Petro Porochenko tombe dans l’euro-optimisme

Dans son discours à l’occasion du premier anniversaire de la signature de l’Accord d’association avec l’UE, samedi 27 juin, le président ukrainien Petro Porochenko a parlé des succès atteints par l’Ukraine au cours de l’année écoulée et de l’avenir radieux du pays. Un optimisme que ne partage pas Guevorg Mirzaïn, journaliste pour la revue économique russe Expert.ru.

Petro Porochenko. Crédits : president.gov.ua
Petro Porochenko. Crédits : president.gov.ua

Le moment le plus important de tout le discours a sans aucun doute été celui où Porochenko a évoqué la perspective d’une intégration rapide de l’Ukraine dans l’UE : « J’ai foi dans le fait que l’Ukraine, grâce à notre travail dévoué et aux changements qui s’opèrent au sein du gouvernement, aura la possibilité de devenir un pays-candidat à l’entrée dans l’UE dans les prochaines années », a déclaré le président ukrainien. Ce n’est pas la première fois que Kiev laisse entendre que l’Accord d’association ainsi que la participation de l’Ukraine au projet de Partenariat oriental sont de petits pas sur la voie d’une l’entrée dans l’Union européenne.

Coté UE, on a bien évidemment un autre point de vue concernant les perspectives que l’Accord d’association offre aux partenaires. Une association avec l’UE, ce n’est pas un premier pas vers l’intégration, mais précisément un substitut à celle-ci. Il y a dans la région une série de pays qui ne peuvent tout simplement pas prétendre au rôle de pays-membres de l’UE pour des raisons économiques, politiques, sociales, ou encore religieuses. Dans le même temps, Bruxelles a besoin de les maintenir dans son orbite, afin qu’ils ne tombent pas dans celle de quelqu’un d’autre (Iran, Turquie, Fédération de Russie ou même États-Unis). La force d’attraction, ici, peut être autant l’ouverture du marché européen (pour le business) que la perspective d’une intégration (pour la population). Et ce sont ces pays, justement, avec qui l’on signe des accords d’association ou que l’on intègre dans le Partenariat oriental.

Mais l’Ukraine est un cas particulier. Les responsables politiques ukrainiens ont compris le sens du jeu avec le statut de membre et, au fond, l’ont retourné à leur avantage. Kiev parle désormais des perspectives d’association presque comme d’un fait accompli, en laissant entendre à la population que toutes les souffrances qu’elle connaît actuellement  sont nécessaires pour entrer dans l’Union européenne. Et, visiblement, Bruxelles vient seulement de comprendre que c’est l’UE qui serait finalement perdante à ce jeu. Quand les Ukrainiens comprendront qu’il n’y aura pas d’intégration, les politiques ukrainiens en rejetteront la faute, justement, sur les bureaucrates de Bruxelles, en prétendant que ces derniers ont fait des promesses qu’ils n’ont pas tenues. Ce qui risque de porter un sérieux coup à la réputation de l’Union européenne en Ukraine. C’est pour cette raison que les leaders européens, ces derniers mois, ont transformé le jeu en allusions silencieuses, et qu’ils disent ouvertement, ces dernières semaines, qu’ils ne sont prêts à offrir ni intégration ni même perspective d’intégration ; et pas plus aujourd’hui que dans un avenir proche.

Autre passage brillant du discours : le positionnement de l’Ukraine comme une puissance respectée et dont l’opinion revêt une grande signification. « Sans la signature de l’Accord d’association – je rappelle que c’est après mon intervention au Conseil de l’UE, il y a un an, qu’a été prise la décision d’introduire des sanctions contre la Russie, et que nous avons participé à l’élaboration des critères selon lesquels ces sanctions pourraient être levées –, sans l’Accord d’association, disais-je, tout cela ne serait pas arrivé », a annoncé le président ukrainien, laissant entendre à la population que Kiev est à l’initiative des sanctions et que le fait de les prolonger ou non dépend directement de sa volonté. Une déclaration étrange, pour ne pas dire pire. Premièrement, ni l’UE, ni les États-Unis n’ont l’intention de partager leur souveraineté avec un pays en état de guerre civile et passé sous une gestion extérieure (du moins du point de vue de la politique économique). Les sanctions contre la Russie ont été prises exclusivement parce que l’UE et les États-Unis voulaient a) la punir pour avoir créé le « précédent criméen », qui pourrait déstabiliser tout le système mondial de sécurité, et b) la contraindre à revenir aux relations inégales qui existaient entre elle et l’UE dans les années 1990 et au début des années 2000. Et les sanctions ne seront abolies que lorsque la Russie aura cédé ou quand l’UE aura compris que le fait de faire pression sur Moscou n’a pas d’avenir et, même, est contre-productif. Et on se contentera de mettre Kiev devant le fait accompli.

Enfin, dans son discours, Petro Porochenko a évoqué la voie choisie par l’Ukraine des réformes systémiques, devenues possibles, pour beaucoup, grâce à l’accord signé.

« En nous orientant vers les valeurs communes européennes, dans l’esprit de l’Accord d’association, sur les principes d’association politique avec l’UE que ces valeurs établissent, nous continuons de travailler à l’implémentation d’une série de réformes systémiques prioritaires : réforme constitutionnelle ; réformes de la conduite du gouvernement et anti-corruption ; réforme juridique ; réformes des institutions policières ; décentralisation ; réforme liée aux questions intéressant le monde des affaires », a déclaré le président ukrainien. Dans l’idée, toute cette bouillonnante activité devait conduire à la prospérité de l’Ukraine – mais il n’y a pas de prospérité. Il y a, à la place, une économie au bord de la faillite, une guerre civile, un pouvoir inefficace, une dégradation de la société et un conflit interne des élites. D’ailleurs, le coupable de tout cela a déjà été désigné – et ce n’est pas, de très loin, le président de l’Ukraine. Ce n’est même pas le Premier ministre (il est encore trop tôt pour en faire un coupable : les protecteurs occidentaux ne laissent pas Petro Porochenko s’en prendre à Arseni Iatseniouk). C’est la Russie, le coupable. « Malheureusement, les résultats de la guerre dans le Donbass et les agissements actifs de l’adversaire en automne et en hiver ont entraîné une altération de la dynamique positive. L’ennemi prend toutes les mesures possibles pour empêcher l’intégration économique de l’Ukraine dans l’Union européenne, intégration qui est la garantie d’un renforcement de la souveraineté économique de notre pays et d’une prospérité durable », a expliqué Porochenko.

L’ironie, c’est qu’après une intégration économique de l’Ukraine dans l’UE, il faudra tirer un trait pour longtemps sur la prospérité – au moins parce que les marchandises ukrainiennes sont orientées vers le marché russe, où elles entreront désormais aux mêmes conditions que toutes les autres (c’est-à-dire en acquittant les droits de douane). La Russie a déjà annoncé que dès l’entrée en vigueur de la partie économique de l’Accord d’association, elle sortirait du régime de libre échange commercial avec l’Ukraine. Et alors, peut-être qu’une partie de la population se demandera si le pays avait vraiment tant besoin de cet Accord d’association.

2 commentaires

  1. Est ce bien le moment de rêver d’entrer dans l’U E quand on voit comment les grecs sont traités dans cette même union ? Mais il est vrai que la Grèce est bien pauvre et que l’Ukraine regorge de richesses !

  2. Les oligarques sont très bien traités dans l’UE et Mr Porochenko en fait partie. Le peuple n’est pas son problème majeur sans quoi les USA l’auraient déjà viré.

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