Anne Coldefy-Faucard : « Traduire, c’est d’une difficulté inouïe et en même temps on s’amuse beaucoup »

On doit à Anne Coldefy-Faucard la meilleure traduction en français des Âmes mortes de Gogol. Retour sur son enfance dans le Cher, ses ancêtres russes, son aversion pour la morale tolstoïenne et le politiquement correct français.

Anne Coldefy-Faucard. Crédits : archives personnels
Anne Coldefy-Faucard. Crédits : archives personnels

Le Courrier de Russie : Parlez-nous de votre enfance.

Anne Coldefy-Faucard : Je l’ai passée dans la province française, à Bourges, dans le Cher, beaucoup de campagne… J’ai aimé Paris, qui est moins agréable qu’avant, mais j’ai besoin de campagne, surtout à partir du printemps, comme de littérature et de musique.

LCDR : Quelles furent vos premières lectures ?

A.C-F. : Des romans, des biographies, avec une prédilection bien sûr pour la littérature interdite aux jeunes filles.

LCDR : Comme ?

A.C-F. : Sartre, dont j’avais tout lu, y compris L’être et le néant, auquel je n’ai pas dû comprendre grand-chose.

LCDR : Et côté musique ?

A.C-F. : La musique classique, même si j’aimais la musique des années 1960 et 1970, j’ai d’ailleurs hésité entre la musique et la littérature.

LCDR : De quelle manière ?

A.C-F. : La composition m’aurait intéressée, les femmes compositeurs, il n’y en avait pas et il fallait être un génie… J’ai décidé que ce serait les lettres.

LCDR : Quelle était l’activité de vos parents ?

A.C-F. : Mon père était fonctionnaire des PTT et ma mère ne travaillait pas, elle avait enseigné les mathématiques.

LCDR : Un souvenir prégnant de votre enfance ?

A.C-F. : J’étais toute petite, j’avais cinq ou six ans, j’étais chez mes grands-parents dans le Sancerrois au mois de décembre, toute seule. Je ne me suis jamais entendue avec ma mère et mon grand-père, qui était dur, bourru. Un jour, il a compris que j’avais un cafard épouvantable, il neigeait, il a attelé et nous sommes allés faire une grande promenade dans la campagne.

Je parlais russe avec ma grand-mère maternelle

LCDR : Quelle partie de votre famille est russe ?

A.C-F. : Mes grands-parents maternels. Ils sont arrivés après la Révolution, mon grand-père était officier à Saint-Pétersbourg, il a été blessé pendant la Première Guerre mondiale et porté disparu à partir de 1916, ma grand-mère a fui la Russie au moment de la Révolution et est venue en France. Elle croyait mon grand-père mort, puis l’a retrouvé en Suisse, il y avait eu un échange de prisonniers sous l’égide de la Croix Rouge.

LCDR : Parlaient-ils russe ?

A.C-F. : Je parlais russe avec ma grand-mère maternelle, c’était un russe d’avant 1917 qui n’avait rien à voir, par exemple, avec le russe des émigrés des années 1970. On ne s’en rendait pas compte mais on utilisait des mots comme « aéroplane » et pas « samoliot » pour dire « avion ». C’était aussi une manière de construire les phrases, je ne m’en suis rendue compte que bien plus tard.

LCDR : Votre mère parlait russe ?

A.C-F. : Ma mère avait une volonté d’assimilation très forte, je me dis que c’est peut-être pour cela que je ne me suis pas entendue avec elle, elle parlait russe mais on ne parlait jamais russe avec elle.

LCDR : Aviez-vous des contacts avec d’autres Russes blancs ?

A.C-F. : Il y avait toujours un monde fou chez mes grands-parents maternels, des cousins russes qui venaient pour quelques jours et qui restaient des mois, des enfants l’été… Il y avait eu un mouvement des Russes vers les campagnes, tout d’abord par manque d’argent, on n’avait plus de bijoux à vendre… et puis à cause de la crise de 1929, il y avait, et ce n’est pas une blague, sur certaines loges de concierge à Paris, la pancarte « Pas de chiens, pas de chats, pas de Russes ». Les Russes s’étaient d’abord déplacés en périphérie de Paris, comme à Meudon ou Malakoff, puis s’installèrent à la campagne, il y avait par exemple, près de ma maison de campagne, à Montargis, une église russe construite dans les années 1920.

