alors qu’il y’en a qui vous attendent à la sortie de votre maison?

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