Thierry Mariani de retour de Crimée : « Tout est banalement normal »

Contre l’avis du ministère français des affaires étrangères Laurent Fabius, dix parlementaires français se sont rendus en Crimée, du jeudi 23 au vendredi 24 juillet. Le Courrier de Russie a recueilli par téléphone, à son retour à Paris, les impressions du chef de cette délégation, le député Thierry Mariani.

Thierry Mariani (3ème à gauche) et la délégation de députés français en visite à Simferopol. Crédits: omiliya.org
Thierry Mariani (3ème à gauche) et la délégation de députés français en visite à Simferopol. Crédits: omiliya.org

LCDR : Dans quelle mesure le voyage était-il organisé ?

Thierry Mariani : Une partie des rencontres étaient, bien sûr, arrangées – comme celles avec les officiels et notamment le Premier ministre de la république de Crimée, Sergueï Aksionov ou le président du Conseil suprême, Vladimir Konstantinov.

Le voyage était donc organisé mais pas encadré. La meilleure preuve en est que, lorsque j’ai demandé à planifier deux visites supplémentaires, celle de l’Alliance française de Sébastopol et du cimetière militaire français à Sébastopol, nous les avons obtenues. Même si un petit comité d’accueil a été mobilisé pour notre arrivée, nous étions libres de nos mouvements, nous pouvions sortir de l’hôtel à notre guise et nous déplacer librement dans les rues de Sébastopol, Simferopol et Yalta pour rencontrer les habitants.

Promenade des députés français sur le quai de Yalta, jeudi 23 juillet au soir

LCDR : Avez-vous eu l’occasion de rencontrer votre homologue, à Sébastopol ?

T.M : Non, parmi les officiels, il nous a manqué la rencontre avec le président de l’Assemblée législative de Sébastopol, Alexeï Tchaly. Il n’était pas en Crimée lors de notre visite.

LCDR : Quelle est votre impression générale sur la vie en Crimée aujourd’hui ?

T.M : La grande leçon de notre voyage en Crimée, c’est qu’il n’y a rien à y voir. Tout est banalement normal. Pour un territoire « occupé » et « sous la pression russe », comme on le lit souvent dans la presse française, j’ai vu moins de policiers dans les rues de Sébastopol que dans celles de Paris. Je n’ai pas non plus vu de chars à tout bout de champ. Tout le monde a l’air soulagé et tranquille. Le discours principal est le suivant : « Nous sommes revenus dans notre pays et, au moins, nous n’avons pas la guerre comme dans le Sud-Est de l’Ukraine. » Par ailleurs, je n’ai ressenti aucune rancœur envers l’Ukraine.

Franchement, en me promenant sur les quais de Yalta, j’avais l’impression d’être en Provence – avec le bruit des grillons, l’odeur des pins et des gens qui se fichent de la politique et veulent simplement profiter de leurs vacances.

LCDR : Quelle rencontre vous a le plus marqué ?

T.M : La visite de l’Alliance Française de Sébastopol, d’abord parce qu’elle a été organisée à notre demande et, ensuite, parce que la femme russe qui dirige cette institution depuis des années se retrouve déchirée entre l’Ukraine et la Russie. Cependant, les diplomates français en Ukraine et en Russie sont parvenus à un accord, qui permet à l’Alliance de continuer à fonctionner.

Le député français Yves Pozzo Di Borgo et moi-même nous sommes également engagés à verser chacun 5000 euros de notre réserve parlementaire pour aider l’Alliance française de Sébastopol. D’ailleurs, ma dernière réserve parlementaire pour la région avait été attribuée à l’Alliance française de Lvov, en Ukraine, il y a deux ans.

LCDR : Quelle est la situation des francophones de Crimée ?