Illustration pour le poème de Lev Tolstoï Guerre et Paix. Crédits : pishustihi.ru
Illustration pour le poème de Lev Tolstoï Guerre et Paix. Crédits : pishustihi.ru

Mon grand-père français est mort en lisant Guerre et Paix.

LCDR : Et côté paternel ?

A.C-F. : Pas de racine russe mais mon père comprenait le russe et mon grand-père paternel est mort en lisant Guerre et Paix.

LCDR : Y avait-il chez vous une Russie imaginée qui fut ensuite confrontée à une Russie réelle ?

A.C-F. : J’ai fait des études de russe avec Michel Heller et ce fut fantastique de découvrir les écrivains des années 1920, 1930 que l’on a traduits dans les années 1970, 1980. Avant cela, on se limitait à Gorki et Pasternak mais la littérature des années 1920, personne ne la connaissait. Michel Heller nous faisait ses cours en russe, c’était un russe moderne, il m’a appris à gratter pour voir ce qu’il y a en dessous du texte, il était historien, il faisait des rapprochements historiques, idéologiques, je ne voyais personne faire ça à part lui. Mon premier contact avec la Russie soviétique s’est fait par la littérature.

LCDR : Quels sont vos auteurs russes de prédilection ?

A.C-F. : Gogol, tout Gogol, Dostoïevski et, pour les années 1920, Zamiatine et Pilniak.

Tolstoï s’est fait avoir par Anna Karénine.

LCDR : Vous dites ne pas aimer Tolstoï…

A.C-F. : Je ne suis pas une fanatique de Tolstoï, je le trouve souvent trop didactique, il y a des choses superbes, La mort d’Ivan Ilitch ou Anna Karénine, elle a dépassé Tolstoï, il s’est fait avoir par elle, la séduction a fonctionné à plein, il n’a pas réussi à en faire un personnage moralisant ou moralisateur.

Anna Karénine de Tolstoï.
Anna Karénine de Tolstoï.

LCDR : Vous vous êtes beaucoup intéressée aux objets dans la littérature russe…

A.C-F. : Oui, dans Guerre et Paix, par exemple, les Rostov préparent leurs bagages avant de quitter Moscou et Natacha fait un cirque, elle déballe la vaisselle pour la réemballer, c’est pénible, Tolstoï répète « emballer », « empaqueter » et puis, à la fin de la scène, ils doivent tout laisser pour aider des soldats et des officiers blessés. C’est tellement lourdingue que je n’aime pas toujours mais je suis sévère, c’est un grand, un très grand, et certains de mes amis qui l’admirent pousseraient des hurlements en lisant ce que je viens de vous dire.

Chez Gogol, quand c’est désespéré, on rigole beaucoup.

LCDR : Dostoïevski et Gogol ont plus vos faveurs…

A.C-F. : Dostoïevski peut être appuyé mais Gogol fait des petites choses, comme ça, et à la cinquième, sixième lecture, on se dit qu’on ne les avait pas vues. Chez Gogol, j’aime parce que, quand c’est désespéré, on rigole beaucoup, c’est un auteur désespéré et désespérant mais on rit beaucoup, on rit nerveusement et, parfois même, pas nerveusement !

LCDR : Et la Russie elle-même, quand l’avez-vous rencontrée pour la première fois ?

A.C-F. : Dans les années 1970. Ce n’était pas simple d’y aller et, quand on y était, on ne pouvait pas se balader, pas sortir sans être surveillé, pour vous rendre à plus de quarante kilomètres de Moscou, il fallait une autorisation spéciale. Je ne voulais pas faire un voyage ordinaire et j’avais vu dans Le Monde une annonce pour des bourses permettant de faire un voyage d’études, j’ai choisi l’URSS et j’ai eu la bourse. Elle s’élevait à deux mille francs, ce qui n’était pas du tout suffisant, tout était cher dans l’URSS des années 1970 si on faisait un voyage individuel, et ce sont mes grands-parents paternels qui m’ont aidée à compléter cette somme.

LCDR : Comment s’est déroulé ce premier voyage ?

A.C-F. : J’ai d’abord fait un voyage de groupe pour voir Leningrad, Moscou, et Kiev pendant trois semaines, puis je voulais aller individuellement à Batoumi une semaine, ça me plaisait et c’était en lien avec mon sujet d’étude. J’avais tout organisé en conséquence avec l’Intourist mais ils m’ont finalement dit que je n’allais pas à Batoumi mais à Sotchi ! Sans bien sûr me donner de raison, je hurle et on me répond que je peux rentrer en France aussi… Je suis donc allée à Sotchi et puis, en rentrant, je suis passée par Prague où j’ai appelé mes parents que je n’arrivais jamais à joindre, ils étaient très inquiets, il y avait une épidémie de choléra à Batoumi ! Et bien sûr on ne m’avait rien dit, mais je suis reconnaissante à l’Intourist de ne pas m’avoir envoyée là-bas !

LCDR : Quel regard portez-vous sur la Russie d’aujourd’hui ?

A.C-F. : Je ne suis pas dans la nostalgie de l’URSS, soyons clairs, car il y avait une peur constante, je ne dis pas qu’aujourd’hui c’est idéal mais il n’y a plus cette trouille, c’est beaucoup plus détendu en dépit des difficultés. C’est une question compliquée parce que c’est tellement varié, il y a des gens qui vivent dans une misère inouïe et d’autres qui vivent beaucoup mieux qu’en France mais ce que je peux voir, c’est que beaucoup de mes étudiants viennent de Russie alors que pendant l’Union soviétique, il n’y en avait pas ou presque pas, quelques femmes russes qui avaient épousé des Français, psychorigides à propos de leur pays et qui savaient tout mieux que tout le monde. Le véritable changement s’est fait en 1991.

Anne Coldefy-Faucard. Crédits : hlr.librairieduglobe.com
Anne Coldefy-Faucard. Crédits : hlr.librairieduglobe.com

LCDR : De quelle manière ?

A.C-F. : Depuis 1991, j’ai des étudiants russophones que j’entends beaucoup critiquer leur pays et moi, la vieille antisoviétique, je me surprends à leur dire que tout n’était pas pourri en Russie ou en URSS ! Mais s’ils sont critiques vis-à-vis de la Russie, ils le sont aussi vis-à-vis de la France et de l’Occident. En m’en tenant à cette vision de mes étudiants et sans faire de généralisation, il y a une évolution frappante.

Nous sommes dans quelque chose de destructeur en France.

LCDR : Et quel est votre regard sur la France d’aujourd’hui ?

A.C-F. : Nous sommes dans une situation terrible, dans un nihilisme d’État illustré par des phrases comme « faut pas faire d’amalgame » ou « faut avoir un comportement citoyen ». Nous, on avait un « comportement civique » qui allait très bien. Nous sommes dans quelque chose de destructeur comme ces réformes de l’enseignement où on supprime les classes bilangues dans les collèges, et c’est comme ça qu’on fait l’Europe ! J’ai noté hier dans le rapport gouvernemental sur l’éducation nationale la définition de l’apprentissage des langues étrangères « aller de soi et l’ici à l’autre et à l’ailleurs », on pourrait simplement dire « apprendre une langue étrangère ». Eh non ! On est dans le n’importe quoi avec des clichés : le soi, l’autre, l’ailleurs, l’ici… C’est un magma dont on ne sort pas.

LCDR : Pourquoi, selon vous ?

A.C-F. : Plus personne ne sait quoi faire, personne n’a d’idée, on est coincés par l’Europe, on a tout fait pour se faire coincer, on ne réfléchit pas beaucoup.

Anne Coldefy-Faucard. Crédits : maisondelapoesie-rennes.org
Anne Coldefy-Faucard. Crédits : maisondelapoesie-rennes.org

LCDR : Comment voyez-vous l’avenir de la France ?

A.C-F. : Je ne sais pas, je suis pessimiste et le dernier livre de Houellebecq m’a beaucoup intéressée, j’aurais vingt, vingt-cinq ans aujourd’hui, je ficherais le camp, je ne sais pas où mais je ficherais le camp et quand des étudiants me disent qu’ils ont une proposition à l’étranger, je leur dis de surtout l’accepter.

Quarante pages de traduction ne sont pas assez révélatrices

LCDR : De quelle manière enseignez-vous à vos étudiants ?

A.C-F. : J’enseigne comme on m’a enseigné et ça passionne les étudiants. Par exemple, à la fin des masters, vous devez présenter un mémoire de quarante pages mais quarante pages de traduction ne sont pas assez révélatrices et surtout, ne sont pas publiables, j’ai donc dit que dans le master que je dirige, ce serait cent pages en master un et cent cinquante pages en master deux, eh bien nous refusons du monde ! Nous avons dix étudiants en master un et dix en master deux, ça fait tout de même 2 500 pages à corriger !

LCDR : Le niveau a baissé, selon vous ?

A.C-F. : On a tendance à dire qu’il n’y a pas de baisse de niveau et que les étudiants ont « d’autres capacités » mais le niveau a baissé. Je suis sûrement extrêmement conservatrice mais je l’étais déjà à vingt ans ! Les étudiants connaissent tellement mal le français, je ne parle pas des imparfaits du subjonctif mais de connaître assez la langue pour s’amuser avec elle. Ils n’ont pas les moyens de s’amuser avec elle et je trouve ça triste ! J’aimais beaucoup San Antonio, je donnais des extraits à mes étudiants et ils se marraient mais, aujourd’hui, ils ne se marrent plus, tout devient terne pour eux, c’est dommage. J’ai fait une fois un cours à Moscou sur le thème « Les mots sont comme des bonbons », et un collègue avec qui j’avais traduit Soljenitsyne m’a dit : « Les mots pour moi sont des os et je les ronge ! »

La littérature russe n’est pas rationnelle

LCDR : Vous allez continuer à enseigner ?

A.C-F. : Je suis atteinte par la limite d’âge, stupide d’ailleurs, et qui dans d’autres pays n’existe pas pour les enseignants, et je n’enseignerai plus, mais s’il y a quelque chose qui me paraît essentiel, c’est de s’amuser avec les mots, avec la vie, avec la littérature, ça fait deux générations que « la vie est terrible, il y a du chômage, l’extrémisme, le racisme ». Ok, mais il n’y a pas que ça, tout est rationalisé et c’est là où j’aime la littérature russe, elle n’est pas rationnelle, et je trouve terrible d’être obligé d’en arriver au niveau du master pour le comprendre. J’ai vu des étudiants pleurer parce qu’ils avaient une sale note alors que nous, on rigolait, tout est disproportionné. On avait une prof de latin qui était terrible et qui notait même en négatif, jusqu’à moins quarante ! On appelait ça des notes sibériennes, peut-être même des notes de Vorkouta, on rigolait et on allait pas se pendre si on avait attrapé un moins quarante-cinq. Bientôt, les notes vont être supprimées. Un jour, j’ai eu un zéro virgule cinq et mes copains m’ont dit : « Mais tu es géniale » parce qu’ils avaient tous des notes négatives. J’en veux aux adultes, aux professeurs, aux instituteurs, on plombe les enfants très jeunes.

LCDR : Et en Russie ?

A.C-F : J’ai du mal à dire, il y a encore des professeurs très rigides-soviétiques et il y a une nouvelle idéologie obligatoire dans les manuels et ça me paraît effectivement dangereux mais, en France aussi, il y a une idéologie, simplement c’est moins massif, c’est plus perfide. Les étudiants n’ont plus ce que nous avions : la possibilité de dire qu’on n’est pas d’accord. Là, ils sont démunis. Je me rappelle un prof d’histoire communiste devant lequel j’avais fait un exposé sur la Révolution russe et j’avais dû insister sur le rôle du camarade Trotski. Mon père avait reçu un coup de téléphone du professeur en question lui disant que sa fille devenait trotskyste, je me rappelle mon père m’accueillant le soir en riant : « Il paraît que tu deviens trotskyste ! » C’était sérieux, ridicule, mais on n’assassinait pas le proviseur pour se faire remarquer, il suffisait de se maquiller pour être virée trois jours ! On met des trucs très lourds sur les jeunes. Je le vois dans le domaine de la traduction et, chaque fois, je leur dis : « Amusez-vous un peu », c’est important, ça va être raté de toute façon, il n’y a rien de plus difficile que de traduire, alors si on ne s’amuse pas, autant acheter une corde à la sortie du séminaire, je me suis toujours amusée, c’est d’une difficulté inouïe et en même temps on s’amuse, on rigole, il y a du plaisir. « C’est sérieux mais il y a du plaisir… », c’est ça qu’il est difficile de faire comprendre mais bon, toutes les générations de profs ont dit à leurs étudiants qu’ils étaient nuls par rapport aux précédents !

2 commentaires

  1. Je ne connaissais cette enseignante, traductrice aussi si j’ai bien compris, quelle belle figure. Comment dire que je suis à 100 % en accord avec ses analyses sur la langue, la traduction, et la finesse de ses observations sur la France… et la Russie contemporaine. Je voudrai ajouter une remarque : je pense que l’on peut apprécier Dostoievski et Tolstoï en même temps. Par des chemins différents ils mettente en valeur une spécificité, un trait de caractère du monde russe : en perdition, l’homme obéit à des pulsions irrationnelles, c’est un peu la définition de l’âme. Et, ici, où avons-nous mis notre âme ?

  2. Traductrice et enseignante, oui, et aussi merveilleuse dans chacun de ces métiers, « passion » ou « amour » serait peut-être un mot plus juste. J’ai eu l’immense chance de l’avoir comme professeur quand elle était en lycée, elle qui m’a initié au russe pendant 5 ans. Elle nous enseignait la langue sur des livres d’images et des « diafilms » soviétiques puis sur les contes de Korneï Tchoukovsky, et en terminale (lv2) elle nous a fait decouvrir Zamiatine par un extrait de « Nous autres », Lydia Tchoukovskaya et Anna Akhmatova! Ces deux dernières ont été comme des mentors pour ma jeunesse et encore aujourd’hui.
    Quand nous allions en Russie (pardon, en URSS!) les accompagnateurs s’étonnaient de la pureté de sa langue : « Vous parlez comme une Russe! »
    J’étais amoureuse du russe avant même de commencer à apprendre la langue, et avec un tel professeur, c’est devenu une passion, et peu à peu ma langue et ma culture secondes. Je suis devenue professeur en lycée – dans les années 80 c’était un peu le seul débouché pour pratiquer le russe dans son métier! Je ne suis jamais devenue traductrice (j’en rêvais à l’époque), j’ai découvert que j’étais plus attirée par l’histoire et la grammaire que par la littérature.
    Aujourd’hui je suis à mon tour un professeur passionné de langue et culture russe, essayant en 3 ans de LV3 de donner à mes élèves les bases (limitées, mais solides) pour comprendre comment fonctionne la langue russe et pouvoir en continuer l’étude si le coeur leur en dit. Si possible leur faire découvrir Boulat Okoudjava, Anne Akhmatova (quelques poemes de Requiem peuvent leur être accessible).
    Anti soviétique, oui, elle l’était – elle traduisait alors des « dissidents » , je me souviens de Zinoviev et Youz Alechkovsky, et elle craignait toujours de se faire refouler à la frontière de l’URSS – et mais surtout avec une grande culture et liberté d’esprit, ce qui permet de voir tout ce qui enferme l’Homme , quelque soit le régime politique! Oui, la peur de l’époque soviétique a disparu de Russie, et oui, il y a de la propagande et de l’auto-censure en France aujourd’hui. Et enseigner le russe aujourd’hui me permet aussi de sensibiliser « mes jeunes » à cette nécessaire liberté d’Esprit vis à vis du discours ambiant, de leur faire découvrir qu’on est en partie « formaté » par la société dans laquelle on vit, qu’il existe d’autres façons de voir le monde, la vie, l’histoire. Et de les inviter à ouvrir leur esprit et leur sensibilité, afin de pouvoir faire leurs choix personnels plus librement.

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