Syrie : Les USA tendent la main à la Russie, les Ukrainiens la coupent

Après une semaine de frappes quotidiennes sur le sol syrien, les Russes ont accepté, mercredi 7 octobre, de travailler avec les Américains sur un accord visant à coordonner les vols de leurs avions respectifs en Syrie.

Andrei Kartapolov, chef des opérations russe, montrant les résultats de l'usage de missiles de croisière russes en Syrie. Crédits : ministère de la défense
Andrei Kartapolov, chef des opérations russe, montrant les résultats de l’usage de missiles de croisière russes en Syrie. Crédits : ministère de la défense

Des experts russes et américains doivent discuter, ce mercredi, afin de prémunir les deux pays de tout incident de leur aviation dans le ciel syrien, a indiqué le ministère de la défense russe, le 7 octobre. Selon le porte-parole du ministère, le général Igor Konachenkov, « les propositions américaines pourraient être acceptées, il reste seulement à préciser des détails techniques sur lesquels vont se pencher les représentants des départements russes et américains  ».

La veille, le Pentagone avait exhorté Moscou de répondre à sa demande de mise en place de règles d’engagement mutuel de respect de l’espace aérien syrien à la suite de l’entrée illégale de deux appareils russes dans le ciel turc, les 3 et 4 octobre.

« Moscou perd un ami »

La météo n’est effectivement pas au beau-fixe entre la Russie et la Turquie comme le titrait, mercredi matin, le quotidien russe Kommersant. En visite à Bruxelles, le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde son partenaire russe, affirmant que « Moscou pourrait perdre un ami » si son armée de l’air ne respectait pas l’espace aérien turc.

Le président est allé jusqu’à menacer la Russie considérant ces intrusions comme ni plus ni mois qu’« une attaque contre son pays ». « Menacer la Turquie équivaut à une attaque contre l’ensemble de l’OTAN », a rappelé le leader turc.

L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord a elle aussi durci le ton et met en doute la parole russe. Pour elle, les incidents avec les avions russes n’ont rien « d’accidentels », comme l’avait affirmé Moscou ces derniers jours. « Les informations que nous avons reçues me donnent des raisons d’affirmer que cela ne ressemble pas à un accident, a affirmé Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’OTAN, lors d’une conférence de presse au siège bruxellois de l’Alliance. Il y a eu deux violations pendant le week-end, ce qui ne fait qu’ajouter au fait que cela n’ait pas l’air d’être un accident. »

Pour les autorités russes, la réaction de l’OTAN intervient dans le cadre de la « guerre de l’information de l’Occident contre la Russie » et l’incident en Turquie est utilisé afin de « permettre à l’OTAN d’entrer dans cette guerre », a répondu à ces critiques l’ambassadeur de Russie à l’OTAN, Alexandre Grouchko.

Afin d’apaiser ces tensions, le chef adjoint à la défense russe, Anatol Antonov, a néanmoins invité mercredi ses homologues turcs à Moscou « pour discuter de ces malentendus ».

La présence de l’aviation russe en Turquie sera de nouveau débattue lors de l’ouverture, le 8 octobre, à Bruxelles, de la réunion du ministère de la défense de l’OTAN.

Frappes russes

Parallèlement, la Russie a mené ses premières frappes mercredi à partir de sa flotte déployée dans la mer Caspienne. « La marine a effectué 26 tirs de missiles de croisière Calibre à une distance de 1500 km pour atteindre 11 cibles sur le sol syrien. Cette opération n’a fait aucune victime parmi la population civile », a indiqué le ministère de la défense.

Mardi, l’aviation russe avait déjà exécuté 20 sorties et bombardé douze cibles de l’EI, éliminant deux centres de commandement autour de la ville de Deir ez-Zor et un terrain d’entraînement terroriste à Idleb, selon le ministère. Près de Lattaquié, où sont stationnées les troupes russes, des bombardiers ont complètement détruit des bases terroristes et des entrepôts.

Des survols ont également permis de détecter une base près de Kafar Aouid et d’en informer l’armée syrienne, a indiqué Igor Konachenkov.

Mosquées et zones habitées

Moscou n’exclut par ailleurs pas que les terroristes de Daech puissent détruire des mosquées pour ensuite accuser l’aviation russe de frapper des ouvrages civils en Syrie.

« Les terroristes peuvent prévoir de préparer des provocations — des destructions de mosquées, par exemple — pour ensuite montrer des photos et des vidéos fabriquées de toutes pièces et accuser les pilotes russes opérant en Syrie », a indiqué M. Konachenkov, commentant l’allégation d’une source militaire anonyme en Syrie selon laquelle les pilotes russes avaient frappé le site historique de Palmyre.

Source : Figaro
Source : Figaro

Mazepa 2

L’EI n’est cependant pas le seul à mettre de l’huile sur le feu. Mardi, le conseiller du ministre ukrainien de l’intérieur, Anton Guerachtchenko, a appelé à divulguer des informations personnelles concernant les militaires russes combattant en Syrie « pour faciliter la tâche des djihadistes de l’État islamique ».

Furieux, le ministère russe de la défense a proposé de décerner « l’ordre de Judas » à l’officiel ukrainien. « Nous savons depuis longtemps que M.Guerachtchenko est lié aux énergumènes du mouvement d’extrême-droite Pravy Sektor, mais sa décision d’intervenir en tant que Mazepa 2 au profit de l’État islamique a surpris bien des personnes en Ukraine et en Europe, mais aussi au Proche-Orient », a déclaré le général Igor Konachenkov devant les journalistes à Moscou, mercredi.

Ivan Mazepa (1639-1709) est l’un des plus célèbres atamans des Cosaques de l’Ukraine. Après avoir essayé de trahir Pierre Ier de Russie, ce dernier lui décerna l’ordre de Judas, créé spécifiquement pour Ivan Mazepa. Un seul exemplaire fut décerné.

La Russie a mené ses premiers raids aériens en Syrie mercredi 30 septembre, quelques heures après avoir reçu le feu vert unanime du Conseil de la Fédération. D’après le président de la Commission des affaires étrangères de la Douma, Alexeï Pouchkov, la campagne de frappes aériennes russes en Syrie devrait durer de trois à quatre mois.

La guerre civile syrienne est un conflit armé qui fait rage depuis mars 2011. Au départ, il opposait le gouvernement aux rebelles, qui exigeaient le départ de l’actuel président, Bachar el-Assad. Depuis 2014, plusieurs autres factions ont rejoint les combats pour le contrôle du territoire, dont l’État islamique, qui contrôle tout l’Est du pays, le Jabhat al-Nosra et d’autres groupuscules de plus petite taille. Le Nord du pays est contrôlé par le Parti de l’Union démocratique kurde, qui se bat également contre l’EI.

Le régime syrien bénéficie des renforts du Hezbollah, de groupes armés irréguliers et de brigades chiites irakiennes et étrangères, ainsi que du soutien de l’Iran et de la Russie. Téhéran a déjà envoyé de nombreux conseillers militaires à Damas et promis de soutenir le gouvernement syrien jusqu’au bout.

Toutes formations militaires confondues, Bachar el-Assad disposerait d’environ 140 000 soldats, estime l’expert militaire russe Vladimir Evseev, cité par RBK.

3 commentaires

  1. « « La marine a effectué 26 tirs de missiles de croisière Calibre à une distance de 1500 km pour atteindre 11 cibles sur le sol syrien. Cette opération n’a fait aucune victime parmi la population civile », a indiqué le ministère de la défense. »

    On est en 2015, qui croit encore aux frappes aériennes qui épargnent comme par magie les civils? Mais admettons qu’il n’y ait eu que des victimes militaires. Quels militaires? Et comment différencie t’on un civil d’un militaire parmi les rebelles? Rebelles contre qui?

  2. Comment un tel personnage est en mesure de divulguer ce genre d’information ? info ou intox ? Et Stoltenberg, il est très tourmenté ce pauvre garçon, lui qui parle de violation alors qu’il est la tête pensante des plus grands violeurs de la planète. Faut dire que l’on doit pas rigoler tous les jours avec se taliban du poireau cru en salade, et du haricot vert sauce à l’eau. Aujourd’hui l’occident est aux mains des protestants réformistes, et croyez moi, c’est pas des drôles; Une véritable machine silencieuse à broyer les fortes personnalités.

    Maintenant la Russie doit aller ou bout de ses opérations en Syrie, et surtout ne pas répondre aux provocations de l’OTAN. Enfin je trouve très surprenant que le pays inventeur des OGM, se fasse le soutien aux vermines !

  3. Les drones Americains ils n’en n’ont pas fait des victimes ?????? Que croient les europeens que les Russes allaient envoyer les Cosaques à cheval ?????????

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