Le plus vieux fan du Spartak Moscou raconte comment son club lui est venu en aide

Otto Fischer a 102 ans : ce doyen des fans du Spartak Moscou s’est fait voler toutes ses économies par un malfrat le 18 mars, chez lui, près de Tcheliabinsk. Émus par la mésaventure de leur aîné, les supporters du club ont décidé de lui venir en aide et récolté la somme dérobée. Le Courrier de Russie a interviewé par Skype le vieil homme, déjà remis de ses émotions et encore en pleine forme.

Otto Konstantinovitch Fisher. Crédits: Viktoria Gromova
Otto Konstantinovitch Fisсher. Crédits : Viktoria Gromova

Le Courrier de Russie : Comment le voleur a-t-il agi ?

Otto Fisсher : Sournoisement. Au lendemain de mon retour d’un match du Spartak à Moscou, le 15 mars dernier, un homme qui s’est fait passer pour un travailleur social m’a appelé pour prendre de mes nouvelles. Puis, il est venu chez moi et m’a montré sa carte professionnelle – mais je n’ai pas pu vérifier, car les inscriptions étaient trop petites. Je l’ai laissé entrer, et il m’a expliqué que le gouvernement avait décidé de donner 800 roubles d’indemnités aux vétérans de la Seconde Guerre mondiale.

LCDR : Et ensuite ?

O.F. : Le bandit m’a dit qu’il n’avait que 5000 roubles et que je devais donc lui en rendre 4200. J’ai répondu que je ne les avais pas mais il a insisté, et je suis allé chercher la boîte où je garde mes économies. Ensuite, je ne me rappelle plus de tout, mais je sais que nous étions dans la cuisine où il m’a fait un « bilan de santé » et m’a notamment mis quelque chose sur le cou. Je me rappelle lui avoir servi un verre d’eau puis l’avoir raccompagné à la porte. En sortant, il m’a même lancé un « Portez-vous bien ! ». C’est seulement en revenant dans ma cuisine que j’ai remarqué que l’argent dans la boîte avait disparu.

LCDR : Vous savez qui est cet homme ?

O.F. : Non. Nous avons dressé un portrait robot avec la police, qui le recherche activement. Je pense qu’il s’agit simplement d’un de ces bandits qui volent les personnes âgées seules et sans défense.

LCDR : Que vous a-t-il volé exactement ?

O.F. : 730 000 roubles [près de 12 000 euros, ndlr] – c’est-à-dire tout ce que j’ai économisé au cours de ma vie, une partie de ma pension, l’argent que j’avais récolté en vendant mon garage, ma voiture, etc.

LCDR : Vous vivez de quoi aujourd’hui ?

O.F. : Uniquement grâce à ma pension. Cet argent n’était pas pour moi mais pour mes trois neveux, qui vivent modestement à Kiev. Leur père – ils ont 15, 13 et 11 ans – est décédé il y a peu, et ils vivent à présent seuls avec leur grand-mère. Je voulais donc leur envoyer de l’argent pour les aider. Mais lorsque je suis allé à la Poste, on m’a dit qu’il était impossible d’envoyer de l’argent de Russie vers l’Ukraine. J’avais alors mis ces économies dans une boîte, cachée dans une armoire, en attendant de pouvoir les faire parvenir à Kiev. Personne n’était au courant que je cachais une si grosse somme chez moi – pas même mes amis les plus proches.

LCDR : Comment le fan club officiel du Spartak vous a-t-il contacté ?

O.F. : Nous étions déjà en contact, étant donné que j’avais été invité, le 15 mars, à Moscou, pour assister au match Spartak contre Dynamo. Le fan club avait organisé l’ensemble de mon déplacement : ils m’avaient offert le billet d’avion, l’hôtel, les repas et même une excursion dans Moscou. Lorsqu’ils ont appris la nouvelle de mon malheur – via internet – le responsable du fan club, Oleg Semenov, m’a immédiatement appelé pour prendre de mes nouvelles et me dire qu’il comptait m’aider. Mais j’étais loin d’imaginer qu’une semaine plus tard, les supporters du Spartak auraient récolté presque le total de la somme qui m’a été volée – 500 000 roubles [l’équivalent de 8000 euros, ndlr]. Je l’enverrai à mes petits neveux en Ukraine dès que possible. Je leur offrirai leurs frais de scolarité… et pourquoi pas une inscription dans un club de football (rires).

