En quoi une faillite de la Grèce menacerait-elle la Russie ?

Les négociations qui se sont déroulées samedi 27 juin entre Athènes et ses créanciers internationaux se sont soldées par un échec. À la suite de quoi la Banque centrale européenne a décidé de geler la fourniture de liquidités d’urgence aux institutions de crédit grecques. Le gouvernement du pays « rebelle » a réagi, dans la soirée du 29 juin, en instaurant un contrôle des mouvements de capitaux et en fermant ses banques, afin d’empêcher un effondrement du système financier.

banque de grèce
La Banque de Grèce, à Rhodes. Crédits : Wikipédia

Les autorités grecques ont publié un document intitulé « Interruption de l’activité des banques », qui énumère les mesures visant les organisations financières et sera en vigueur du 28 juin au 6 juillet. Le texte a été signé par le président grec Prokopis Pavlopoulos et le Premier ministre Alexis Tsipras, comme le rapporte l’Agence France-Presse. La Grèce devient ainsi le deuxième pays de la zone euro à devoir contrôler ses capitaux, après Chypre en 2013 – également sous la pression de ses « partenaires » régionaux et du FMI.

Les autorités justifient ce contrôle par « la nécessité urgente et imprévue de défendre le système financier et l’économie de la Grèce face au manque de liquidités provoqué par la décision de l’Eurogroupe, le 27 juin, de suspendre le programme d’aide au pays », précise RIA Novosti, citant le gouvernement grec. Parmi ces mesures de sauvetage, la Grèce a notamment fixé à 60 euros le seuil maximum quotidien de retrait de liquide par compte bancaire.

En pratique, la Grèce s’approche de la faillite. Face à cela, son parlement vient de voter en faveur d’un référendum, à l’occasion duquel les Grecs devront décider d’accepter ou de refuser les propositions des créanciers. Ce référendum est prévu pour le 5 juillet, et les banques grecques et la bourse d’Athènes seront fermées jusqu’au 7 juillet.

Naturellement, cette situation se ressentira sur l’ensemble des marchés financiers et, en premier lieu, sur celui des devises. Vendredi, par exemple, souligne Vladislav Antonov, analyste pour la maison de courtage Alpari, le rouble s’est renforcé par rapport à l’euro suite à l’annonce du rejet par le gouvernement grec d’une proposition de prolonger de cinq mois le programme d’aide financière.

Le 30 juin, la Grèce est censée rembourser 1,6 milliard d’euros au FMI, rappelle l’expert d’Alpari. Sans quoi Christine Lagarde devra informer le Conseil exécutif de l’institution internationale du non-paiement de la Grèce, ce qui sera synonyme de faillite pour cette dernière. C’est dans ce contexte qu’aujourd’hui, en Asie, le cours euro/dollar a chuté de 200 points depuis l’ouverture du marché des changes (Forex). L’or a quant à lui augmenté de 13 dollars, jusqu’à 1187 dollars l’once, et le pétrole est descendu à 62,41 dollars. Cette baisse du prix du baril fera pression sur le rouble. Ainsi, l’expert s’attend à ce que la situation en Grèce fasse aujourd’hui monter le dollar à 55,5 roubles.

La conjoncture grecque va fournir un soutien colossal au dollar, qui, à son tour, exercera une pression marquée sur le pétrole et le rouble, dont les cours diminueront, confirme Anna Bodrova, analyste senior chez Alpari. Lundi matin, les prix de l’or noir ont baissé de près de 1,5 %, et ils n’en resteront pas là. Ces prochains jours, le rouble sera fortement agité. Compte tenu du fléchissement du couple euro/dollar, un renforcement de la devise américaine est plus que probable. Pourtant, l’économie russe ne se portera que mieux de cet affaiblissement du rouble : le déficit budgétaire cessera de s’accroître si le dollar dépasse les 54 roubles.

De façon générale, note Oleg Chagov, directeur du département analytique de la société d’investissement Solid, la faillite de la Grèce et la probable sortie du pays hors de la zone euro qu’elle entraînera provoqueront une vague d’instabilité sur les marchés financiers occidentaux. Pourtant, ceux-ci étant actuellement en grande partie fermés aux sociétés russes, un Grexit n’aura qu’un impact très limité sur l’économie de la Fédération. Même moindre, selon toute vraisemblance, que celui de la crise chypriote.

Actuellement, constate Oleg Chagov, les liens entre les économies grecque et russe ne sont pas très importants et le volume de leurs échanges commerciaux est insignifiant. Néanmoins, ces échanges pourraient augmenter après un Grexit si, par exemple, la Russie supprimait la Grèce de sa liste des pays occidentaux sous embargo alimentaire. C’est pourquoi il est propable que la faillite de la Grèce n’ait pas de répercussions graves directes sur l’économie russe. Pourtant, l’instabilité européenne pourrait secouer temporairement le marché financier russe, qui se prépare, après la fin de la saison des dividendes, aux congés estivaux.

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