Café serré avec les parlementaires français qui se rendent en Crimée

Contre l’avis du ministère français des affaires étrangères Laurent Fabius, dix parlementaires français se rendent en Crimée du jeudi 23 au vendredi 24 juillet. Le Courrier de Russie a pris un café à Moscou avec les élus, avant qu’ils ne s’envolent pour la péninsule.

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Arrivée des parlementaires français à Simferopol, en Crimée, jeudi 23 juillet. Crédits : lifenews.ru

Le Courrier de Russie : Comment allez-vous ? Êtes-vous remis de votre « accrochage » d’hier ? [Avant le départ des députés, Laurent Fabius s’est dit « hostile » à cette visite en Crimée, ndlr]

Thierry Mariani : Nous sommes traumatisés [les députés sourient, ndlr] ! La réaction de M. Fabius ne m’a pas surpris, car je savais que le gouvernement était opposé à notre visite en Crimée.

Yves Pozzo Di Borgo : Pourtant, comme l’a expliqué le président de l’Assemblée nationale Claude Bartolone, notre déplacement en Crimée a été analysé par une commission de déontologie, qui a donné son feu vert. Nous n’avons officialisé le départ que le 26 juin.

T.M. : Cette mini-tempête illustre l’omerta que certains veulent imposer au sujet de la Crimée. Il n’y a pas de place pour un discours autre que celui prôné officiellement, et ceux qui ont une position différente sont considérés comme des ennemis fascistes et dangereux.

LCDR : Laurent Fabius craint que les médias russes ne vous « instrumentalisent »… Qu’en pensez-vous ?

T .M. : Je ne sais pas s’il le sait, mais nous ne sommes pas des cuisiniers – nous faisons de la politique ! C’est notre métier. Cela revient à dire à un journaliste qu’il risque d’être publié dans un journal. Nous sommes de grands garçons, parlementaires depuis plus de dix ans, et nous savons ce que nous faisons.

Y.P.D.I. : Ce que M. Fabius n’arrive pas à comprendre, c’est que nous avons été élus pour mener ce genre de missions.

Jacques Myard : Lors de notre voyage parlementaire en Syrie [quatre parlementaires français se sont rendus à Damas et ont rencontré Bachar al-Assad en février dernier, ndlr], le scénario était exactement le même. Nous avons organisé une mission personnelle et nous nous sommes attiré les foudres du ministère français des affaires étrangères.

LCDR : Pourquoi voulez-vous aller en Crimée ?

Y.P.D.I. : Parce que nos chances de rencontrer et de discuter avec les Russes sont rares en ce moment. La Russie est absente des débats à l’APCE et à l’assemblée parlementaire de l’OSCE, et la violente opposition américaine au rattachement de la Crimée nous empêche de mener des missions d’observation dans la péninsule. Quand cette opportunité de venir rencontrer les autorités de Crimée s’est présentée, nous l’avons donc immédiatement saisie.

LCDR : Pourquoi précisément maintenant ?

T.M. : Parce que cela fait plus d’un an que la Crimée a rejoint la Russie et que la situation y est stable et normalisée.

J.M. : Et les vacances parlementaires viennent de commencer : le travail de l’Assemblée et du Sénat s’est achevé hier [le 22 juillet].

Les dix parlementaires français ont débuté leur séjour à Moscou et rencontré le président de la Douma, Sergueï Narychkine. Crédits: duma.gov.ru
Les dix parlementaires français ont débuté leur séjour à Moscou, le 23 juillet, en rencontrant le président de la Douma, Sergueï Narychkine. Crédits : duma.gov.ru

LCDR : Tous les députés étaient-ils invités à participer à ce voyage ?

T.M. : Je n’ai pas envoyé d’invitation à tous les parlementaires français. Je me suis plutôt adressé aux sympathisants de la Russie et à tous ceux qui sont susceptibles d’être intéressés. Au départ, nous étions 18 lors des pré-inscriptions.

LCDR : Et qui sont les députés qui se rendent finalement aujourd’hui en Crimée ?

T.M. : La plupart sont connus pour leur position « pro-russe » et ont l’habitude de venir en Russie. Trois d’entre nous, en revanche – Christine Dalloz, Yannick Moreau (Les Républicains) et Jérôme Lambert (RRDP) –, découvrent ce pays pour la première fois. Lors de chacun de mes voyages en Russie – et c’est mon troisième en tant que coprésident de l’association Dialogue franco-russe en France –, j’essaye de rassembler des habitués et des nouveaux venus.

LCDR : Quel est l’objectif de cette visite ?

Y.P.D.I. : Nous sommes ici pour maintenir le dialogue entre les parlementaires français et les autorités russes, parce dans la Grande Europe, nous sommes de toute façon « condamnés » à travailler avec la Russie. L’affaire ukrainienne est un cancer qu’il faut stopper, et pour cela, il faut garder le contact.

T.M. : Notre visite ne va pas débloquer la situation et installer la paix. Cela nous dépasse, c’est évident. Mais quoi qu’il arrive, il y aura forcément un « après-conflit ukrainien », et je pense que c’est dans ces moments que l’on se souvient de ceux qui ont œuvré à maintenir le contact.

LCDR : Que pensez-vous du rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie ? 

T.M. : Pour moi, la Crimée est historiquement russe. Point final. On ne lutte pas contre l’Histoire. Et si quelqu’un estime qu’il s’agit d’une violation du droit international, eh bien, je suis très fier, à 56 ans, de commencer une carrière de délinquant international !

LCDR : Kiev envisage de vous interdire l’entrée en Ukraine…

T.M. : J’y survivrai. Je connais bien l’Ukraine et j’y étais encore il y a un mois, à titre personnel, afin de rédiger un rapport pour l’Assemblée nationale. J’attendrai que le pouvoir actuel – dont, à mon avis, les jours sont comptés – tombe et je retournerai en Ukraine lorsqu’un nouveau gouvernement sera en place.

8 commentaires

  1. Je conseille aux lecteurs de lire la remarquable interview de VGE par la revue « Politique internationale » : http://www.politiqueinternationale.com/

    Cette interview est publiée dans le numéro 146 de la revue (hiver 2015), sous le titre : « La France, l’Europe, le monde ». VGE y livre très librement et sans détours son analyse de la sittuation : la Crimée fait historiquement partie de la Russie et… les Américains sont anti-russes. CQFD.

    Fouinez dans les sommaires des numéros déjà parus, les articles et interviews sont remarquables, fourmillent d’informations et d’analyses éclairantes.

    Le numéro 146 comporte un bilan fort intéressant de la politique du camarade Obama et des raisons pour lesquelles il a déçu : « L’illusion Obama ». Bonne lecture.

  2. Est-ce que quiconque a encore des espoirs de collaborer effectivement avec le gouvernement policiers de Poutine?! Son régime a déjà prouvé plusieurs fois que ça ne tient compte de préferences et d’intérêts d’autre sujets de la politique mondiale et M. Poutine ferra n’importe quoi pour gagner ces buts, dictés uniquement par ces ambitions impériales!

  3. L’évolution du parti socialiste de Jaurès!! en passant par l’époque où on envoyait les jeunes du contingent mourir dans les Aurés pour garder l’Algérie française,l’expédition de Suez ,les privatisations etc..

  4. Dix guignols instrumentalisés qui cherchent surtout à ce qu’on parle d’eux plutôt, quitte à servir complaisamment la soupe. C’étaient des types de ce genre qui passaient leurs temps aux Etats-Unis pur taper sur l’URSS au temps du communisme. Vous avez parlé de gaullisme?!

  5. Merci à ces parlementaires pour leur courage et leur lucidité. Vis-à-vis des russes et de la question ukrainienne, j’avoue que j’enrage des positions du gouvernement français et de son alignement sur l’axe Merckel/Obama mais aussi de l’image que les russes doivent avoir de la France. Merci à vous chers compatriotes pour ce voyage en Russie, vous sauvez l’honneur de notre pays et vous montrez à nos amis russes le vrai visage de la France. Vivement le changement de gouvernement en Ukraine et en France, nous respirerons mieux !

  6. Il est trop facile d’accuser la Russie alors que les Occidentaux multiplient les actes de déstabilisation de cette dernière.
    Au lieu de regarder la Russie comme hostile, il est grand temps de se démarquer des manœuvres euro-américaines et d’établir un partenariat stratégique entre l’Europe , au moins la France, et la Russie.
    Si la France n’était pas à ce point affaiblie politiquement et économiquement, elle aurait pu entraîner ses partenaires européens, même les plus apeurés ou revanchards à l’est, dans un dialogue constructif sur la sécurité dans la région.
    On leurre l’Ukraine à lui faire croire qu’elle sera accueillie à bras ouvert par l’UE.
    Et en jouant les boutefeu aux frontières ouest de la Russie, on prend un sérieux risque de conflagration générale
    .
    Au plan économique, en affaiblissant les relations Euro Russes, on fait un cadeau inespéré aux Américains qui nous font une guerre commerciale féroce
    on ne fait pas une diplomatie avec des grands principes, éminemment subjectifs mais en cherchant des convergences d’intérêt entre partenaires.
    Que celà plaise ou non,outre ses intérêts économiques, La France et l’Europe ont des intérêts objectifs avec la Russie vis à vis du Proche Orient, de la Chine et d’un grand nombre de pays émergents!

  7. Je ne croyais pas l’Occident compliquer
    Il y’a des mesures a respecter quand
    On se considéré dans une circonférence
    Politique comment alors nuire et causer
    Différemment comme accuser les démarches officielles de corruption et
    De trafic de stupéfiants stupidant le milieu
    De mafieux a combattre.

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