T.M : Leur situation est particulièrement difficile à différents niveaux. Par exemple, les étudiants criméens qui étudient le français ne peuvent plus aller en France, parce que leurs demandes de visa Schengen sont systématiquement rejetées. Un Français qui réside à Sébastopol avec son épouse m’a par ailleurs expliqué qu’il ne parvenait pas à reconnaître son enfant. La loi française exige en effet que le couple se rende à Kiev pour cette procédure, mais la mère de l’enfant n’a plus de passeport ukrainien.

Visite du cimetière militaire français à Sébastopol. Crédits: crimea.gov.ru
Visite du cimetière militaire français à Sébastopol. Crédits: crimea.gov.ru

LCDR : Alors que vous présentiez cette visite en Crimée comme une « initiative personnelle », vous avez porté l’écharpe tricolore lors de vos déplacements… Pourquoi ?

T.M : Nous ne l’avons portée qu’une seule fois : au cimetière militaire français de Sébastopol. Il s’agissait d’un choix mûrement réfléchi. Nous avons estimé qu’en tant que députés présents sur un lieu de mémoire regroupant 90 000 soldats français morts au combat, il était légitime que nous portions l’écharpe tricolore. En dehors de ce moment là, nous ne l’avons pas portée.

LCDR : Que pensez-vous de la médiatisation de votre déplacement en Crimée ?

T.M : Les réactions en France suite à notre visite en Crimée ont été totalement disproportionnées. Lorsque le pays découvre que les États-Unis espionnent le président français, écoutent nos entreprises et pillent nos secrets, l’Élysée réagit timidement, mais dix parlementaires se rendant en Crimée provoquent un véritable scandale…

LCDR : Pensez-vous y retourner ?

T.M : Je pense me rendre à nouveau sur la péninsule d’ici à la fin de cette année, et j’ai également prévu un voyage en Ukraine avant fin 2015. Si je suis interdit d’entrée sur le territoire ukrainien, j’irai plutôt dans les régions de Donetsk et Lougansk, où on me laissera probablement passer. Mais toutes ces listes noires ukrainienne, russe, européenne deviennent vraiment grotesques – on ne peut plus continuer comme ça !

5 commentaires

  1. Bravo à Monsieur Mariani et ses collègues. Oui en effet, cette situation est grotesque et ne peut plus durer ainsi. Il en va de même des sanctions qui n’affectent aucunement leurs auteurs américains, mais par contre impactent très négativement nos bonnes relations avec la Russie, ceci à tous les niveaux.
    Foin de la dictature des imbéciles hégémonistes euro-atlantiques ! Ça suffit cette comédie et ces histoires à dormir debout !!!

  2. Il est largement temps que la France retrouve son hégémonie et quitte l’OTAN et l’Europe inféodée pour être le moteur d’une Europe nouvelle et indépendante des USA

  3. En effet, bravo, car au moins des députés qui se dérangent pour voir la réalité. Il faudrait connaître le pourcentage de personnes contentes d’être repasser Russe. Il est bien évident que l’Europe et notre gouvernement insisterait pour dire que c’est illégal.
    Arrêtez les sanctions contre la Russie car elles ne servent à rien et en plus font le jeu des Américains. La France perd des parts de marchés au lieu d’en prendre.
    Les Russes adorent nos produits (fromage, champagne, etc…) et nous vendons si peu.
    Les dirigeants au pouvoir en Ukraine ne veulent que le pouvoir et l’argent : c’est une honte.

    Vive la France et la Russie

  4. « Les réactions en France suite à notre visite en Crimée ont été totalement disproportionnées », mort de rire. M. Mariani, inconnu du grand public, cherche visiblement à se donner de l’importance!

    En effet, à part le Courrier de Russie et j’imagine La Voix de la Russie aucun journal n’en a parlé, en tout cas rien à la télé française, en cette période estivale plus personne ne parle d’Ukraine depuis un mois. On peut dire que c’est disproportionné de ne pas parler de la visite en Crimée de dix députés français et regretter que les Français ne s’intéressent pas davantage à ce qui se passe à l’autre bout de notre continent, mais force est de constater que c’est le cas…

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