Le sommet de Paris sur l’Ukraine : un espoir pour la paix au Donbass

Le sommet au « format de Normandie » organisé le 2 octobre à Paris pour résoudre le conflit au Donbass donne lieu à une guerre d’interprétation entre Moscou et Kiev, chacune des parties estimant bénéficier le plus des accords obtenus. Sur fond de l’intervention russe en Syrie, la rencontre entre les dirigeants russe, français, allemand et ukrainien montre que le Donbass a cessé d’être la pierre d’achoppement dans les relations entre la Russie et l’Occident. Suite à l’apaisement des tensions à l’est de l’Ukraine, les partenaires européens de la Russie se sont abstenus de lui lancer des accusations et ont accepté de prolonger le délai fixé pour la réalisation des accords de Minsk, qui expire à la fin de l’année. Ces éléments redonnent à Moscou l’espoir d’une atténuation des sanctions. Kiev peut quant à elle se féliciter de l’entente conclue sur l’organisation d’élections dans le Donbass conformes à la législation ukrainienne.

Rencontre informelle au format de Normandie. De gauche à droite : Angela Merkel, Vladimir Poutine, Petro Porochenko et François Hollande. Crédits : kremlin.ru
Rencontre informelle au format de Normandie. De gauche à droite : Angela Merkel, Vladimir Poutine, Petro Porochenko et François Hollande. Crédits : kremlin.ru

Prolongation des accords de Minsk

Le sommet de Paris s’est révélé calme, ce qui est étonnant si l’on tient compte du fait que, ces derniers mois, le dialogue entre Moscou et l’UE sur l’Ukraine a été extrêmement tendu. La chancelière Angela Merkel et le président François Hollande se sont abstenus de leurs habituelles critiques à l’égard de la Russie, tandis que le président Vladimir Poutine a laissé ses collègues occidentaux dresser eux-mêmes le bilan de la rencontre en se rangeant automatiquement à leur avis du fait de son départ rapide de la capitale française.

Un des points marquants du sommet pour Moscou a été la reconnaissance de l’impossibilité de réaliser les accords de Minsk dans les délais précédemment fixés (soit avant la fin de cette année). Il est fort probable que ceux-ci seront prolongés – par exemple jusqu’à la mi-2016 –, permettant ainsi au parlement ukrainien d’adopter une loi sur des élections locales dans les régions de Donetsk et de Lougansk (pour l’heure, le document n’existe qu’en tant que projet, les discussions à son sujet n’ont pas encore démarré). Ensuite, en vertu des accords conclus à Paris, des élections devront être organisées sous 80 jours dans les républiques autoproclamées, conformément à la loi qui sera adoptée par la Rada suprême (parlement ukrainien).

« La Russie est satisfaite des résultats du sommet, a déclaré à Kommersant Alexeï Tchesnakov, politologue proche du Kremlin. Les dirigeants européens ont reconnu la nécessité de prolonger les accords de Minsk jusqu’à l’année prochaine et ont exigé que Kiev remplisse une série de conditions, sur lesquelles insistait Moscou : renforcer le statut particulier du Donbass dans la constitution, introduire des changements dans la tenue des élections locales, et accorder l’amnistie aux insurgés. » « Je ne pense pas que Kiev respecte tous ces points, poursuit le politologue. Petro Porochenko ne cessera d’interpréter les accords de Minsk en sa faveur. L’un de ses objectifs est d’élargir le groupe de Normandie aux États-Unis. Si les Américains n’obtiennent pas de statut formel au sein de cette structure, Petro Porochenko ne réussira ni à faire pression sur les Européens ni à s’opposer à Vladimir Poutine. »

Le jeu de Kiev

Dans ce contexte commence une guerre d’interprétation des accords obtenus à Paris, dans laquelle l’Ukraine prend la part la plus active. « Le sommet est une réussite totale pour l’Ukraine. Petro Porochenko en ressort vainqueur dans la mesure où il a été décidé que les élections dans le Donbass devront respecter la législation ukrainienne et que leur date sera déterminée par un vote à la Rada », explique à Kommersant une source au sein de l’administration présidentielle en Ukraine.

Néanmoins, tous les députés ukrainiens ne se montrent pas aussi optimistes sur le bilan de la rencontre du 2 octobre. « Les prochaines tentatives de faire passer au parlement ukrainien une loi sur les élections dans le Donbass, ce qu’exigent les accords de Paris, pourraient détruire ce qui reste de la majorité parlementaire », avertit un député de la Rada sous couvert de l’anonymat.

« Se pose en outre la question de savoir qui rebâtira les infrastructures et l’industrie détruites du Donbass. Cette tâche a clairement été confiée à Kiev, or cette dernière n’a pas les moyens financiers de la mener à bien, continue le député. Il semblerait que Kiev soit tombée dans le piège des négociateurs. Si les accords sont exécutés et que la Russie obtient un assouplissement des sanctions, l’Ukraine se retrouvera seule avec le Donbass, qui exigera d’elle non seulement de l’attention mais également de l’argent ».

En acceptant de reporter les élections locales à Donetsk et à Lougansk, la Russie supprime sa principale source de tension avec l’Occident – les représentants de l’UE et des États-Unis avaient à plusieurs reprises laissé entendre que l’organisation d’élections isolées et non approuvées par Kiev dans les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk serait considérée comme une violation grave des accords de Minsk et pourrait se solder par un durcissement des sanctions contre la Russie.

Maintenant que la Russie a consenti à des concessions sur ce point, c’est au tour de Kiev de faire un pas en avant. Par exemple en convainquant les députés de la Rada d’adopter les lois extrêmement impopulaires relatives au statut particulier des régions de Donetsk et de Lougansk, à la tenue d’élections sur ces territoires et à l’amnistie des insurgés.

La difficulté réside dans le fait que les partenaires européens de l’Ukraine voient parfaitement clair dans son jeu. « Nous ne nous faisons aucune illusion : l’objectif des Ukrainiens est de faire traîner en longueur la réalisation des accords de Minsk pour que les sanctions contre la Russie soient maintenues. Ils veulent causer le plus de problèmes possible à Moscou – parfois même au détriment du processus de paix dans leur propre pays », explique un diplomate haut placé représentant un des pays européens ayant participé au sommet de Paris.

D’après lui, Berlin et Paris sont conscientes que si la réalisation des accords de Minsk prend autant de temps, c’est en partie à cause de Kiev. « Les Ukrainiens ont freiné le retrait des armes d’un calibre inférieur à 100 mm de la ligne de front », poursuit le diplomate, avant d’ajouter que, ces derniers temps, la France et l’Allemagne ont fait part de façon extrêmement sévère à l’Ukraine de leur perplexité face à certaines de ses décisions. En particulier, les Français et les Allemands ont estimé que l’interdiction pour les compagnies aériennes russes de voler au-dessus de l’Ukraine était « une tentative provocante d’échauffer les esprits et de créer des tensions artificielles quelques jours avant le sommet de Paris ». En outre, d’après la source de Kommersant, ils ont également perçu le discours de Petro Porochenko lors de l’Assemblée générale de l’ONU à New York comme « inutilement agressif ».

Les sanctions nourrissent les espoirs de Kiev

La prolongation des accords de Minsk-2 pose la question de l’avenir des sanctions anti-russes imposées par l’UE. En théorie, ces dernières doivent être appliquées tant que les accords de Minsk n’auront pas été réalisés, ce qui signifie, comme l’espère l’Ukraine, qu’elles devront elles aussi être prolongées après leur expiration en janvier 2016. De toute évidence, Kiev cherchera à les maintenir.

C’est la position qu’exprime l’analyste ukrainien Vitali Portnikov avec une étonnante franchise : « Nous pouvons plancher sur les élections au Donbass, nous mettre d’accord, voter et introduire des changements aussi longtemps et avec autant d’obstination que nous le souhaitons – l’horloge des sanctions continuera de faire tic-tac, comme si elle était reliée à une bombe à retardement. »

Toutefois, la rencontre du 2 octobre a montré que, dans le contexte d’une désescalade du conflit au Donbass, l’Occident pourrait atténuer sa pression sur la Russie. Compte tenu du fait que Kiev soutient déjà trop ouvertement la poursuite des sanctions contre Moscou et que cette dernière, au contraire, adopte depuis quelque temps une approche modérée, il n’est pas exclu que la Russie obtienne en définitive un assouplissement des sanctions.

1 commentaire

  1. Interets ,argent,argent interets le nerf de la guerre …le prix a payer ? 7000 morts …une paille les Russes -les Ukrainiens -les Europeens doivent composer au plus vite ils doivent mais il semble que l’ Ukraine traine la savate et ce n’ est pas normal …l’ Europe diminuer les sanctions et le president Poutine a fait beaucoup de concessions ………….depechez vous en memoire de beaucoup d’ innocents morts pour des Interets et de l’ argent !!!!!!! soyez des etres humains responsables et dignes ………pour le bien de l’ humanite toute entiere .A bon entendeur ………………………………………………………………………………!!!

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