Nouvelles révélations sur le crash du MH17

Le fabricant d’armes russe Almaz-Anteï a présenté le 2 juin sa version de la catastrophe du vol MH17 de la Malaysia Airlines qui s’était écrasé le 17 juillet dernier, dans le Donbass, avec 298 personnes à son bord. But de l’opération : démontrer par A + B qu’aucune responsabilité ne peut être imputée à la compagnie. Retour sur une conférence de presse très mathématique.

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Présentation des résultats d’Almaz-Anteï, le 2 juin.

A

Le consortium Almaz-Anteï n’est pas un simple fabricant d’armes, c’est le producteur du système de défense anti-aérienne Buk, qui, selon une des versions de l’enquête, serait à l’origine du crash du Boeing de la Malaysia Airlines (MH17). Un parallèle qui a valu à l’entreprise d’être inscrite à la liste des sanctions occidentales dès fin août 2014, et que le directeur général de la compagnie, Yan Novikov, juge tout simplement « injuste ».

C’est pourquoi Almaz-Anteï a décidé de mener sa propre expertise à partir des documents et rapports fournis par la Commission d’enquête internationale. Les experts du consortium ont cherché à déterminer quel modèle précis aurait pu causer la catastrophe, dans le cas où une arme de l’entreprise aurait effectivement été utilisée.

Si l’on en croit les innombrables schémas et formules présentés le jour de la conférence par Mikhaïl Malychevski, conseiller de l’ingénieur en chef de l’entreprise, un seul modèle aurait pu causer les dégâts observés sur la carcasse de l’appareil. « Si le Boeing 777 a bien été touché par un missile sol-air, alors il ne peut s’agir que d’une roquette 9М38М1, équipée d’une ogive 9H314M1, issue du système antiaérien polyvalent mobile russe Buk-M1 », a assuré l’expert, précisant que le modèle utilisé par l’armée russe (9M317) n’aurait pas laissé ce type de traces.

B

Or, souligne le consortium russe, ces missiles, produits à partir des années 1980, ne sont plus fabriqués en Russie depuis 1999, et les dernières pièces ont toutes été livrées à des clients étrangers au tout début des années 2000. « Ni la société ni ses entreprises n’ont pu fournir ces missiles au XXIe siècle », s’est défendu Yan Novikov, s’appuyant sur le fait que le groupe, qui rassemble 46 sociétés, a été créé en 2002.

En revanche, a précisé le président, les ogives en question sont largement présentes dans l’arsenal de l’armée ukrainienne. « Almaz-Anteï a mené en 2005 une pré-étude de prolongation du contrat d’exploitation de ces roquettes en Ukraine – elle en possédait alors 991 », a souligné M. Novikov.

Sans accuser un camp en particulier, les représentants du fabricant d’armes ont également exposé les résultats de leurs calculs quant à l’origine du tir. Selon eux, le missile n’aurait pas été tiré, comme il a été affirmé jusque-là, depuis la ville de Snejnoe, alors aux mains des insurgés pro-russes, mais depuis un rayon de trois kilomètres autour du village de Zarochtchenskoe. Cette zone était alors le théâtre d’importants combats. Les représentants de la république de Donetsk ont quant à eux déclaré, le 2 juin, que ce secteur n’était pas sous leur contrôle à cette époque.

Almaz-Anteï a conclu en précisant qu’elle n’écartait aucune autre hypothèse, telle celle avancée par le ministère russe de la défense, qui accuse un appareil SU-25, de l’aviation ukrainienne, d’avoir abattu le Boeing.

Égal

Les conclusions de l’entreprise russe et la piste du Buk rejoignent les résultats publiés par le quotidien russe Novaïa Gazeta, qui avait obtenu accès, début mai, à un dossier établi par des ingénieurs militaires russes, mais aussi les premières observations du ministère russe de la défense. Fin juillet 2014, ce dernier avait en effet affirmé que des pièces d’artillerie de type Buk de l’armée ukrainienne avaient été détectées dans les alentours de Zarochtchenskoe.

Mercredi 3 juin, Washington a réagi à la conférence, affirmant ne pas changer de position quant à ce dossier. « Nous continuons d’affirmer que l’appareil a été abattu à partir d’un territoire contrôlé par des séparatistes. Point. Nous sommes convaincus qu’aucun système de défense anti-aérienne de l’armée ukrainienne n’était présent sur les lieux », a déclaré Marie Harf, porte-parole du département d’État américain.

La commission néerlandaise chargée de l’enquête doit, de son côté, rendre son bilan en octobre 2015.

Intégralité de la conférence de presse (également disponible en anglais, arabe et espagnol) :

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