#ImpactJournalism : Quand le biogaz devient mobile

Un entrepreneur allemand propose une réponse aux besoins énergétiques des pays en développement : transformer les déchets et le fumier en biogaz transportable. Et en revenus.

Belete Tura. Crédits : Jonathan Le Péchon
Une femme porte un (B)pack à Addis-Abeba, en Ethiopie. Crédits : Jonathan Le Péchon

Belete Tura s’arrime, sur le dos, un sac imposant mais léger, avant de se mettre en route pour l’installation de biogaz située non loin de là, à Arsi Negele, dans le centre de la vallée du Rift, en Éthiopie. Son sac à dos ressemble à un énorme oreiller, moitié moins haut qu’elle et presque quatre fois plus large. Quand la jeune femme descend la piste poussiéreuse dans la clarté du petit matin, les passants lancent des regards interrogateurs à son étrange fardeau.

Ce qu’ils ne savent pas, c’est que Belete Tura participe à un programme pionnier qui lui permet de se procurer de l’énergie propre à un prix abordable. Son sac à biogaz, ou (B)pack, est une création de (B)energy, entreprise à vocation sociale basée en Allemagne et dont le but est de fournir aux populations rurales pauvres des solutions pour transformer leurs déchets organiques, comme le fumier ou les déchets de cuisine, en énergie.

Avant, Belete Tura passait plusieurs heures par jour à ramasser le bois dont elle se servait comme combustible – comme des millions de personnes dans les pays en voie de développement. Mais la demande en bois entraîne une déforestation inquiétante, et sa combustion dans les habitations multiplie les problèmes respiratoires. Pointant du doigt le plafond de sa cuisine, noirci de fumée au fil des ans, Belete Tura s’interroge : « Si mon plafond est comme ça, je me demande à quoi ressemblent mes poumons ! ».

La fondatrice de (B)energy, Katrin Puetz, est ingénieur agronome. C’est pendant ses études qu’elle a compris que le biogaz pouvait constituer une source d’énergie propre, renouvelable et bon marché : le crottin d’une chèvre mélangé à des déchets de cuisine et à des eaux usées produit suffisamment de gaz pour pourvoir aux besoins en énergie de trois personnes pendant une journée.

Mais Katrin Puetz s’est aussi rapidement rendue compte qu’il fallait revoir la production du biogaz avant de pouvoir en faire profiter à grande échelle les populations rurales pauvres. Car les technologies d’alors étaient onéreuses et fixes. Pire, précise Katrin Puetz, « il n’existait aucune solution pour qu’une famille puisse gagner de l’argent en vendant du biogaz. »

Belete Tura. Crédits : James Jeffrey
Seulema Zeureusulos transportant un (B)pack à Addis-Abeba, en Ethiopie. Crédits : Jonathan Le Péchon

Pendant qu’elle travaillait sur son mémoire, en Allemagne, Katrin Puetz a conçu une gamme de produits, de dimensions réduites et à des prix abordables, destinés à l’utilisation du biogaz. Puis, au bout de trois années de recherches en Allemagne et en Éthiopie, elle a fondé (B)energy avec de l’argent qu’elle avait mis de côté.

Le (B)plant est un digesteur dans lequel le mélange de déchets organiques (fumier, déchets de cuisine, résidus agricoles) et de liquides (eaux usées, urine) se décompose en milieu anaérobie pour donner du biogaz, principalement du méthane et du dioxyde de carbone. Ce digesteur existe en plusieurs tailles. Le plus petit, dont le prix avoisine les 200 euros, peut produire 2,5 m3 de gaz par jour, ce qui permet par exemple de cuire des aliments pendant huit heures.

Pour le transport et le stockage, Katrin Puetz a conçu le (B)pack. Ce sac léger se gonfle automatiquement quand on le branche à l’aide d’un tuyau sur un (B)plant. Une valve permet ensuite de le connecter à un réchaud. Et il ne reste plus qu’à appuyer dessus avec un objet lourd, une planche en bois ou une grosse pierre par exemple, pour que le biogaz en ressorte. Le (B)pack coûte environ 45 euros et pèse moins de 5 kg une fois plein.

Le (B)pack a beau avoir des airs de mini-montgolfière, il ne présente aucun risque d’explosion, assure l’ingénieur : il n’est pas pressurisé. Et si jamais le matériau ultra-résistant dont il est constitué prenait feu, la fuite de gaz ne produirait qu’une flamme infime : il faut mélanger le biogaz à de l’air pour le rendre inflammable.

Côté distribution, Katrin Puetz est convaincue que le seul modèle durable est celui d’un secteur privé constitué de petites entreprises : « Quand on ne permet pas aux gens de gagner de l’argent en produisant de l’énergie et en la vendant, ils restent entièrement dépendants des aides au développement, souligne-t-elle. Ajoutant : Alors qu’en disposant de fumier, d’eaux usées et d’un peu d’argent, les gens peuvent, grâce à ce système, sortir de la pauvreté en devenant (B)entrepreneur et en vendant leur biogaz. »

Il est également possible d’investir, seul ou en groupe, dans un digesteur plus grand, capable de produire 5,5 m3 de biogaz par jour. Le surplus d’énergie peut ensuite être vendu à n’importe quel acheteur équipé d’un (B)pack, lequel peut contenir de quoi cuisiner pendant quatre heures.

En Éthiopie, Yodit Balcha, la première franchisée (B)energy, a mis en place une installation à biogaz et propose des produits (B)energy sur le marché local. « C’est une affaire intéressante, se félicite la jeune femme. Et en même temps, ça aide les gens de mon pays à trouver une solution aux problèmes énergétiques. »

(B)energy est désormais présente au Chili aussi et devrait peu à peu gagner du terrain dans les pays en développement. Pour les utilisateurs convertis au biogaz, il n’y a pas de retour en arrière possible. Belete Tura ne passe plus qu’une heure par jour à cuisiner, contre trois auparavant. Et elle économise l’équivalent de 10 euros par mois sur sa facture d’énergie, une somme considérable en Éthiopie, où le salaire mensuel moyen est d’à peine 40 euros. Dans l’ensemble, la jeune femme apprécie ce nouveau système pour ses bienfaits sur la santé, les économies qu’elle réalise et la dimension sociale de l’entreprise. Mais avant tout, souligne-t-elle, parce qu’il lui « simplifie la vie » !

Pour en savoir plus : www.be-nrg.com/b-home/

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