Comment une étudiante modèle de la MGU a rejoint l’État islamique

Le 27 mai, Varia Karaoulova, étudiante en deuxième année de philosophie à la MGU, a dit à sa mère qu’elle partait à l’université, puis est sortie de chez elle. La jeune femme a ensuite envoyé un SMS à sa maman, dans lequel elle lui demandait de promener le chien (ce qu’elle n’avait jamais fait avant) et, ce jour-là, elle n’est pas rentrée à la maison. La nuit même, les parents sont allés voir la police et, dès le lendemain, on apprenait que Varia se trouvait sur le territoire turc, et même, à en juger par les données de son téléphone, déjà à la frontière syrienne. Peu à peu, les parents ont découvert avec effroi que leur fille avait, manifestement, rejoint la zone de combat de l’organisation terroriste État islamique. Qu’a-t-il pu arriver à cette jeune femme, titulaire d’une médaille d’or pour ses études, connaissant cinq langues étrangères (anglais, allemand, français, arabe et latin) et qui entretenait de bonnes relations avec ses parents et ses condisciples ? The Insider s’est entretenu avec son père, Pavel Karaoulov.

Varia Karaoulova. Crédits : theins.ru
Varia Karaoulova. Crédits : theins.ru

The Insider : Pavel, avez-vous quelconques informations de la part des forces de l’ordre ou des collaborateurs de la représentation diplomatique en Turquie ?

Pavel Karaoulov : Malheureusement, je ne peux pas dire que nos demandes aient eu un quelconque effet. Je sais seulement que les documents ont été acceptés et que le mécanisme est lancé. En réalité,  je reçois plus d’informations de la part de mes connaissances que de celle des organismes correspondants.

The Insider : Sait-on quelque chose sur ce qui est arrivé à Varia, après qu’elle est sortie de la maison, mercredi ?

P.K. : Nous avons appris qu’un passeport avait été délivré au ministère des affaires étrangères à son nom, sachant que pour ça, comme chacun sait, la présence physique du possesseur n’est pas indispensable. On sait aussi qu’un billet pour Istanbul a été acheté, un aller simple. Et on sait que le passeport et le billet ont passé les contrôles à Cheremetievo et à l’aéroport Ataturk, à Istanbul, et aussi que son téléphone a été enregistré à Istanbul.

The Insider : Vous dites que quelqu’un d’autre peut obtenir le passeport à la place du possesseur. Vous pensez que quelqu’un l’a accompagnée ?

P.K. : Je ne peux pas l’assurer de façon univoque.

The Insider : Aviez-vous eu, auparavant, quelconques raisons de supposer que quelque chose n’allait pas avec votre fille, qu’elle s’était renfermée sur elle-même ou quelque chose de ce genre ?

P.K. : Je dois faire mon autocritique et admettre que la psychologie s’altère, chez les parents, et qu’ils peuvent fermer les yeux sur certaines choses, mais il me semblait que tout se trouvait dans les limites du raisonnable et de l’acceptable. Varia était une élève très studieuse, elle passait beaucoup de temps dans les livres, à faire du sport, à pratiquer des langues. Elle ne s’intéressait pas à l’alcool et, peut-être pour cette raison, d’ailleurs, elle ne communiquait pas tellement avec ses semblables et se tenait un peu à l’écart, de ses condisciples notamment. Et ça s’est visiblement renforcé en deuxième année.

Il faut une organisation qui s’opposerait à ce processus hostile

The Insider : Quelqu’un aurait-il pu comprendre, au vu de son comportement, qu’elle s’intéressait à l’islam ?

P.K. : En septembre, elle a commencé d’étudier l’arabe, et nous avons vu apparaître à la maison des livres consacrés à l’islam, mais les cours du département d’étude des cultures de la faculté de philosophie de la MGU impliquent l’étude des religions. Nous venons juste de découvrir qu’après être sortie de la maison dans des vêtements normaux, une fois arrivée à la MGU, elle enfilait un hidjab, une robe longue et des blouses à manches longues et de couleur sombre. Ce changement dans sa façon de s’habiller a commencé vers octobre dernier.

The Insider : Quelle est la probabilité que votre fille ait rejoint l’État islamique ?

P.K. : C’est une menace absolument réelle. Je comprends qu’en ce moment même, alors que je m’occupe de tout ça depuis trois jours, en communiquant avec des amis des quatre coins du monde, à quel point nous sous-estimons cette menace ici, en Russie. Nous n’en avons pas conscience et nous ne prenons aucune mesure pour la prévenir et l’arrêter. Il faudrait au moins alerter les gens que ce danger existe.

The Insider : Mais comment lutter contre cette menace, quand une telle décision peut mûrir même dans la tête de l’étudiant le plus studieux et intelligent ?

P.K. : Il faut une organisation qui s’opposerait à ce processus hostile, il faut des mesures préventives, dirigées en premier lieu vers les parents, qui peuvent et qui doivent arrêter ça, et vers les enseignants, qui doivent prêter attention aux étudiants et aux élèves qui sont exposés à ce genre d’attaques et qui y sont, malheureusement, très vulnérables. Sachant que les adolescents, la couche de population la plus fragile dans ce cas, passent une énorme partie de leur temps sur Internet, sur les chats en ligne. Et si les parents peuvent surveiller une page sur les réseaux sociaux, il est difficile de savoir ce qu’ils écrivent dans un groupe de messagerie, comme WhatsApp ou autre. Il y a une énorme pression informative qui peut venir de là, et que l’adolescent peut ne pas supporter – je le vois à partir de cas observés en Espagne, en Italie et dans d’autres pays, mes connaissances me font part de nombreux exemples en ce moment.

The Insider : Et quels réseaux sociaux utilisait Varia ?

P.K. : Varia avait l’ensemble standard de l’étudiant moscovite contemporain : smartphone de dernière génération, tablette, ordinateur portable. Elle a des comptes sur Vkontakte et Facebook, elle était sur WhatsApp. En réalité, même une surveillance quotidienne de ses pages sur les réseaux sociaux nous aurait permis de prendre déjà des mesures préventives.

Etat islamique filles
Jeunes recrues de l’organisation Etat islamique. Crédits : capture Youtube.

The Insider : Après que l’information a circulé sur votre fille, des articles sont parus dans la presse avec des commentaires de psychologues disant, en substance, qu’il faut s’y prendre autrement avec les enfants. Mais dans votre cas, on n’a pas l’impression que des problèmes familiaux soient à l’origine de cette décision.

P.K. : C’est bien là, le problème : il n’y en avait pas ; j’ai vu ces commentaires – pardonnez-moi ma franchise – idiots. L’atmosphère était bonne, Varia était et reste une enfant aimée, sans la moindre hésitation, elle-même s’entendait très bien avec les enfants, ses capacités étaient au-dessus de la moyenne et elle les réalisait. Bien sûr, il y a eu des conflits, mais l’atmosphère dans la famille ces derniers temps n’a pas pu contribuer à ce qui s’est passé. À 18 ans, un individu prend un chemin propre, indépendant, c’est normal ; mais peut-être que la négligence, de notre part, est que nous n’avons pas suffisamment préparé son psychisme à ça, Varia restait encore trop ouverte, vulnérable, je dirais – casanière, solitaire. Et c’est précisément ça, peut-être, qui a été la cible pour des manipulateurs extrêmement professionnels, des recruteurs bien préparés. Il y a indubitablement là-bas un tel niveau de préparation que même quelqu’un de très éduqué a du mal à résister. Pour résister à des professionnels, il faut des professionnels.

The Insider : Mais tout de même, en tant que père, pouvez-vous faire des suppositions sur ce qui a pu pousser une jeune femme intelligente à prendre une telle décision ?

P.K. : Je ne sais pas, j’ai l’impression que c’est une espèce de zombification, comme une influence hypnotique – c’est-à-dire que ce ne sont pas de simples conversations mais un travail de psychologue professionnel et en profondeur qui a été opéré. Vous comprenez, tout de même, qu’un bon professionnel peut convertir même quelqu’un de préparé, ils savent vous endormir, et pas seulement sur scène.

The Insider : En d’autres termes, vous pensez que l’influence a agi moins au niveau des idées qu’à un niveau, disons, psychique ?

P.K. : Je pense que c’est avant tout une pression psychique, et qui s’est passée, en plus, sur fond de mûrissement sexuel.

The Insider : Vous avez déjà dit qu’il n’y avait pas, en Russie, d’organisation qui s’occuperait de résister à ce genre de recrutement ; mais en Europe aussi, de nombreuses familles ont souffert. Avez-vous des contacts avec ces gens, ou avec telle ou telle organisation internationale ?

P.K. : Oui, bon gré mal gré, j’ai commencé de prendre contact, de me renseigner sur comment tout cela est organisé, quelles ont été les tentatives pour y résister, ce qui marche ou non. En ce bref laps de temps, j’ai déjà rassemblé autant d’informations et de contacts que ce qui aurait pu constituer la base d’une chaîne de résistance. J’ai l’impression que sans ça, notre avenir commun est exposé à un gros risque.

The Insider : C’est-à-dire qu’il y a tout de même des cas de résistance qui ont réussi ?

P.K. : Oui. Une organisation espagnole, par exemple, grâce au travail très actif et efficace de la police, a pu obtenir 50 % de retours. C’est déjà un résultat satisfaisant.

Il y a des itinéraires et ce qu’on appelle des timelines précisément établis, c’est-à-dire qu’on sait quand et où la personne doit se trouver, et ce qu’il faut entreprendre à ce moment-là pour l’en empêcher.

The Insider : Quels mécanismes utilisent-ils ?

P.K. : Des choses qui sembleront familières à n’importe quel agent des forces de l’ordre : révélation, identification, mesures préventives. Dès les stades les plus précoces, aux premiers signes, des mesures efficaces peuvent être prises, sachant que ces signes ne se manifestent pas seulement dans la vie réelle, mais aussi sur le plan de la communication virtuelle.

The Insider : Ça, c’est pour les mesures préventives, mais qu’en est-il du post-factum ?

P.K. : Si ça a déjà eu lieu, il y a des itinéraires et ce qu’on appelle des timelines précisément établis, c’est-à-dire qu’on sait quand et où la personne doit se trouver, et ce qu’il faut entreprendre à ce moment-là pour l’en empêcher. Il y a une liste de cinq villages qui sont des points de transfert, il y a des camps de réfugiés qui sont des sites de préparation pour les transferts. Il y a toute une liste de ce genre de données, dont l’étude, je l’espère, permettra d’aider non seulement ma fille chérie, mais a du sens aussi pour l’ensemble de notre pays.

The Insider : Parce que c’est une question d’heures, n’est-ce pas ? Si on peut parvenir à quelque chose, c’est seulement tant que la personne n’est pas encore arrivée à destination, c’est ça ?

P.K. : Exactement. Tout dépend de toute une série de facteurs, notamment de la publicité. Il est plus difficile de cacher et de faire passer quelqu’un sur qui l’information a déjà circulé et fait du bruit.

4 commentaires

  1. Pour quelqu’un ( le père) qui n’a pas vu l’évolution de sa fille, il semble avoir soudain un excellent niveau d’information et de compréhension du phénomène ! bizarre cette attitude!

  2. c’est inconcevable de la part decettejeune fille russe!!!! c’est la contamination totale mondiale de cette jeunesse, c’est très grave, je pense que notre grand dirigeant POUTINE VA REMETTRE EN ORDRE CE FAIT GRAVISSIME!!!!!! ainsi que la FRANCE!!!!! et toute la planette pour remédier a cette infamie!!!!

  3. La Russie n’est qu’au début d’une infiltration ,des mouvement islamique . Si vous ne réagissez pas immédiatement ,il gagnerons du terrain tous les jours .soyez très vigilant .Ne leur accorde ùaucune confiance .

  4. Comme bien d’autres jeunes filles ou femmes qui tombent dans le piège tendu par l’abomination islamique et l’excellence de sa communication sur les réseaux sociaux entretenue par des rabatteurs prosélytes, il y a fort à parier qu’elle est devenue l’objet de toutes les dérives et perversions d’un ou de plusieurs de ces barbares. Et encore peut-on espérer qu’elle soit vivante ! Bon courage aux parents, mais il y en aura encore beaucoup d’autres, car les gouverne-ments (oui en deux mots), français par exemple, insistent très très très l o u r d e m e n t « qu’il ne faut pas faire d’amalgame », que ce sont des actes isolés !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *