La Pologne et la Slovaquie s’opposent au projet Nord Stream-2

Les tentatives de la Russie de livrer son gaz à l’Europe sans devoir passer par l’Ukraine se heurtent à l’opposition farouche de certains pays-membres de l’UE. Ainsi, le nouveau projet Nord Stream-2, un gazoduc devant être construit d’ici 2019 et permettre à la Russie d’assurer la quasi-totalité de ses livraisons gazières en Europe via le fond de la mer Baltique, a été vivement critiqué par la Slovaquie, la Pologne et l’Ukraine.

Le nouveau gazoduc d'alimentation pour l'Europe. Nord Stream. Crédits : sudprom.ru
Actuel Nord Stream. Crédits : sudprom.ru

Le 10 septembre dernier, le Premier ministre slovaque Robert Fico a notamment accusé de « trahison » les sociétés signataires de l’accord sur Nord Stream-2. Rappelons que quelques jours plus tôt, le 4, à l’occasion du Forum économique oriental de Vladivostok, Gazprom avait signé un pacte d’actionnaires sur la construction du gazoduc avec les groupes allemands E.ON et BASF, l’autrichien OMV, l’anglo-néerlandais Royal Dutch Shell et le français Engi (ex-GDF Suez).

Robert Fico a rappelé que les membres de l’UE avaient toujours proclamé la nécessité de conserver l’Ukraine comme zone de transit du gaz russe vers l’UE, « et voilà que naît le Nord Stream-2, qui permet de la contourner », s’est-il étonné. « Ils nous prennent pour des idiots », a-t-il asséné, à propos de ses collègues de l’UE. Le Premier ministre slovaque a assuré que la réalisation du projet Nord Stream-2 risquait « de faire perdre [à son pays] des centaines de millions d’euros de frais de transit par an ».

Le 7 septembre, c’était le président polonais Andrzej Duda qui s’exprimait contre le nouveau projet de gazoduc qui, à l’en croire, « néglige totalement les intérêts polonais » et « fait douter de l’unité de l’UE ».

La même semaine, le Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk s’est rendu en Pologne et en Slovaquie pour discuter de la construction du Nord Stream-2. Et, le 10 septembre, il a déclaré que le gazoduc était « un projet anti-européen et anti-ukrainien » qui « exclura l’Ukraine des livraisons de gaz » et lui fera perdre 2 milliards de dollars par an. « C’est injuste pour nous et pour nos partenaires européens », a-t-il déploré, exprimant l’espoir que la Commission européenne mettrait son veto au projet.

Pour sa part, la Commission européenne a déclaré, dans un communiqué officiel, que « tout gazoduc, qu’il passe par le nord ou le sud des territoires des pays-membres, doit être conforme à la législation de l’UE », avant de rappeler que l’Ukraine devait « continuer d’assurer son rôle de pays de transit du gaz vers l’UE ». Si l’accord de la Commission européenne n’est pas nécessaire pour lancer la construction du Nord Stream-2 sur le fond de la Baltique, il le sera absolument pour prolonger le gazoduc sur le territoire de l’UE.

Nord Stream-2, comme Nord Stream-1, passera au fond de la mer Baltique et sera constitué de deux gazoducs jumeaux capables de transporter 55 milliards de mètres cubes de gaz. Le gazoduc suivra le même itinéraire que Nord Stream-1 : il entrera dans l’eau à Vyborg, en Russie, pour en ressortir à Greifswald, en Allemagne. Nord Stream-2 devra doubler la capacité de Nord Stream-1. Le projet Nord Stream-2 sera réalisé par la société New European Pipeline AG, qui sera basée en Suisse, dans le canton de Zoug (comme Nord Stream AG). Gazprom y détiendra le paquet de contrôle, avec 51 % des parts, E.ON, BASF, Royal Dutch Shell et OMV en détiendront 10 % chacun, et Engie, 9 %.

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