Calogero : « Je voudrais qu’on se souvienne en Russie de mes mélodies »

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Le 2 octobre dernier, le chanteur français Calogero est monté pour la première fois sur une scène russe, à Moscou. Le Courrier de Russie a rencontré l’artiste quelques heures avant le concert.

Calogéro avant son concert à Moscou / Vkontakte
Calogero avant son concert à Moscou / VKontakte

Le Courrier de Russie : Bonjour !

Calogero : Bonjour, vous parlez bien français.

LCDR : C’est en grande partie grâce à vous…

C. : C’est vrai ? Et j’ai beaucoup de fans en Russie ?

LCDR : Il y en a, certainement ! Vous verrez ce soir…

C. : Je l’espère bien. En tout cas, cela me fait très plaisir de venir chanter ici.

LCDR : Pourquoi donc la Russie ?

C. : En France, j’ai souvent rencontré des Russes pendant mes concerts et j’ai même vu plusieurs fois un drapeau russe dans la salle. Cette année, au Zénith de Paris, un Russe est notamment venu me voir et m’a tenu des propos très touchants. Puis, il faut dire que j’aime bien découvrir de nouveaux pays.

LCDR : Pour vous la Russie, c’est…

C. : L’histoire et la musique. J’ai toujours aimé les mélodies populaires russes : les suites harmoniques y sont très belles et remplies d’émotions.

Mais avant tout, la Russie est un pays chargé d’histoire, cela se ressent encore plus quand on vit ici. J’ai vu la place Rouge ce matin, et j’ai beaucoup aimé. C’est comme l’effervescence d’un nouveau monde. Demain, j’irai visiter le tombeau de Lénine… C’est très impressionnant. J’adore les sujets liés à la révolution russe et à la Première Guerre mondiale. En fait, je suis un passionné d’Histoire : les débuts de Lénine, l’assassinat de Trotski… Enfant, je regardais des reportages sur l’Union soviétique : il y avait tellement de statues de Lénine… D’ailleurs, où sont-elles maintenant ?

LCDR : C’est vrai, on n’en trouve plus beaucoup à Moscou, mais c’est différent en régions.

C. : J’adore les statues ! Je m’arrête toujours devant pour voir qui est représenté. Je voudrais aussi visiter le palais où la révolution avait commencé, je crois que ce n’est pas loin de la place Rouge.

LCDR : Non, c’est plutôt à Saint-Pétersbourg qu’il faut aller.

C. : Ah, d’accord… Bref, pour moi la Russie, c’est aussi l’hiver, le froid. J’aime cette saison.

LCDR : En Sibérie, d’où je viens, vous serez le bienvenu alors !

C. : La Sibérie, c’est vrai ? Mais c’est très loin d’ici !

Calogéro pendant son concert à Moscou / Vkontakte
Calogero pendant son concert à Moscou / VKontakte

LCDR : Qu’est-ce qui vous inspire ?

C. : Nos racines, l’Histoire… Ma chanson Le soldat, écrite pour Florent Pagny, est par exemple basée sur une vraie lettre écrite par un soldat français tué au front à son amoureuse.
La vie contemporaine m’inspire également beaucoup, comme les thèmes de la famille en France et l’homosexualité. Je suis pour le droit d’aimer qui on veut. Aucune de mes chansons n’est provocatrice, j’y expose seulement mon point de vue. Je n’écris pas mes textes moi-même mais je choisis toujours le sujet. Je dirais que mes chansons véhiculent un message de tolérance. Je ne suis pas un porte-drapeau !

LCDR : Vous venez d’Echirolles, qui est un des lieux les plus sensibles de France…

C. : Effectivement. En 2012, cette ville a connu un drame : deux enfants ont été tués par leurs congénères, là même où j’ai grandi. Des drames y ont souvent lieu, mais cette tragédie n’était pas liée au banditisme, à la drogue, à l’argent ou à un règlement de compte… Il a suffi d’un regard de travers, et deux jeunes se sont fait lyncher. Ma chanson Un jour au mauvais endroit traite justement de la naissance de cette violence gratuite.

LCDR : Comment pourrions-nous la contrer ?

C. : Je suis optimiste, je pense que tout cela va se régler petit à petit, mais il y aura malheureusement d’autres drames entre-temps. Internet fait des choses magnifiques, mais génère aussi une certaine anarchie puisque les jeunes ont accès à des contenus qu’ils ne doivent pas forcément voir. La violence ne doit pas être visible pour les enfants. En tant que père, cela m’inquiète beaucoup.

LCDR : Qu’est-ce qui vous paraît essentiel – dans la vie et dans la musique ?

C. : Dans la vie, le plus important, c’est d’avoir le choix. Beaucoup de gens ne l’ont pas… Ma musique n’est pas destinée à changer le cours des choses. Un chanteur fait son métier pour divertir. Un peu comme quand vous sentez un parfum familier qui vous rappelle un bon souvenir. Je suis un compositeur-mélodiste, et je suis en Russie pour cela : je sais que les Russes sont sensibles à la mélodie. Je ne suis pas ici pour imposer mes sujets, je voudrais qu’on se souvienne en Russie de mes mélodies.

Calogéro pendant son concert à Moscou / Vkontakte
Calogero à Moscou / VKontakte

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Alors que je m’apprête à partir, Calogero me demande : « Comment dire bonsoir en russe ? ». Quelques heures plus tard, il remerciera le public avec un spasibo parfait, avant de dire, presque sans accent : « Je suis très content d’être avec vous ici ce soir. »

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