Hollande à Moscou : l’essai sera-t-il transformé ?

Jeudi 26 novembre, François Hollande a marqué un bon point en obtenant le soutien de Vladimir Poutine pour la création d’une large coalition contre Daech. Mais saura-t-il en tirer profit ? Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe, donne des éléments de réponse.

François Hollande et Vladimir Poutine à Moscou, le 26 novembre. Crédits : kremlin.ru
François Hollande et Vladimir Poutine à Moscou, le 26 novembre. Crédits : kremlin.ru

Annoncée le 16 novembre par François Hollande lors de son discours devant le Congrès, la visite du président français à Moscou a suscité espoir, inquiétude et scepticisme. Espoir chez les partisans d’une normalisation de la relation franco-russe, soumise à rude épreuve depuis le début de la crise ukrainienne. Inquiétude chez les occidentalistes, sur la défensive depuis le début de l’intervention russe en Syrie et qui sentent par ailleurs le terrain se dérober sur le dossier ukrainien. Scepticisme chez la plupart des éditorialistes, focalisés sur la constitution d’une coalition unique en Syrie – objectif qui paraissait d’emblée peu réaliste et devenu inconcevable après que la chasse turque a abattu un avion de combat russe mardi 24 novembre.

Au final, que retenir des échanges Poutine-Hollande – ou, tout du moins, de ce qui en a été rendu public ?

A l’issue de sa visite en Russie, le président français a déclaré : « Nous nous sommes accordés, le président Poutine et moi-même, sur trois points essentiels. Premièrement, nous allons augmenter les échanges d’informations et de renseignements de toute nature, notamment entre nos forces. Deuxièmement, les frappes contre Daech seront intensifiées et feront l’objet d’une coordination pour augmenter leur efficacité, notamment sur le transport du pétrole. Troisièmement, et le président Poutine vient d’insister aussi là-dessus, les forces luttant contre le terrorisme ne doivent pas être visées par nos actions. »

Il s’agit d’un point de compromis important entre Paris et Moscou. Côté français, il vaut reconnaissance de l’existence en Syrie d’autres groupes terroristes que Daech. Cela représente une concession importante de la part de la France, qui a déjà cessé de faire du départ de Bachar el-Assad un préalable. Mais il est aussi évident que la Russie a fait un pas vers la France en envisageant de ne pas bombarder l’opposition « saine ». Si la France et la Russie se persuadent que cette entente est respectée (ce qui ne sera pas aisé compte tenu des grilles de lecture initiales très éloignées), cela ouvrira la voie à un rapprochement fondamental. On verra, dans les semaines qui viennent, si les paroles se transforment en actes.

En attendant, une nouvelle dynamique semble bel et bien à l’œuvre dans la relation bilatérale. Alors que François Hollande volait pour Moscou, le Premier ministre Manuel Valls, depuis la tribune de l’Assemblée nationale, déclarait souhaiter que les sanctions contre la Russie « puissent être levées ». Certes, le chef du gouvernement français a immédiatement précisé qu’« elle doit remplir sa part du contrat (…) qu’elle a signé dans le cadre des accords de Minsk ». Sur le fond, donc, rien de nouveau. Reste que le ton a indiscutablement changé.

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