Le marché russe attire toujours les entrepreneurs belges

La Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise pour la Russie (CCBLR) a été créée à Moscou il y a plus d’un an, afin de promouvoir les entreprises et le savoir-faire belges, luxembourgeois et même néerlandais. Rencontre avec son directeur général, Oleg Prozorov, qui a passé plus de 20 ans au Benelux avant de revenir à Moscou.

Oleg Prozorov. Crédits : CCBLR
Oleg Prozorov. Crédits : CCBLR

LCDR : Comment est née la Chambre de commerce belgo-luxembourgeoise à Moscou ?

Oleg Prozorov : La CCBLR existe depuis 1974 à Bruxelles mais ne disposait pas de bureau à Moscou, alors que 350 entreprises belges et luxembourgeoises travaillaient déjà en Russie. Il est donc devenu indispensable d’avoir un centre dans la capitale pour coordonner le travail avec le bureau de Bruxelles, mais aussi pour rassembler toutes les sociétés de ces deux pays du Benelux en Russie, afin de défendre leurs intérêts et promouvoir leurs actions. Nous avons donc inauguré la Chambre de commerce à Moscou en février 2014, en tant qu’entité juridique russe indépendante, à but non-lucratif, liée et associée à la CCBLR Bruxelles par les mêmes objectifs et une direction partagée. Ainsi, le directeur de la Chambre en Belgique, Arkady Arianoff, est aussi le président du conseil d’administration de la CCBLR à Moscou.

LCDR : En février 2014, soit juste au début de la crise économique…

O.P. : Justement, le moment était propice, car tout le monde avait besoin de nous. Notre création a été encouragée par l’ambassade de Belgique en Russie, des organisations d’entrepreneurs belges, et aussi par les entrepreneurs européens eux-mêmes, qui étaient en quête de soutien et de conseil. En tant qu’organisation indépendante et non-gouvernementale, nous avons l’avantage d’être totalement libres et de pouvoir nous déplacer sans réserve pour aider nos membres.

Toutefois, les bouleversements géopolitiques intervenus au moment de l’établissement en Russie nous ont contraints à remettre à jour les projets initiaux envisagés à Bruxelles. Du développement des entreprises des pays du Benelux, nous sommes passés à leur protection et leur soutien sur le terrain. Aujourd’hui, nous aidons ainsi nos membres à rechercher des financements alternatifs, nous exerçons des activités de lobbying à différents niveaux de pouvoir et nous offrons une protection juridique.

LCDR : Qui fait partie de la CCBLR à Moscou aujourd’hui ?

O.P. : Nous sommes principalement une chambre belge, avec une cinquantaine de membres en Russie et 250 en Belgique. Il s’agit majoritairement de grandes entreprises belges capables de soutenir les plus petites dans les moments de crise, mais aussi d’indépendants qui cherchent à faire des affaires en Russie, comme des hôteliers, des restaurateurs, etc. Nous sommes également sollicités par des entreprises hollandaises, qui n’ont pas de chambre de commerce sur place.

LCDR : Où les entrepreneurs belges investissent-ils en Russie ?

O.P. : La présence belge est loin d’être concentrée à Moscou. Elle est répartie sur une grande partie du territoire. Les Belges sont de grands aventuriers, qui n’ont pas peur d’aller voir au-delà de la capitale. À titre d’exemple, une mission économique menée récemment à Tioumen nous a permis de réaliser que la Belgique était le partenaire commercial étranger le plus important de cette région, située à 2000 km à l’est de Moscou.

LCDR : Quels sont les principaux investissements réalisés récemment par des entreprises belges en Russie ?

O.P. : En septembre 2014, le géant chimique Solvay a ouvert dans la  région de Nijni Novgorod, conjointement avec la holding pétrochimique russe Sibur, l’usine Rusvinil : une joint venture, dont les investissements s’élèvent à deux milliards d’euros, spécialisée dans la fabrication de substances tensioactives et de produits pour l’industrie d’extraction d’hydrocarbures. Début 2015, la compagnie aérienne belge Brussels Airlines a également signé un gros contrat pour assurer, dès cet été, trois liaisons directes par semaine entre Bruxelles et Saint-Pétersbourg. Enfin, en mars dernier, Fluxys LNG, qui exploite le port de Zeebrugge en Belgique, a signé un contrat sur 20 ans avec la société russe Yamal LNG pour transborder le gaz naturel liquéfié. 

LCDR : Comment les Russes considèrent-ils des pays comme la Belgique ou le Luxembourg, en tant que partenaires commerciaux ?

O.P. : La Belgique et le Luxembourg ont toujours entretenu des relations fidèles avec la Russie, indépendamment de la direction que prenaient leurs politiques. Cependant, le savoir-faire belge, par exemple, souffre d’un manque de notoriété. Il faut savoir qu’aujourd’hui, en Europe, chaque appareil allemand de haute technologie renferme 30 % de savoir-faire belge ou des pièces produites en Belgique par des entreprises telles Bosch, Siemens ou Volkswagen. Les Russes n’en sont pas forcément conscients, et notre mission est de faire savoir que la Belgique et le Luxembourg ont énormément à offrir en termes de savoir-faire technique, économique… et même politique.

LCDR : Comment évaluez-vous l’impact des sanctions sur les échanges entre la Belgique et la Russie ?

O.P. : En 2013, les échanges commerciaux russo-belges se sont chiffrés à quelque 15 milliards d’euros, avec une balance en faveur de la Russie, qui a exporté pour 9,7 milliards d’euros de marchandises, contre environ 5,3 milliards d’euros pour les 3 300 sociétés belges. Les prévisions pour 2014 sont également de 15 milliards, et toujours à l’avantage de la Russie, avec 11 milliards d’euros. La  diminution des exportations pour la Belgique s’explique en partie par les contre-sanctions russes, mais aussi par une baisse générale du marché, qui touche 18 des 22 secteurs d’exportations belges.

Quelques entreprises ont notamment dû mettre leur activité en suspens, et une société a même décidé de quitter la Russie, mais il s’agit de toutes petites structures. Ceux qui connaissent le marché russe et sont présents depuis plusieurs années savent bien que les moments de crise sont les meilleures périodes pour mettre en valeur ses atouts. Certaines compagnies construisent et profitent donc de cette période de calme et de faible concurrence pour renforcer leur présence et devenir plus fortes sur le marché russe.

LCDR : Quel est l’état d’esprit des entrepreneurs belges vis-à-vis de la Russie ?

O.P. : Ils sont las d’attendre. Tout le monde pensait que la crise serait passagère, mais elle dure depuis plus d’un an ! Les entrepreneurs désirant s’implanter en Russie essayent de trouver des moyens de financement alternatifs, car le risque est de perdre des parts de marché qui sont ensuite difficiles à récupérer. L’intérêt pour la Russie est important en Belgique. La preuve : toutes les conférences que nous organisons sur le climat d’investissement en Russie, que ce soit à Moscou ou à Bruxelles, font salle comble. Et il suffit de prendre l’avion entre Moscou et Bruxelles pour s’en rendre compte : près de la moitié des passagers sont des hommes d’affaires. C’est déjà un bon signe ! Je constate tous les jours que la Russie intéresse toujours autant, si ce n’est davantage les entrepreneurs belges.

Oleg Prozorov et Arkady Arianoff. Crédits : CCBLR
Oleg Prozorov et Arkady Arianoff, tout juste décoré par le ministère russe des affaires étrangères. Crédits : CCBLR

LCDR : Quelle relation entretenez-vous avec les autorités russes ?

O.P. : Même si le bureau de Moscou est jeune, nous entretenons des relations de longue date avec toutes les régions et ministères russes, depuis Bruxelles, sans ressentir une quelconque hostilité. Ces dernières années, nous avons régulièrement fait appel aux instances gouvernementales russes pour solliciter de l’aide ou participer à des événements, et nous n’avons jamais essuyé de refus. Les autorités russes comprennent que nous ne sommes pas responsables des décisions politiques prises à Bruxelles et font beaucoup pour alléger la tâche des entreprises dans ce contexte de tensions russo-européennes.

Par ailleurs, le 30 mai dernier, le directeur général de la Chambre en Belgique a été décoré, à Bruxelles, par le ministère russe des affaires étrangères, pour sa contribution au développement des relations économiques russo-belges et russo-luxembourgeoises. Il s’agit pour nous de la plus belle des reconnaissances !

LCDR : Quels sont les secteurs les plus prometteurs, en termes de coopération belgo-russe ?

O.P. : Les branches de l’économie russe attirant principalement les capitaux belges sont l’industrie pétro-gazière, l’agroalimentaire, la chimie, le génie civil, la production de matériaux de construction, les télécommunications, la logistique et le transport. De bonnes perspectives de coopération existent notamment dans le domaine de la construction et de la modernisation des usines chimiques. En outre, les secteurs de l’aérospatiale, de la fabrication de composants pour automobiles mais aussi la santé publique commencent à devenir des domaines privilégiés de coopération bilatérale.

1 commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *