Jean-Maurice Ripert : « La France veut maintenir le dialogue avec les autorités russes »

L’ambassadeur de France en Russie, Jean-Maurice Ripert, revient sur les principaux axes des relations franco-russes avant d’intervenir sur ce thème le 7 juillet prochain dans le cadre des Mardis du Courrier de Russie.

Jean-Maurice Ripert lors de sa visite des locaux du Courrier de Russie / Ambassade de France en Russie
Jean-Maurice Ripert lors de sa visite des locaux du Courrier de Russie, en octobre 2014. Crédits : Ambassade de France en Russie
  • L’année qui vient de s’écouler a été difficile pour les relations franco-russes. Comment la situation géopolitique a-t-elle affecté votre travail d’ambassadeur en Russie ?

Jean-Maurice Ripert :  Tout au long de l’année, mes collègues de l’ambassade et moi-même avons été « sur le pont » 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Cette crise est l’une des plus sérieuses auxquelles l’Europe ait dû faire face depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Elle a mis en péril la sécurité du continent européen.

Nous avons informé Paris « en direct » et sommes restés en contact permanent avec les autorités russes, les médias et les membres de la société civile russe, afin d’être en position de conseiller Paris en temps réel au sujet des évolutions en cours à Moscou et des issues possibles à la crise. Nous avons dû organiser deux visites du président Hollande à Moscou avec seulement quelques heures de préavis.

J’ai également dû déployer des efforts pour expliquer au public russe la politique de l’Union européenne, qui combine dialogue et sanctions. Nous devons convaincre l’opinion en Russie que les sanctions sont la conséquence de l’annexion illégale de la Crimée et de la déstabilisation de l’Ukraine, et qu’elles ne sont pas destinées à nuire aux citoyens russes. Et que la France ne veut pas que la Russie s’éloigne de l’Europe.

Au contraire, la France veut maintenir le dialogue avec les autorités russes, continuer à tendre la main à la population russe et regarder au-delà des difficultés actuelles afin de développer autant que possible notre dialogue et notre coopération en matière de résolution de crises internationales – la Russie et la France sont des membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et ont, à ce titre, des responsabilités particulières – ainsi que nos échanges économiques dans les deux sens. Pour rappel, la Russie effectue la majeure partie de ses échanges commerciaux avec l’Union européenne : plus de 52 % des exportations russes étaient destinées à l’UE en 2014.

L’initiative « de Normandie » a montré l’engagement de la France et de l’Allemagne à travailler de concert avec Kiev et Moscou afin de trouver des solutions à la crise ukrainienne.

  • Le président François Hollande a été très actif dans la négociation de l’accord de paix de Minsk entre les dirigeants ukrainiens et les séparatistes du Donbass. Pensez-vous que cet accord tiendra et que les relations franco-russes pourront commencer à s’améliorer ?

J.-M. R. :  Le président Hollande a organisé la première réunion au format « Normandie » il y a un an, le 6 juin 2014. Il a décidé d’y associer la chancelière Merkel et s’est rendu depuis à Moscou à deux reprises pour discuter de la crise en Ukraine avec le président Poutine, une fois en tête-à-tête en décembre, puis lors d’une visite effectuée conjointement avec la chancelière allemande. Ils se sont également entretenus à Milan et, plus récemment, à Erevan. François Hollande a été en contact téléphonique quasi quotidien avec les présidents Porochenko et Poutine. Outre ces discussions de haut niveau, les ministres des affaires étrangères sont restés en contact permanent.

Le président français et la chancelière allemande ont déployé toute leur énergie et leurs efforts pour maintenir le dialogue, car la restauration de la paix en Europe, la souveraineté de l’Ukraine et le rapprochement entre la Russie et ses partenaires européens sont essentiels pour nous. Pour nous Français, pour nous Européens, et aussi pour le peuple russe.

  • Cette année marque le 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. La France et l’Union soviétique étaient alliées pendant cette guerre. Pensez-vous que cette histoire commune est une bonne base pour essayer de reconstruire la relation franco-russe ?

J.-M. R. : Ce n’est pas dans ces termes que la question se pose. Il y a une grave crise de confiance entre l’Europe et la Russie depuis l’annexion illégale de la Crimée, mais il n’y a aucune nécessité de « reconstruire » notre relation. Coopération et dialogue ont continué tout au long de la crise, en dépit de nos divergences.

Cela étant dit, la France tient à marquer l’importance de célébrer les pages d’Histoire qu’elle partage avec la Russie. C’est la raison pour laquelle le président Poutine a été invité l’an dernier en France par le président Hollande pour les célébrations du 70e anniversaire du Débarquement sur les plages de Normandie. C’est aussi pourquoi le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a participé aux cérémonies de la Victoire à Moscou le 9 mai. Nous savons très bien ce que l’Europe doit à la population de l’Union soviétique et à l’Armée rouge, de même que nous savons combien nous sommes redevables aux Américains, aux Britanniques et à tous nos autres alliés de tous les continents qui ont combattu côte à côte pour libérer l’Europe et le monde du nazisme.

Permettez-moi de vous parler d’un épisode qui incarne la fraternité d’armes franco-russe. En 1942, le général de Gaulle, qui était à l’époque chef de file des Forces françaises libres basées à Londres, a envoyé un groupe de pilotes de l’armée de l’air française pour combattre aux côtés des forces soviétiques sur le front de l’Est. Ensemble, les pilotes français et les mécaniciens soviétiques de la célèbre escadrille Normandie-Niémen ont combattu dans le cadre de trois campagnes sous le drapeau de l’Union soviétique, et ce jusqu’au 9 mai 1945, période pendant laquelle ils ont détruit 273 avions ennemis et reçu de nombreuses médailles, citations et récompenses à la fois de la France et de l’Union soviétique.

  • Lorsque nous vous avons interviewé l’an dernier, vous étiez à Moscou depuis peu de temps. Au cours de l’année passée, vous vous êtes rendu dans de nombreuses villes russes : Rostov-sur-le-Don, Ekaterinbourg, etc. Qu’avez-vous appris sur la Russie et ses régions au cours de ces voyages ?

J.-M. R. : Depuis notre rencontre l’an dernier, j’ai effectivement voyagé dans toute la Russie : Irkoutsk, Saint-Pétersbourg, Ekaterinbourg, Novossibirsk, Kazan, Samara et Togliatti. Je serai à Oufa dans les prochaines semaines, puis je me rendrai à l’automne en Extrême-Orient, à Iakoutsk, pour discuter de l’impact du changement climatique sur les régions russes. Comme vous le savez, la France accueillera en décembre à Paris la conférence COP21 des Nations Unies sur le changement climatique. À Iakoutsk, la fonte du pergélisol (ou permafrost) a des effets dévastateurs.

Partout où je vais en Russie, je suis frappé par la façon dont beaucoup de gens sont attirés par la France. Cela a trait à la culture, aux sciences, aux technologies et bien sûr aux affaires. Par exemple, à Rostov et Kazan, nous avons partagé notre expertise en matière de transports et d’infrastructures à l’approche de l’Euro 2016 en France et de la Coupe du Monde 2018 en Russie. Avec les autorités locales d’Irkoutsk, nous avons organisé l’an dernier un forum franco-russe sur les perspectives du secteur touristique en Sibérie et en Extrême-Orient.

  •  Quels sont, selon vous, les secteurs les plus prometteurs pour la coopération franco-russe ?

J.-M. R. : La France est l’un des principaux investisseurs en Russie. Les investissements directs sont essentiels car ils sont des signes à la fois de la confiance des entreprises françaises en l’avenir de l’économie russe et de leur engagement à long terme. Malgré les difficultés actuelles, les investisseurs français ne vont pas quitter le pays, et nous espérons même voir quelques nouveaux investissements dans les prochains mois. Ces investissements – qui se font souvent dans le secteur des hautes technologies – sont particulièrement importants car ils contribuent à l’indispensable diversification de l’économie russe et permettent le transfert des savoir-faire techniques.

Les entreprises françaises sont déjà très actives dans de nombreux secteurs de l’économie russe : l’énergie, les transports, les infrastructures, l’aérospatiale et, bien sûr, l’industrie agro-alimentaire, en particulier les produits laitiers et la viande.

La France est également une destination de plus en plus attractive pour les investisseurs russes : selon la Banque de France, le volume des IDE russes en France a fortement augmenté depuis 2011, passant de 150 millions d’euros en 2010 à 745 millions d’euros en 2013. Ces chiffres comprennent les flux financiers, les fusions-acquisitions et les investissements dans des projets de création d’emplois. 43 entreprises russes sont maintenant implantées en France.

  •  La Russie est devenue une destination très accessible pour les voyageurs européens en raison des fluctuations du taux de change entre l’euro et le rouble. Pensez-vous qu’il soit possible que la Russie devienne plus attractive pour les touristes français ?

J.-M. R. : La Russie a toujours été une destination attrayante pour les touristes français, et ce pour de nombreuses raisons. À mon avis, cela résulte en premier lieu de cette attraction culturelle mutuelle – devrais-je dire fascination ? – qui a toujours été le moteur du rapprochement entre nos deux peuples et s’est montrée capable de résister à toutes les crises, même les plus profondes. Les Français sont connus pour leur passion du tourisme axé sur le patrimoine culturel, et ils aiment beaucoup visiter Moscou et Saint-Pétersbourg.

À cet égard, je tiens à attirer votre attention sur la décision que nous avons prise, avec mon homologue russe à Paris, de célébrer en 2016 une « année du tourisme et du patrimoine culturel ». Dans ce cadre, nous allons organiser un certain nombre de manifestations consacrées à l’héritage fascinant que nos deux pays possèdent.

Enfin, je tiens à réaffirmer qu’il n’y a aucune restriction de visa pour les citoyens russes souhaitant visiter l’Europe, bien au contraire. Au consulat de France, seulement 1,5 % de toutes les demandes de visa sont refusées, et 40 % des visas délivrés sont à entrées multiples, valables jusqu’à 5 ans. Les touristes russes sont tout à fait les bienvenus en France !

5 commentaires

  1. Les Français sont inféodés à Washington et ne veulent pas reconnaître que la Crimée, c’est l’histoire de l’Alsace-Lorraine, sans ses 1,5 millions de poilus tués, 6,5 millions d’invalides et un déficit démographique énorme qui découla de la guerre 14-18. La Russie a agit avec une grande intelligence… et opportunisme.

  2. Je suis Français à ce titre , il me serait agréable que l’histoire ne soit pas réécrite en faveur des Américains.
    Aujourd’hui il faut un referendum en France pour la livraison des navires.
    La Crimée n’a jamais était annexée, c’est le choix d’un peuple.
    La perte des Malouines par la France que dire? révisons l’ histoire, vrais.
    Je vous prie de savoir que le Général De-Gaule voulait rétablir le conte Paris au gouvernement et qu’il a trahis l’esprit du gouvernement de la résistance..
    Les pilotes du Normandie-Niémen étaient tous des volontaires.
    La Russie avait fait cadeau aux pilote de leurs avions, à l’arrivée en France le Général les a réincorporé à l’armée, donc saisie.
    C’est bien la France pays des conquistadors qui a déclarée la Guerre en 39 à l’ Allemagne.
    Depuis Louis14 la France se comporte en impérialiste du trafic d’esclaves humains.
    Sur l’ Ukraine en France arrentons les délires et ouvrons les yeux sur la venue de l’extrême droite.
    Avec tout mes respects monsieur l’ Ambassadeur de mon Pays.
    Désolé nous n’avons pas le droit de juger,

  3. « Nous devons convaincre l’opinion en Russie que les sanctions sont la conséquence de l’annexion illégale de la Crimée  » … illégale ? pourquoi illégale ? Maidan est illégale également, pourquoi deux poids deux mesures ? Tant que les français parleront de la sorte les russes ne comprendront pas, et je suis d’accord avec euxd.

  4. Malgres beaucoup d’ efforts pour recoller les morceaux ,le mal est fait et bien fait.Les Russes ne sont pas dupes ,L’ ancien president Giscard d’ Estaing ,est venu a Moscou il n’ y a pas si longtemps , courageuse demarche ,l’ ancien president a dit le contraire du nouveau president concernant la Crimee et a essayer de recoller les morceaux . Apres plus de 20 annees je commence a connaitre un peu les Russes et la Russie .Les sanctions ne sont pas faites pour apaiser la rencoeur des Russes et de leur president . c’ est comme a la foire aux bestiaux si vous ne donnez pas la parole donnee , vous passez pour pas honnetes et pas credible peu importe le reste des relations bi laterales une commande c’ est une commande et la le coup des Mistral ce n’ est pas serieux ,de plus en envoyant Monsieur Fabius le jour suivant de la grande parade et mettre un bouquet ……ce pas serieux apres 27 millions de morts cote russes le representant supreme de la France devait etre a Moscou ,nos amis russes n’ ont pas encore digere , le coup de ne pas livrer et faire couler les 2 bateaux comme c’ est une negociation de comptoir de la part du representant supreme de la France et des francais , le fait d’ avoir une nouvelle commande de bateau ` de la part des americains pour compenser le manque a gagner de la France c’ est une preuve certaine que le patron de l’ Amerique est bien le pilote de la France et de l’ Europe …de plus mettre l’ armee americaine, l’ otan au plus pres des frontieres de la Russie ce sont des erreurs monumentales .Pour conclure nous voyons qui pilote l’ europe qui sont les copilotes des marionnetes !!!…….Le General De Gaulle est deja debout de sa tombe . Revenez a la raison nos dirigeants de la France soyez clairs et n’ employez pas le double language c’ est tres tres mauvais dans le milieu des affaires surtout internationales , et n’ oubliez pas non plus ……plus de 27 millions de morts cote de la Russie !!!!! ou vous ne respectez plus rien et alors nous avons la memoire bien courte …..je deteste les faux culs !!!

  5. Au delà des révérences et de la « facsination »je vois mal comment M l’ambassadeur compte de persuader les russes de l’annexion illégale de la Crimée. Même l’intervention étrangère post révolutionnaire 1917 n’avait une tache aussi compliquée))):

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