Russie-Iran : quel avenir au lendemain de l’accord sur le nucléaire iranien ?

« Nous n’aurions pas conclu l’accord sur le nucléaire iranien sans la contribution de la Russie », a déclaré Barack Obama dans une interview au New York Times. La Russie a joué un rôle majeur pour sortir l’Iran de son isolement et faire lever les sanctions : comment les relations entre ces deux pays vont-elles évoluer désormais ?

Iran Russie
Des milliers d’Iraniens ont célébré l’accord sur le nucléaire iranien à Téhéran, le 14 juillet. Crédits : Ebrahim Noroozi

Pour la Russie, la levée des sanctions à l’encontre de l’Iran comporte à la fois des risques et des avantages. Ces derniers sont manifestes : il sera dorénavant plus facile pour Moscou et Téhéran de développer leur coopération nucléaire, et la république islamique pourra acquérir des technologies issues de la production militaro-industrielle russe.

« La Russie et l’Iran poursuivront sur la voie empruntée déjà du temps des sanctions, affirme Petr Topytchkanov, du centre Carnegie de Moscou. En novembre 2014, les deux pays ont signé un accord ambitieux de coopération nucléaire, portant sur la construction de nouveaux réacteurs, la formation de spécialistes et l’entraide technique. Dès avant la levée des sanctions, le président russe avait pris la décision de livrer des missiles S-300 à Téhéran. »

Il ne faut toutefois pas surestimer le niveau de rapprochement entre les deux puissances, met en garde Rouslan Poukhov, directeur du Centre d’analyse des stratégies et des technologies. « Nos relations avec l’Iran sont complexes, rappelle l’expert. Nous lui avons joué deux très mauvais tours. En 1996, sous la pression des États-Unis, la Russie a décidé de remplir tous ses engagements vis-à-vis de l’Iran à l’horizon 1999 et de ne plus en contracter d’autres par la suite. Cette mesure a profondément offensé les Iraniens, qui comptaient sur les armes russes. À son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine a fait le choix de rétablir les relations avec la république islamique. En fin de compte, en 2007, nous avons signé l’accord de livraison des systèmes antimissiles S-300. Mais trois ans plus tard, le président Dmitri Medvedev a refusé d’exécuter ce contrat. Et ce, bien que les S-300, de par leur caractère défensif, n’aient pas été visés par l’embargo. »

Le montant de la transaction s’élevait à 800 millions de dollars, dont 167 avaient déjà été versés à la Russie. Bien que Moscou lui ait remboursé cet acompte, Téhéran a déposé plainte auprès de la Cour internationale d’arbitrage de Genève et exigé des réparations à hauteur de quatre milliards de dollars. En avril dernier, Moscou a annoncé être prête à relancer ses échanges commerciaux avec Téhéran. Les deux parties négocient actuellement sur le prix ainsi que sur ce que la Russie livrera concrètement à l’Iran, commente Rouslan Poukhov. « Le fait est que nous ne produisons plus de S-300 et que nous avons nous-mêmes besoin des S-400 pour notre arsenal. En outre, le premier pays à acquérir les S-400 sera la Chine, qui nous a déjà payé et les recevra en 2016. D’après les médias, Téhéran s’est vu proposer à la place le système Anteï-2500 ou S-300V, mais l’issue de ces pourparlers n’est pas encore connue. Les deux épisodes de 1996 et de 2010 ont considérablement nui à notre réputation, non seulement en Iran mais également sur le marché mondial de l’armement. C’est pourquoi les Iraniens font preuve d’une grande méfiance à notre égard », explique l’expert.

Par ailleurs, à en croire M. Poukhov, la Russie ne doit de toute façon pas s’attendre à une montée soudaine de ses ventes d’armements à destination de l’Iran, et ce malgré la levée des sanctions. Aujourd’hui, Téhéran n’a tout simplement pas les ressources financières nécessaires et, lorsque ce sera le cas, il est possible qu’elle s’intéresse davantage aux propositions de la Chine et de Singapour qu’à celles de la Russie.

Teheran Iran Russie
Téhéran. Crédits : ThousandWonders

Sur l’arène internationale

Avec la résolution du problème nucléaire, l’Iran pourra se montrer plus actif sur la scène internationale. Il n’est pas exclu que le pays souhaite adhérer à l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Au mois d’avril, le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov a qualifié de « bonnes » les chances de Téhéran d’y entrer. Le secrétaire général de l’OCS, Dmitri Mezentsev, a quant à lui déclaré que « l’adhésion de l’Iran à l’organisation affermirait l’autorité de cette dernière et élargirait sa coopération multilatérale et son influence sur les questions internationales. »

Toujours est-il que, pour Petr Topytchkanov, la probabilité que Téhéran rejoigne l’OCS dans un avenir proche est très faible. « Aujourd’hui, on parle uniquement de l’adhésion de l’Inde et du Pakistan. Le processus d’entrée de l’Iran au sein de l’organisation n’a pas encore démarré et nul ne sait combien de temps il pourra prendre », assure le politologue.

Concurrence positive

Après la levée des sanctions, la république islamique pourrait en fait devenir, pour la Russie, moins un partenaire proche qu’un concurrent : fort de ses immenses réserves de pétrole et de gaz, l’Iran rivalisera avec elle sur le marché des hydrocarbures.

Il n’y a toutefois pas lieu, non plus, d’exagérer cette menace. Pour accroître ses exportations de pétrole et de gaz, Téhéran doit moderniser son infrastructure, ce qui exige des dépenses colossales – entre 300 et 450 milliards de dollars, selon certaines estimations. Certes, après la levée des sanctions, les sociétés internationales vont retourner en Iran et y apporter les investissements nécessaires mais, dans tous les cas, la rénovation des infrastructures prendra des années. Le temps pour la Russie de se préparer aux changements à venir.

Les négociations entre Téhéran et les six médiateurs internationaux (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Chine et Russie) sur le dossier nucléaire iranien ont duré 12 ans. Le dernier round de discussions à Vienne, le 14 juillet, a abouti à la conclusion d’un accord historique qui lève les obstacles pour le commerce extérieur de l’Iran tout en maintenant l’embargo sur les armes et les missiles à destination de ce pays. L’Iran, pour sa part, ne sera pas en mesure d’élaborer de combustible nucléaire pendant 15 ans.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *