#ImpactJournalism : Le tour du monde de la tolérance religieuse

Une association tricolore sillonne le globe en quête de solutions aux problèmes de communication entre les religions.

InterFaith Tour. Crédits : Sparknews.
Ilan Scialom, Samuel Grzybowski, Victor Grezes, Josselin Rieth et Ismael Medjdoub à Jérusalem, en juillet 2013. Crédits : InterFaith

Il y a deux ans, Samuel Grybowski et ses trois compagnons de voyage sont arrivés à Nagoya, au Japon. Sales et fourbus, ils avaient chacun besoin de se retrouver un peu seuls – un luxe qu’ils avaient rarement eu pendant l’année qu’ils venaient de passer ensemble sur les routes. « Nous étions toujours les uns sur les autres, sans vraiment de moment où l’on pouvait se retrouver seul – à part sous la douche », glisse Samuel. Imaginez donc le choc lorsqu’ils ont appris qu’ils devraient se laver ensemble, dans des bains publics traditionnels – aux côtés de 200 autres personnes. « C’était un peu gênant », se souvient le jeune homme.

Lorsque Samuel a monté son association, destinée à aider les membres des différentes religions à apprendre à vivre ensemble, les bains collectifs ne faisaient pas vraiment partie du plan. Le jeune Français a fondé Coexister en 2009, à 16 ans, après une énième flambée du conflit israélo-palestinien.

Depuis, l’association monte des échanges culturels et des projets collectifs. Sa plus vaste initiative à ce jour a été l’ambitieux InterFaith Tour, un voyage autour du monde dont le but était de découvrir comment les associations des autres pays parviennent à créer des liens entre les communautés religieuses. La première édition a eu lieu en 2013. En juillet prochain, un nouveau groupe, composé d’un musulman, d’un juif, d’un chrétien et d’un athée, se lancera dans un deuxième voyage.

L’identité religieuse est de longue date un facteur de tensions sociales. Victor Grèzes, qui était également du premier voyage, explique que la France a du mal à faire face à ce problème, dont le point d’orgue tragique furent les attentats perpétrés contre la rédaction de Charlie Hebdo et une épicerie juive à Paris.

« Le problème en France, aujourd’hui, est que les gens pensent qu’il ne peut y avoir d’unité qu’entre des êtres qui se ressemblent et ont le même mode de vie, analyse Victor. Mais c’est faire abstraction de la diversité. Soit on essaie de faire en sorte que tout le monde se ressemble, soit on prend conscience du potentiel de la diversité – et on construit l’unité à partir de là. » Au lendemain des attentats de janvier, le président Hollande a demandé conseil au collectif sur le vocabulaire à employer lors de sa conférence de presse.

L’objectif de ce voyage, poursuit Victor, n’est pas de faire passer un message à travers le monde – « ce serait présomptueux ». Il s’agit plutôt de faire prendre conscience de la multiplicité des initiatives interconfessionnelles et de mettre les associations en contact pour leur permettre d’échanger des idées et des méthodes visant à promouvoir la tolérance et la coopération entre les communautés.

Tour des religions

Interfaith Tour - Sparknews. Crédits : HolySee
Rencontre avec le pape François lors du premier Interfaith Tour en septembre 2013. – Sparknews. Crédits : HolySee

Lors de la première édition, les globe-trotteurs, en dix mois, avaient fait escale dans 48 pays et rencontré 435 associations. L’aventure avait été suivie par deux mois de tournée en France, pendant lesquels les participants avaient exposé leurs découvertes dans des établissements scolaires et auprès d’autres associations. Cette tournée a donné naissance à dix nouvelles antennes de Coexister, portant le total à 21… pour l’instant.

Une des initiatives marquantes découvertes à la faveur de ce premier voyage fut un événement annuel organisé à Berlin, baptisé « La longue nuit des religions », à l’occasion duquel une centaine de lieux de culte ouvrent leurs portes au public. En Inde, les voyageurs ont pu découvrir une compétition sportive, appelée « Cricket for Peace », destinée à consolider les liens entre musulmans et hindous. À Buenos Aires, encore, une balade à vélo invite les habitants à partir à la découverte des religions présentes dans la ville.

Aujourd’hui, Samir Akacha, Léa Frydman, Ariane Julien et Lucie Neumann vont mettre leurs pas dans ceux de leurs prédécesseurs dans le cadre de l’InterFaith Tour Team 2, avec un budget de 100 000 euros, réunis grâce à des collectes de fonds, des aides de l’État et diverses associations (dont Sparknews, partenaire de Coexister depuis la première édition).

Si cette deuxième équipe ne fera « que » 30 escales, elle passera plus de temps dans chaque pays et en visitera de nouveaux, comme l’Azerbaïdjan et la Tunisie. Les informations recueillies seront archivées à l’université de Vienne, dans le cadre d’un partenariat. L’équipe réalisera également un web-documentaire, et une application mobile permettra de suivre leur périple grâce à des mises à jour en temps réel.

Une jeune fille, qui devait faire partie du premier voyage, avait dû renoncer ; mais cette année, le « rapport de force » sera inversé – avec trois filles pour un garçon. Et si la perspective de voyager dans des sociétés régies par un islam strict peut sembler intimidante pour un groupe majoritairement féminin, Samir explique que c’est en réalité un avantage, puisqu’elles auront accès à des lieux de réunion traditionnels des femmes – comme les cuisines – qui étaient inaccessibles au groupe 100 % masculin du premier voyage.

Interfaith Tour - Sparknews. Crédits : Victor Grèzes
Samuel Grzybowski à la Grande Mosquée de Xi’an, en Chine, en janvier 2014. Crédits : Victor Grèzes

Pour la Parisienne Léa Frydman, 20 ans, étudiante en philosophie, ce tour du monde est autant une quête identitaire personnelle qu’un moyen de servir une cause sociale. « En tant que juive, j’ai été choquée de voir de l’antisémitisme en France, confie-t-elle. Cela m’a confortée dans l’idée que notre action au sein de Coexister est non seulement importante, mais nécessaire. »

Samir Akacha explique qu’il attend de ce tour du monde qu’il raffermisse sa foi, en la confrontant à d’autres religions. « Je ne serais pas le même musulman si je me contentais de rester dans ma communauté, si je ne rencontrais pas des juifs et des chrétiens, si je n’allais pas à des rendez-vous chrétiens ou à des offices à la synagogue, poursuit-il. Les gens me posent des questions et je dois leur répondre pour défendre ma religion. Je dois la remettre en question et améliorer mes connaissances pour devenir un meilleur musulman. »

L’objectif final de Coexister n’est pas seulement de promouvoir la tolérance au sein des groupes religieux, mais aussi de les encourager à travailler main dans la main pour construire des communautés qui soient attachées à la diversité. « Plutôt que de dire que c’est malgré nos différences, nous affirmons que c’est grâce à elles que nous sommes plus forts », conclut Victor.

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