#ImpactJournalism : Zéphyr – un cerf-volant humanitaire

Le projet Zéphyr, un ballon solaire imaginé par des étudiants, vise à alimenter en énergie des zones sinistrées.

Zéphyr a un rendement énergétique comparable à un groupe électrogène, en plus léger, moins coûteux et moins polluant
Zéphyr a un rendement énergétique comparable à un groupe électrogène, en plus léger, moins coûteux et moins polluant. Crédits : Zéphyr

Dans l’Iliade, Zéphyr est un vent violent et pluvieux. Dans l’Odyssée et la littérature plus récente, c’est au contraire un vent doux et léger, une brise tiède qui apporte la fonte des neiges. Dans le projet porté par deux jeunes diplômés parisiens ambitieux, Zéphyr prend la forme d’un engin volant venant au secours des populations sinistrées privées d’électricité.

Dans les situations d’urgence, la question de l’alimentation en énergie est, en effet, souvent cruciale. Actuellement, les camps de réfugiés sont généralement alimentés par des groupes électrogènes lourds, très polluants et nécessitant un acheminement en fioul cher et aléatoire, les chaînes de ravitaillement pouvant être coupées.

D’où l’idée de ces étudiants de s’inspirer des ballons gonflables pour imaginer un ballon solaire pouvant produire de l’énergie n’importe où, même dans les zones sinistrées où l’installation d’infrastructures au sol est impossible, du fait d’une catastrophe naturelle, par exemple. Issus de Télécom Paris-Tech et des Arts décoratifs de Paris (ENSAD), ils se sont rencontrés en travaillant ensemble, de novembre 2013 à mars 2014, sur le thème des « énergies du futur » au Laboratoire, un fédérateur parisien visant à faire rencontrer ingénieurs et designers.

Alimenter une cinquantaine de personnes

Ce ballon solaire produit de l’énergie même dans les zones sinistrées, où l’installation d’infrastructures au sol est impossible
Ce ballon solaire produit de l’énergie même dans les zones sinistrées où l’installation d’infrastructures au sol est impossible. Crédits : Zéphyr

Le principe consiste en un kit composé d’un caisson technique et d’une voile légère, le tout très mobile et de faible coût. Le boîtier au sol, doté d’un transformateur électrique, occupe moins d’un mètre cube, et le ballon de 3,80 mètres de diamètre est recouvert de 15 mètres carrés de couches minces de panneaux photovoltaïques. « Il suffit de déployer la voile pour qu’elle se gonfle et que l’énergie solaire soit récupérée via un câble, tandis que les batteries, qui stockent l’excédent de production,  prennent le relais la nuit », explique Cédric Tomissi, l’un des deux jeunes designers à l’origine du projet. Neuf litres d’eau plus l’énergie solaire récupérée, couplée aux batteries du caisson, permettent de lancer l’électrolyseur, qui produit le gaz nécessaire au gonflage de Zéphyr en une demi-journée. À mi-chemin entre le ballon et le cerf-volant, cet engin hybride a un rendement énergétique de 3 kilowatts/heure (kWh), comparable à celui d’un groupe électrogène classique. De quoi permettre d’approvisionner en lumière et en chauffage une cinquantaine de personnes, soit un campement de réfugiés ou un hôpital de fortune, par exemple.

L’idée n’est pas passée inaperçue, valant aux jeunes entrepreneurs plusieurs distinctions : le prix ArtScience 2014, le James Dyson Award 2014, le premier Prix Entrepreneuriat étudiant Paris-Saclay 2014, le Challenge Humanitech 2014, organisé par les Casques rouges et Orange, et le Challenge Sharing Energy in the city 2030, organisé par EDF. Le groupe énergétique leur a d’ailleurs offert la possibilité de présenter leur projet sur son stand à la Biennale du design de Saint-Etienne, en mars dernier. « C’est un outil simple et écologique, estime Jonathan Bouzy, chef de projet à Softiq et membre du jury du Challenge Humanitech. Ils utilisent une technologie existante, mais dans une application inédite. C’est ça, la haute technologie. »

Une étude de faisabilité technique du ballon a été réalisée en novembre dernier avec EDF, Dassault Systèmes, les Casques rouges et l’IRDEP (Institut de recherche et développement sur l’énergie photovoltaïque). C’est avec ce dernier qu’a été établi le partenariat le plus étroit, pour améliorer la technologie photovoltaïque. Après que l’un des ingénieurs à l’origine du projet a quitté l’équipe pour s’orienter vers d’autres horizons professionnels, Zéphyr a instauré une collaboration avec une école d’ingénieurs (EI-CESI), dont les étudiants en fin de master planchent sur la partie technique.

Du projet étudiant à la start-up

Le ballon, de 3,80 mètres de diamètre, est recouvert de 15 mètres carrés de couches minces de panneaux photovoltaïques
­Le ballon de 3,80 mètres de diamètre est recouvert de 15 mètres carrés de couches minces de panneaux photovoltaïques. Crédits : Zéphyr.

La prochaine étape sera de construire un premier prototype, qui devrait voir le jour en janvier 2017 et servira de « preuve de concept ». « Nous pensons avoir besoin de 25 000 euros pour le réaliser », estime Julie Dautel, designer, qui poursuit actuellement ses études à Sciences-Po Paris (IEP). Entre ses différents prix, Zéphyr a déjà récolté une bonne dizaine de milliers d’euros, et une levée de fonds est prévue de septembre prochain à janvier 2016. Grâce à l’apport d’investisseurs, l’équipe devrait pouvoir s’étoffer, notamment avec des ingénieurs. L’idée étant, pour le duo de jeunes entrepreneurs, de transformer ce projet d’école en start-up. Zéphyr est d’ailleurs actuellement candidat pour intégrer l’incubateur de Sciences-Po Paris (IEP).

Car le tandem vise une phase industrielle et une première commercialisation en 2018. Cette fois, les besoins en financement seront plus importants (un million d’euros). À terme, l’objectif est de commercialiser toute une gamme de ballons, avec des productions énergétiques adaptées à diverses situations. Car sa vocation n’est pas exclusivement humanitaire. « Ce ballon peut servir à des maisons isolées, dont le toit ne peut être alourdi par des panneaux photovoltaïques classiques, à des campings, des campements itinérants, comme en Afrique ou en Asie, voire être utilisé comme support de communication », explique Julie Dautel. En attendant, encore faut-il que Zéphyr prenne son envol.

Pour en savoir plus : 

Site internet : www.zephyr.solar/FR/

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *