Intervention en Syrie : quels risques pour la Russie ?

La participation de la Russie à la lutte contre l’État islamique est, d’une part, « dangereuse et risquée » du fait de l’enlisement éventuel du pays dans le conflit ; d’autre part, elle répond aux intérêts de sa sécurité nationale. Voilà la conclusion à laquelle sont arrivés les experts invités, mercredi 30 septembre, par l’Institut d’études socio-économiques et politiques (ISEPI) à un débat sur l’intervention russe en Syrie.

Vladimir Poutine et Sergueï Choïgou lors d'exercices militaires en Russie. Crédits : service de presse du kremlin
Vladimir Poutine et Sergueï Choïgou lors d’exercices militaires en Russie. Crédits : service de presse du kremlin

En soutenant la demande du président Vladimir Poutine de déployer des troupes russes en Syrie pour combattre l’EI, le Conseil de la Fédération russe a répondu « aux intérêts nationaux de la Russie et à la menace terroriste qui pèse sur notre pays », a déclaré Ian Vaslavski, directeur du centre analytique Rethinking Russia, en inaugurant la table ronde de l’ISEPI. Les opérations militaires conjointes de Moscou et Damas devront empêcher l’apparition en Russie de ceux « qui se battent actuellement sur le territoire de l’EI ». C’est précisément pour cette raison, affirme M. Vaslavski, qu’« il ne s’agit pas pour la Russie de satisfaire certaines ambitions géopolitiques, mais d’agir en fonction de ses intérêts nationaux et d’objectifs communs dans le cadre du maintien de la paix mondiale et de la sécurité. »

Néanmoins, cette décision conduira à « la déstabilisation du Proche-Orient pour plusieurs décennies », souligne Sergueï Karaganov, doyen de la faculté d’économie et de politique mondiales de l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou. L’expert recommande à la Russie de « se rappeler l’expérience de l’Afghanistan » et de « ne pas s’enfoncer trop profondément » dans la guerre (l’intervention soviétique en Afghanistan a duré dix ans, de 1979 à 1989).

Alexeï Zoudine, membre du conseil des experts de l’ISEPI, suggère pour sa part de « s’abstenir de dresser des parallèles entre l’intervention russe en Syrie et celle en Afghanistan dans la mesure où elles n’ont rien en commun, si ce n’est de se dérouler au Proche-Orient. » « Nous avons affaire à la phobie d’une guerre perdue ainsi qu’à l’utilisation consciente de cette phobie pour porter atteinte à l’initiative russe en Syrie, dont l’ampleur et l’importance sont énormes pour nous », explique M. Zoudine.

Sergueï Karaganov souligne malgré tout que « la guerre a sa propre logique : il est difficile d’en sortir ». Voilà pourquoi la Russie « ne devra pas avoir peur de se retirer ».

Cette opinion est partagée par Evgueni Primakov, présentateur de l’émission Mejdounarodnoïe obozrenie (« Tour d’horizon international ») et directeur de l’ONG Mission humanitaire russe. Ce dernier est persuadé que dans le contexte de « la formation d’un monde multipolaire, la Russie ne se réjouit pas du rôle que lui donne sa participation à la guerre en Syrie ». « Notre intervention dans les affaires syriennes, bien qu’elle soit naturelle et réponde à nos intérêts, aux intérêts de notre sécurité nationale, est très dangereuse et risquée – dans le sens où, s’il est facile d’entrer dans ce conflit, le prix pour en sortir sera bien plus élevé », souligne M. Primakov, avant de conclure qu’il aimerait être certain que les conséquences de l’opération russe en Syrie ont été « étudiées avec autant d’attention que le début de notre participation, lequel a sans conteste été éclatant ».

2 commentaires

  1. Il n’y a que Putin qui a les c…pour agir pendant que tous les autres caquètent dans des réunions poudre aux yeux sans aucun résultat, de même que les « frappes » US qui n’ont jamais rien résolu sinon leur départ de pays qu’ils ont laissé dans le chaos.

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