Otto Fischer à gauche
Otto Fischer à gauche. Crédits : Viktoria Gromova

LCDR : Comment êtes-vous devenu fan du Spartak ?

O.F. : Quand j’étais petit, dans les années 1920-30, je vivais dans le quartier du parc Petrovski, où se trouve le stade Dynamo. Il y avait pleins de datchas [maisons de campagne russes, ndlr] et de petites maisons mais maintenant, elles ont disparu. À l’époque, je jouais moi-même au football et je supportais l’ancêtre du Spartak, le club Pishcheviki. Aujourd’hui, le club a beaucoup évolué mais les joueurs sont de bons gars qui s’entraînent beaucoup et ont un bon niveau.

LCDR : Comment c’était, ce déplacement à Moscou ?

O.F. : La dernière fois que j’avais vu Moscou, c’était il y a 70 ans. La ville a beaucoup changé. Je me souvenais du nom des rues – Stary, Novy Arbat, Tverskaya ulitsa… – mais je n’ai rien reconnu. Les maisons sont devenues des bâtiments immenses. C’était différent mais j’ai apprécié, et j’ai été accueilli chaleureusement par les membres du fan club, qui avaient vraiment tout pris en charge. Avant le match contre le Dynamo, les autres supporters m’ont demandé si je pensais que le Spartak allait gagner. « À votre avis, pourquoi suis-je venu jusqu’ici ? Bien sûr qu’ils vont gagner ! », ai-je répondu. Et le Spartak a gagné. Une semaine plus tard, ils ont joué contre une autre équipe et ont encore gagné. Ils disaient tous : « Otto Konstantinovitch, vous être notre talisman. » Ils m’ont même invité à la Coupe du monde de football, qui aura lieu à Moscou en 2018. J’y serai !

LCDR : Qu’est-ce que vous faisiez dans la vie, avant ?

O.F. : J’ai travaillé de nombreuses années dans une usine de métallurgie, d’abord à Tcheliabinsk, puis à Kopeïsk, à 20 km de Tcheliabinsk. Je suis moscovite, pourtant. J’y ai vécu jusqu’à mes 21 ans. Quand la Seconde Guerre mondiale a commencé, j’aurais voulu protéger ma patrie [l’URSS, ndlr] et être envoyé au front aux côtés des forces de l’Armée rouge. Mais un décret de Staline interdisait aux Allemands ethniques de se battre aux côtés de l’Armée rouge et contre des Allemands. J’ai donc été envoyé loin – à Tcheliabinsk – où j’ai travaillé durement pendant plusieurs années, et puis, j’ai finalement atterri à Kopeïsk. Après la guerre, je n’avais plus personne – mes parents avaient été envoyés au Kazakhstan – et en tant qu’ « opposant », il m’était interdit de retourner à Moscou. Donc, je suis resté à Kopeïsk où je me suis marié et ai eu un enfant. Aujourd’hui, ma femme et mon fils sont morts, mais je suis bien entouré. J’ai beaucoup d’amis et de personnes qui me soutiennent. Je suis désormais invité à toutes les célébrations en mémoire de la Seconde Guerre mondiale.

 LCDR : Y compris celle pour le 70ème anniversaire de la Victoire, le 9 mai prochain ?

O.F. : Pendant mon déplacement à Moscou, j’ai enregistré une émission sur la Première chaîne publique russe pour le 9 mai. La chaîne m’a même fait la surprise de faire venir une de mes nièces d’Allemagne à Moscou – la fille de mon frère, que je n’avais jamais vue. J’étais très ému.

LCDR : Et aujourd’hui, comment occupez-vous vos journées ?

O.F. : Je peux faire encore plein de choses. Je vis seul mais je cuisine, je vais faire mes courses avec ma voisine, je lis beaucoup et je vais même encore à la bibliothèque. Évidemment, je regarde tous les matchs du Spartak à la télévision. Le matin, je prends mon temps pour me lever et je déjeune calmement : toujours un demi café, un demi thé et une tartine beurrée – c’est ma recette de longévité.

Otto Fischer au centre
Otto Fischer au centre. Crédits : spartakworld.ru

3 commentaires

  1. Une histoire comme je les aime. Longue et heureuse vie à Otto ! Et beaucoup de succès aux joueurs et fans du Spartak Moscou.

  2. Donc, il a toujours 50000 roubles planqués dans son appartement, toujours dans la même boite… Où habite-t-il au fait ? (question sans arrière pensée…)

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